Democracy Now, 2 avril 2026
Traduction, Alexandra Cyr
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Amy Goodman : Il a aussi répété ses menaces d’attaquer les infrastructures civiles ce qui est considéré comme un crime de guerre.
(…)
Nermeen Shaikh : Plus tôt aujourd’hui, il a pris la parole lors d’un lunch de Pâques à la Maison blanche. Il a donné un avant-goût de sa prestation télévisée en soirée :
Président Trump : « Ce soir je vais faire un petit discours à 21 heures. Essentiellement, je vais dire à tout le monde à quel point je suis monumental, quelle grande réalisation j’ai à mon crédit, quel travail phénoménal j’ai accompli. Oui, quel travail phénoménal j’ai accompli ».
Amy Goodman : Nous recevons deux invités ; Spencer Ackerman gagnant du prix Pulitzer et celui de reporter pour le National Magazine. Il est l’auteur de Reign of Terror ; How the 9/11 Era Destabilized America and Produce Trump. Il est l’hôte de la lettre Forever Wars. Son dernier article s’intitule : « So You Lost a War to Iran ».
Behrooz Ghamari-Tabrizi est membre du Centre pour la paix, la culture et les politiques au Graduate Center de l’Université Columbia à New-York. Antérieurement, il était professeur et président du Département des études sur le Moyen-Orient à l’Université Princeton. Il a publié plusieurs ouvrages dont : Islam and Dissent in Postrevolutionary Iran, et un mémoire intitulé Remembering Akbar : Inside the Iranian Revolution, à propos de son incarcération de plusieurs années dans le couloir de la mort de la prison Evin à Téhéran. Son dernier volume, publié tout juste cette année s’intitule : The Long War on Iran ; New Events, Old Questions.
Nous allons commencer avec vous Behrooz Ghamari-Tabrizi. Merci beaucoup d’être à nouveau avec nous. Pourquoi ne répondriez-vous pas à l’ensemble (de ce qui vient d’être dit) ? Beaucoup étaient en attente fébrile d’entendre ce que le Président va annoncer dans cette intervention, la première depuis l’attaque de l’Iran par les États-Unis. Qu’en avez-vous tiré ?
Behrooz Ghamari-Tabrizi : D’abord je veux vous remercier pour votre invitation.
Je trouve que c’était un discours hors propos et comme il fallait s’y attendre, organisé autour de mensonges et d’illusions. Il n’a rien ajouté de neuf à ce que nous avions déjà entendu de sa part. Je pense que c’est le moment de la diffusion qui a été le plus important dans cette affaire. On aurait dû entendre cela avant le déclenchement de la guerre parce que ça servait d’abord et avant tout à la justifier.
J’en tire que c’était en quelque sorte admettre l’impertinence des récits dans cette guerre. Comme s’ils, si la Maison blanche sentait qu’il leur faut retourner au point zéro et parler des raisons qui font que nous sommes en guerre avec l’Iran, quels sont les objectifs, les buts finaux et comment nous allons faire pour y mettre fin. (…)
N.S. : Alors, Spencer, une des choses que vient tout juste de dire Behrooz, c’est que non seulement le Président semble se répéter sans aucune variation avec les divers commentaires qu’il a faits au cours des semaines passées sur les réseaux sociaux, mais même sur des enjeux déterminants …. Pouvez-vous parler de ces enjeux dont il n’a pas fait mention dont l’augmentation du nombre de troupes, du personnel militaire, qui sont en route pour le Moyen-Orient en ce moment ?
Spencer Ackerman : Bien sûr. Bonjour Nermeen et Amy. Très agréable d’être ici avec Behrooz spécialement. Nous allons apprendre beaucoup dans cet échange.
Il ne faudrait pas attribuer de normalité à cette intervention, malgré sa familiarité dans le répertoire de D. Trump. C’était un défilé de mensonges ajoutés aux illusions et aux incohérences. Mais encore plus important, comme vous l’avez mentionné, pendant que le Président tente de rassurer sa base ici au pays, et peut-être encore plus réassurer les marchés à l’effet qu’il n’a pas plongé les États-Unis et le monde entier dans un désastre économique compliqué. Sa défense : un porte-avion avec 6,000 marins à bord et trois destroyers sont en chemin (vers le Golfe Persique). Ce seront les troisièmes navires de ce type voués à intervenir dans le conflit tout comme la onzième unité expéditionnaire des Marines une partie de la 82ième brigade aéroportée. Ils sont aussi en route avec des objectifs que le Président n’explique jamais, il ne les mentionne même pas. Donc, alors qu’il tente de calmer le tout, comme il l’a fait souvent au cour de cet affrontement, d’envoyer le message qu’il ne s’agit pas d’une guerre sans fin, pas un conflit sans aboutissement, qu’il n’est pas comme d’autres présidents un peu fous qui sont intervenus au Moyen-Orient, alors qu’il s’y enfonce de plus en plus et sans aucun mécanisme de solution en vue.
