Édition du 20 septembre 2022

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Amérique centrale et du sud

Au Honduras, intrigues, trahisons et manœuvres yankees

À la veille de son investiture, la présidente de gauche Xiomara Castro est lâchée par des parlementaires de son camp, embarqués dans les manigances d’une droite corrompue.

Photo : Le 25 janvier, à Tegucigalpa, les partisans de Xiomara Castro sont venus la soutenir devant le Congrès. E. Garrido:Reuters.

L’Humanité, France, le mercredi 26 janvier 2022*

Par Rosa Moussaoui

Elle n’est pas encore investie qu’elle doit affronter une première crise politique, et des plus sérieuses. La nouvelle présidente de gauche du Honduras, Xiomara Castro, élue le 28 novembre 2021 avec 53 % des voix, crie à la « trahison » : c’est que le coup est venu de son propre camp.

Vendredi, alors que le Congrès devait élire son bureau et son président, 20 parlementaires, sur les 50 élus sous les couleurs de sa formation Liberté et refondation ( Libre ), ont choisi de briser l’alliance conclue entre Castro et le Partido Salvador de Honduras ( PSH ), auquel aurait dû revenir le perchoir, avec l’élection attendue de Luis Redondo.

Coup de théâtre : les frondeurs ont fait élire l’un des leurs, Jorge Calix, avec l’appui des élus du Parti national de Juan Orlando Hernandez, le président sortant, connu pour ses liens avec le narcotrafic. Ce mouvement de droite ultralibérale, qui a dirigé le pays pendant douze ans, a laissé le pays exsangue, déchiré par de béantes inégalités. Les scandales de corruption auxquels il est mêlé ont maintes fois fait déborder la colère. Dès 2015, les Honduriens descendaient en masse dans la rue, sous le choc du détournement de fonds prélevés dans les caisses de l’Institut national de la sécurité sociale ( IHSS ), l’organisme de tutelle des hôpitaux et dispensaires publics, vers le financement, en 2013, de la campagne de Juan Orlando Hernandez. Le vol de ressources vitales pour les établissements de santé avait causé la mort, entre 2014 et 2015, d’au moins 2 800 patients…

Battue aux élections, la droite magouille, décidée à tirer encore les ficelles, à empêcher Xiomara Castro de procéder aux ruptures promises. Vendredi, dans l’hémicycle, ces intrigues ont donné lieu à des invectives et même à de violentes empoignades. Aux portes du Congrès, des manifestants se sont aussitôt rassemblés, à l’appel de la présidente, pour dénoncer un coup de force. Et le surlendemain, tandis que Redondo était finalement élu au terme d’une nouvelle session, Calix convoquait de son côté une session parallèle censée confirmer sa désignation par visioconférence, avant d’en appeler au « dialogue ». Entre-temps, Castro faisait exclure de son parti les dissidents appuyés par la droite – deux d’entre eux s’étant finalement rétractés.

*Rupture avec la tutelle économique et politique de Washington*

Dans cette situation bloquée, Washington voit une occasion parfaite de jouer les arbitres : son ambassade a pris contact avec les protagonistes de la crise, laisse courir l’idée d’une candidature de consensus. Jeu de dupes ? Tout le monde à Tegucigalpa garde en tête le scénario du coup d’État qui avait renversé, en 2009, le mari de Xiomara Castro, Manuel Zelaya, avec la bénédiction de Barack Obama et de sa secrétaire d’État Hillary Clinton. Le président hondurien avait eu l’outrecuidance d’augmenter de 60 % le salaire minimum, de lutter contre l’analphabétisme, de rejoindre l’alliance PetroCaribe créée par son homologue vénézuélien Hugo Chavez, et d’entrer dans l’Alba, l’organisation réunissant alors les gouvernements de gauche de La Paz, de Caracas, de Quito et de La Havane, en rupture avec la tutelle économique et politique de Washington sur l’Amérique latine.

À la veille de son investiture, ce jeudi, la présidente élue se disait décidée à se « battre sans relâche pour la refondation du Honduras et pour instaurer la paix, la justice et l’équité dans le pays », et à mettre un terme au règne du « crime organisé, de la corruption et du trafic de drogue ».

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