Édition du 22 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Écosocialisme

Barbarie ou écosocialisme !

Les «  événements naturels extrêmes  » se multiplient partout dans le monde  : inondations, montée des rivières (sans précédent en Europe depuis… le XIIIe siècle), sécheresses, ouragans, etc. D’ici quelques dizaines d’années, on risque d’atteindre le point de non-retour, le dépassement des 2°C de réchauffement, et le déclenchement d’un processus incontrôlable.

NPA (commissions diverses)

20 juin 2013

Le changement climatique, c’est maintenant  !

Les conséquences  ? Fusion des glaces polaires et élévation du niveau de la mer avec la submersion des principales villes de la civilisation humaine, réduction dramatique de l’eau potable, désertification, incendies détruisant les dernières grandes forêts…

Selon les scientifiques, si l’on dépasse les 350 ppm (parties par million) de gaz à effets de serre, on ne pourra pas empêcher le dépassement des 2°C. Or, dans l’hémisphère Nord – le cœur du système capitaliste – les 400 ppm sont atteints pour la première fois depuis… le pliocène, une ère géologique datant d’il y a quelques millions d’années  !

Toujours plus vite vers la catastrophe

L’accumulation de gaz carbonique, la montée de la température, la fonte des glaciers polaires et des «  neiges éternelles  », la désertification des terres, les sécheresses, les inondations  : tout se précipite et les bilans des scientifiques, à peine l’encre des documents séchée, se révèlent trop optimistes. Concernant les prévisions, on penche maintenant, de plus en plus, pour les fourchettes les plus élevées. On ne parle plus – ou de moins en moins – de ce qui va se passer à la fin du siècle, ou dans un demi-siècle, mais dans les dix, vingt, trente prochaines années. Il n’est plus seulement question de la planète que nous laisserons à nos enfants et petits-enfants, mais de l’avenir de cette génération-ci  !

Un exemple, assez inquiétant  : si la glace du Groenland fondait, le niveau de la mer pourrait monter de six mètres  : cela veut dire l’inondation, non seulement de Dacca et d’autres villes maritimes asiatiques… mais aussi de New York, Amsterdam et Londres. Selon Richard Alley, glaciologue de la Penn State University, la fusion de la calotte du Groenland, qu’on avait l’habitude de calculer en centaines d’années, pourrait se produire en quelques décennies (1).

Cette accélération s’explique, entre autres, par des effets de rétroaction (feed-back). Quelques exemples  : la fonte des glaciers de l’Arctique – déjà bien entamée – en réduisant l’albédo, c’est-à-dire le degré de réflexion du rayonnement solaire (il est maximum pour les surfaces blanches) – ne peut qu’augmenter la quantité de chaleur qui est absorbé par le sol  ; des scientifiques ont calculé que la réduction de 10 % de l’albédo de la planète aurait l’effet équivalent d’une augmentation de cinq fois du volume de CO2 dans l’atmosphère (2). La montée de la température de la mer transforme des surfaces immenses des océans en déserts sans plancton ni poissons, ce qui réduit leur capacité à absorber le CO2. Ce phénomène s’est accéléré, selon une étude récente, quinze fois plus vite que prévu dans les modèles existants (3)  !

Les «  scénarios du pire  »

D’autres rétroactions sont possibles, encore plus dangereuses. Jusqu’ici peu étudiées, elles ne sont pas incluses dans les modèles du GIEC (Groupe d’experts sur l’évolution du climat pour l’ONU), mais risquent de provoquer un saut qualitatif dans l’effet de serre. 400 milliards de tonnes de carbone sont pour le moment emprisonnées dans le pergélisol (permafrost), cette toundra congelée qui s’étend du Canada à la Sibérie. Si les glaciers commencent à fondre, pourquoi le pergélisol ne fondrait-il pas lui aussi  ? En se décomposant, ce carbone se transforme en méthane, dont l’effet de serre est bien plus puissant que le CO2. Des quantités astronomiques de méthane se trouvent aussi dans les profondeurs des océans  : au moins un trillion de tonnes, sous forme de clathrates de méthane. Si les océans se réchauffent, la possibilité existe que ce méthane soit libéré dans l’atmosphère, provoquant un saut dans le changement climatique.

