Édition du 12 novembre 2019

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Amérique du Sud

Ce pape tellement révolutionnaire !

Ce pape François élu la personnalité de l’année par le magasin Times, ce pape tellement révolutionnaire dans ses gestes et déclarations, voilà qu’il vient de perdre deux occasions uniques de nous montrer, à nous qui ne partageons ni sa foi ni les orientations de son Église, qu’il était sérieux.

(Publié le 25 janvier 2014 dans La Marea)

Traduction - Aldo Miguel Paolinelli

La semaine dernière, il a affirmé dans chacun de ses discours qu’il était « habité par l’horreur qu’il y ait des enfants qui ne voient pas la lumière, victimes de l’avortement". Pas satisfait de cette formule, il a comparé les zygotes, embryons et fœtus à des enfants utilisés comme soldats, violentés, assassinés dans des guerres ou convertis en bien marchands dans le sillage de cette "terrible forme d’esclavage moderne qu’est la traite des êtres humains".

En tant que journaliste j’admets avoir été ébloui par la capacité de ce pape à occuper la une des médias et à transformer en « épidémie virale » n’importe quelle photo ou déclaration, mais plus encore à nous faire croire avec habileté qu’en changeant les formes d’un discours, on en modifie la substance.

Son habilité est encore plus grande lorsqu’il utilise un langage non sexiste qui pourtant parvient dans le même temps à exclure les femmes. Apparemment rien de plus difficile ! Lui, il y est arrivé. Il parle continuellement des « êtres humains » mais le fait seulement en se référant aux hommes - pas un seul mot sur la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle ; par exemple il s’attaque à la violence, mais sans mentionner celle exercée contre les femmes victimes de leurs maris- catholiques dans des millions de cas- ; ou encore il critique durement les conditions d’immigration et de pauvreté, évitant de dire que cette dernière se féminise, comme de parler du poids que dans cette situation revêtent les maternités non désirés et, dans une de ses meilleures pirouettes dialectiques, il évoque la liberté de l’être humain, mais en ignorant la liberté des femmes à pouvoir librement disposer de leurs corps, de leur sexualité et de leurs capacités reproductives.

La semaine dernière il a même réussi à se surpasser : il a prononcé tout un discours centré sur "la paix dans le monde" en la reliant à l’importance de la famille, mais en s’attaquant en même temps à l’avortement -une violation de cette paix-, tout en demandant aux pays de développer des politiques appropriées pour la soutenir, la favoriser et la consolider. C’est dire que "la paix " trouve ses assises dans la famille traditionnelle catholique et dans toutes les autres formes de famille, pendant que les droits sexuels et reproductifs représentent un attentat contre elle. On le voit donc, c’est la rupture de la famille catholique qui emporte la palme, loin devant la lutte entre dignitaires de religions opposées, l’économie prédatrice, la soif de pouvoir de certains dirigeants ou le développement des armées, pour ne citer que quatre exemples évidents. Inouï !

Comme le dit Mary Wollstonecraft (1759-1797) à propos du philosophe radical et révolutionnaire : "Si l’on croit à l’ensemble des idées de Rousseau, il n’y a plus aucune légitimité théorique à maintenir l’inégalité entre les sexes". Donc, si l’on croit à l’ensemble des idées du pape sur la pauvreté, l’émigration, la paix, la justice... il n’y a plus aucune légitimité théorique et morale à exclure les femmes et à placer leurs droits sexuels et reproductifs —incluant l’avortement— du côté de l’axe du mal.

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