Tous ces processus commencent de façon très graduelle, mais à partir d’un certain moment ils peuvent se développer par sauts qualitatifs. La menace la plus inquiétante, de plus en plus envisagée par les chercheurs, est donc celle d’un runaway climate change, d’un glissement rapide et incontrôlable du réchauffement. Il existe peu de scénarios du pire, c’est-à-dire si l’augmentation de température dépasse les 2 ou 3 degrés  : les scientifiques évitent de dresser des tableaux catastrophiques, mais on sait déjà les risques encourus. À partir d’un certain niveau de la température, la Terre sera-t-elle encore habitable par notre espèce  ?

La discussion de ces «  scénarios du pire  » n’est pas un vain exercice apocalyptique  : il s’agit de réels dangers, dont il faut prendre toute la mesure. Ce n’est pas non plus du fatalisme  : les jeux ne sont pas encore faits, et il est encore temps d’agir pour inverser le cours des événements.


1. Cité par Fred Pearce, The Last Generation, Reading, Eden project books, 2006, p. 83, 90.

2. Calcul d’experts du Scripps Institution of Oceanography de San Diego, Californie, cité par Fred Pearce, The Last Generation, p168.

3. Article du journal le Monde du 5 février 2008 p. 8.


La barbarie… ou l’écosocialisme  ?

Qui est responsable de cette situation, inédite dans l’histoire de l’humanité  ? C’est l’homme, nous répondent les scientifiques. La réponse est juste, mais un peu courte  : l’homme habite sur Terre depuis des millénaires, la concentration de CO2 a commencé à devenir un danger depuis quelques décennies seulement. En marxistes, nous répondons que la faute en incombe au système capitaliste.

C’est sa logique absurde et myope d’expansion et accumulation à l’infini, son productivisme irrationnel obsédé par la recherche du profit qui nous met en péril.

Les capitalistes appuient sur l’accélérateur

Peut-on attendre un réveil tardif de la part des oligarchies dominantes  ? Toutes les propositions officielles jusqu’ici sont parfaitement incapables de renverser le cours des choses, parce que obstinément enfermées dans la logique de l’économie de marché capitaliste. Comme le constate Hervé Kempf, journaliste au Monde, dans Comment les riches détruisent la planète (Paris, Seuil, 2007)  : «  le système social qui régit actuellement la société humaine, le capitalisme, s’arc-boute de manière aveugle contre les changements qu’il est indispensable d’opérer si l’on veut conserver à l’existence humaine sa dignité et sa promesse  ».

Pendant que la crise écologique s’aggrave, business as usual, on continue. L’oligarchie fossile au pouvoir n’a pas réduit mais intensifié l’exploitation du pétrole, du charbon et du gaz – principales sources des gaz à effet de serre – y compris sous ses formes les plus «  sales  » (sables bitumineux, gaz de schiste) ou dangereuses (puits en haute mer). La mentalité des classes dominantes capitalistes peut être résumée par la célèbre formule de Louis XV  : «  après moi, le déluge  ». Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon, qui n’a rien d’écosocialiste, constate pourtant  : «  Nous courons vers l’abîme, et nous poussons l’accélérateur.  » Par «  nous  » il faut bien entendu entendre les élites capitalistes et leurs gouvernements…

L’écosocialisme ou la mort  !

Pour affronter les enjeux du changement climatique – et de la crise écologique générale, dont ceux-ci sont l’expression la plus menaçante – il faut un changement radical et structurel, qui touche aux fondements du système capitaliste  : une transformation non seulement des rapports de production (la propriété privée des moyens de production) mais aussi des forces productives.

Cela implique tout d’abord une véritable révolution du système énergétique, du système des transports et des modes de consommation actuels, fondées sur le gaspillage et la consommation ostentatoire, induits par la publicité. Un changement du modèle de civilisation et la transition vers une nouvelle société, où la production sera démocratiquement planifiée par la population. Où les priorités de production et de consommation ne seront plus décidées par une poignée d’exploiteurs, par les forces aveugles du marché, ou par une oligarchie de bureaucrates et d’experts, mais par les travailleurs et les consommateurs. Bref, la population qui, après un débat démocratique et contradictoire entre différentes propositions, décide.

C’est ce que nous nommons écosocialisme.


Nucléaire  : la fausse solution

En plein débat sur la transition énergétique et alors que le réchauffement climatique menace de s’emballer, le lobby nucléaire est à l’offensive. Soutenu par les politiques de droite comme de gauche, il essaie de fourguer ses centrales en répétant inlassablement cette contrevérité  : comme il n’émet pas de gaz à effet de serre (GES) le nucléaire serait la solution à la crise climatique. Intox totale  !

Tout d’abord, les émissions de GES de la filière nucléaire sont proches de celles des centrales à gaz. Elles sont liées au cycle de vie des réacteurs (construction, démantèlement…) et à celui de l’uranium (extraction, transport, retraitement…). Mais surtout le nucléaire ne permet pas, lui, de récupérer la chaleur dégagée lors de la production d’électricité. Il impose donc de produire de l’énergie supplémentaire pour nos besoins en chaleur.

Stop ou encore  ?

D’autre part, 75 % des émissions mondiales de GES viennent des transports, du chauffage, des procédés industriels, de l’agriculture et du secteur forestier… Des secteurs où le nucléaire n’intervient pas et où des centrales supplémentaires ne serviraient donc à rien. Pour agir sur les 25 % restants, combien de réacteurs supplémentaires faudrait-il ajouter aux 437 existants qui ne produisent que 11 % de l’électricité mondiale, tout en menaçant 100 % de la planète  ? Sachant qu’il faut dix ans pour construire un réacteur, ce serait inopérant puisque la décrue d’émissions de GES doit être amorcée dès 2015 pour éviter la catastrophe climatique. D’ailleurs, même la pro-nucléaire Agence internationale de l’énergie reconnaît que la contribution du nucléaire à la réduction des émissions de CO2 serait d’à peine 6 % pour un coût d’au moins 1 000 milliards d’euros contre 54 % pour les économies d’énergie et 21% pour les énergies renouvelables.

Les sommes d’argent colossales exigées par le nucléaire devraient être consacrées à la recherche et à l’exploitation des énergies renouvelables qui seules peuvent répondre sans danger aux besoins en énergie de la population. D’ailleurs, au niveau mondial, les énergies renouvelables produisent nettement plus ­d’électricité que le nucléaire.

Loin d’être l’énergie de l’avenir, comme le prétend par exemple Arnaud Montebourg, le nucléaire est très mal adapté à un monde qui se réchauffe puisque les réacteurs doivent être constamment refroidis. Pendant la canicule de 2003, un quart des réacteurs ont dû être arrêtés.

Nucléaire ou renouvelables, il faut choisir  !

Il faut viser une plus grande sobriété énergétique. Ne pas se priver, mais réfléchir et produire l’électricité en fonction de nos besoins réels. Il faut aussi viser l’efficacité énergétique, c’est-à-dire réduire le recours à l’énergie au maximum, isoler les bâtiments, construire des logements peu gourmands en électricité, développer des transports en commun de qualité, fréquents et peu chers, voire gratuits. Il faut relocaliser la production et prioriser les circuits courts de distribution de l’énergie. Là sont les vraies solutions à la crise écologique et sociale.

Du point de vue du projet de société, l’incompatibilité entre nucléaire et renouvelables ne se limite pas aux problèmes de l’intermittence et de la continuité dans la production électrique. Elle débouche sur un choix fondamental entre centralisation et décentralisation énergétique, donc aussi entre standardisation et diversité technique.

Membre du GIEC, le professeur Aviel Verbrugge de l’université d’Anvers résume bien le changement structurel nécessaire pour sauver le climat  : «  les réseaux électriques doivent évoluer d’une structure pyramidale vers une structure multilatérale dans laquelle des millions de sources d’énergie renouvelables décentralisées seront reliées entre elles dans le cadre d’un réseau intelligent  ». Il en tire la conclusion logique  : «  énergie ultra-pyramidale par excellence, le nucléaire est un obstacle à la transition énergétique  ».

La population doit s’emparer de ces questions, décider de ses besoins et imposer une politique énergétique qui passe par l’expropriation des grands groupes et la mise en place d’un service public autogéré par les salariés et les usagers. C’est un enjeu de société qui ne passe pas par les salons ministériels mais par une mobilisation combative populaire.


Appel du FSM de Tunis : pour reprendre notre avenir en main, nous devons changer le présent  !

Extraits de la déclaration finale de l’Espace climat du Forum social mondial de Tunis (avril 2013), signée Attac France, Focus on the Global South, Via Campesina et de beaucoup d’autres… (4)

(…) Nous ne laisserons pas le système capitaliste nous brûler touTEs. Nous allons passer à l’action et nous attaquer aux causes profondes du changement climatique en changeant le système. Le temps est venu d’arrêter de parler, et celui d’agir.

(…) Changer le système signifie  :

• Laisser plus des deux tiers des réserves de combustibles fossiles dans le sol ou sous le plancher de l’océan, afin d’éviter des niveaux catastrophiques de dérèglements climatiques.

• Interdire toute nouvelle exploration et exploitation de pétrole, sables bitumineux, schistes bitumineux, charbon, uranium et gaz.

• Soutenir une transition juste pour les travailleurEs et les communautés qui permette de sortir d’une économie basée sur l’usage des énergies fossiles vers des économies locales et résilientes basées sur la justice sociale, écologique et économique.

• Décentraliser la production et la propriété de l’énergie sous le contrôle des communautés locales et en utilisant des sources d’énergie renouvelables.

• Cesser de construire des grands projets d’infrastructure inutiles qui ne bénéficient pas à la population et qui sont des contributeurs nets en termes d’émissions de gaz à effet de serre, tels que les grands barrages, les autoroutes, les méga projets énergétiques, et les aéroports superflus.

• Mettre fin à la domination des formes industrielles basées sur l’exportation de la production alimentaire, et promouvoir des agricultures paysannes et agro-écologiques de petite échelle, un système agricole qui assure la souveraineté alimentaire (…)

• Stopper l’accaparement des terres et respecter les droits des petits agriculteurs, des paysans et des femmes. Reconnaître les droits collectifs des populations indigènes (…)

• Développer des stratégies économiques qui créent des formes de «  climate jobs  » dans des secteurs tels que les énergies renouvelables, l’agriculture, les transports publics et la rénovation des bâtiments.

• Récupérer le contrôle des fonds publics (…) le tout en arrêtant de subventionner les industries polluantes, l’agro-business et l’industrie militaire.
(…)

• Mettre fin et inverser les accords de libre-échange et d’investissements négociés au profit du secteur privé (…)

• Mettre fin à la capture par le secteur privé de l’économie et des ressources naturelles au profit des entreprises multinationales.

Ces mesures assureront le plein-emploi dans une économie au service des populations et non des capitalistes. Nous mettrons ainsi fin à la dégradation sans fin de la terre, de l’air et de l’eau tout en préservant la santé des êtres humains et les cycles vitaux de la nature. Nous éviterons les migrations forcées et les millions de réfugiés climatiques.

Changer le système nécessite de mettre un terme à l’empire mondial qu’exercent les entreprises multinationales et les banques. Seule une société qui établit un modèle de contrôle démocratique sur les ressources, basé sur les droits des travailleurs (y compris migrants), des femmes et des populations indigènes, et qui respecte la souveraineté des populations, sera en mesure de garantir la justice économique, sociale et environnementale. Changer le système exige de briser le patriarcat dans le but de garantir les droits des femmes dans toutes les dimensions de l’existence. (…)

Nous avons besoin d’un nouveau système qui vise l’harmonie entre les êtres humains et la nature et non pas d’un modèle de croissance infinie promu par le système capitaliste cherchant à accroître encore et encore les profits. (…)

S’il doit y avoir un futur pour l’humanité, nous devons nous battre pour le faire advenir tout de suite.

4. Le texte complet de cette déclaration est disponible sur ESSF (article 28500), Pour reprendre notre avenir en main, nous devons changer le présent ! Nos proposition pour « Changer le système, pas le climat »

Dossier réalisé par la commission nationale écologie du NPA


NPA (commissions diverses)

* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 200 (20/06/13). http://www.npa2009.org/

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