Pendant qu’il met de plus en plus l’accent sur sa constance, ou tente de convaincre en disant qu’il l’a toujours été, dans les explications qu’il a données à propos des buts américains dans cette guerre, il ne l’a pas été. Il prend toute la place. Dès le premier jour il a appelé les Iraniens.nes à se soulever et à renverser la République islamique. Ça n’est pas arrivé et franchement, il ne semble pas que cela va arriver non plus. Ce qui s’est passé réellement c’est que l’Iran a réussi à changer la totalité du conflit. Il l’a fait pivoter sur son propre terrain avec ses propres objectifs. Les États-Unis n’ont pas les mécanismes militaires pour redresser la situation et d’abord et avant tout, la fermeture du Détroit d’Hormuz.
N.S. : Behrooz, vous avez mentionné qu’il y avait là un risque. Comme vient de le dire Spencer, il y a maintenant des centaines de milliers de troupes en route vers le Moyen-Orient. Vous avez dit qu’il était possible que ces militaires aient pour tâche de s’emparer d’une des iles iraniennes mais pas nécessairement Kharg qui est la seule dont on entende parler.
B.G-T. : Oui. De toute évidence, tenter de prendre l’ile de Kharg est extrêmement dangereux et représente un grand risque. Ça mettrait à mal non seulement la stabilité de la région mais celle de la totalité de l’ordre mondial. Évidemment, nous sommes à un moment où l’instabilité mondiale est en jeu ; les Iraniens savent très bien ça, ils savent qu’ils détiennent cette carte dans leur jeu. S’ils ne sont pas à la hauteur face à l’armée américaine, ils peuvent bien sûr jouer cette carte de façon très efficace.
Je pense que l’invasion de l’ile de Kharg est plus qu’improbable, sauf si les États-Unis sont si désespérés qu’il n’y a aucune autre alternative à leur portée. Il y a d’autres petites iles que se disputent l’Iran et les Émirats arabes unis : les deux iles Tunb et Abu Musa où il n’y a aucune réserve de pétrole, mais avec une importance stratégique. Les troupes américaines pourraient s’y rendre sans trop de risques et déclarer qu’elles sont envahies. Mais même cela serait une escalade dans la guerre à un point où tous les acteurs qui y sont actuellement engagés en auraient perdu le contrôle.
A.G. : Berooz, le président iranien, M. Pezeshkian, a envoyé une lettre au peuple américain quelques heures avant le discours télévisé de D. Trump hier soir Il demandait si la guerre était en phase avec le slogan : « America First ». Dites-nous qui est M. Pezeshkian. Et comment cela s’inscrit-il dans la situation actuelle ?
B.G.-T. : M.Pezeshkian a été l’improbable candidat à la Présidence iranienne. Il était un élu au parlement et quand il a annoncé sa nouvelle mise en candidature, le gouvernement l’a vraiment disqualifié. Mais, un an plus tard, il se qualifiait à l’élection à la présidence. Cela vous donne un idée d’improbable président iranien il était.
En ce moment, il n’est pas un acteur clé des décisions iraniennes. Mais il joue un rôle important de maintien de la totalité du système politique du pays à son niveau habituel. Il communique bien avec le peuple iranien ; d’une certaine façon c’est un homme du peuple. Parce qu’il est le type de politicien un peu naïf, sa conversation politique ouvre néanmoins de l’espace pour sa position dans le pays.
A.G. : Comment se fait-il qu’Israël ne l’ait pas assassiné ? Il a tué tant de dirigeants iraniens les uns après les autres.
B.G-T. : Vous voulez vraiment que je spécule à ce propos ? Je ne le sais pas. D’abord, je pense qu’ils ont essayé de l’assassiner. Il a été blessé lors des attaques de juin dernier, sévèrement blessé. Il boitait après ça. Donc ils ont tenté de le tuer. Je ne sais pas pourquoi ils ne le font pas maintenant, néanmoins, ils ont tenté de le faire.
Je ne crois pas qu’il soit en position de faire bouger les choses en ce moment. Israël (…) s’attaque principalement aux personnes qui sont en situation de faire changer les choses, par exemple, Ali Larijani. Et hier j’ai lu qu’ils avaient attaqué Kamal Kharazi, l’ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement iranien. Il est gravement blessé.
A.G. : Pensez-vous que le Guide suprême Mojtaba est encore dans le pays ? Pensez-vous qu’il est vivant ?
B.G-T. : Je ne le sais pas. (…) Je pense qu’il est possible qu’ils jouent ce genre de jeu avec lui, soit qu’il soit l’Iman caché. Mais, dans la théologie chiite l’Iman l’imam caché joue un rôle très significatif. Qu’il soit blessé, incapable d’apparaître en public ou que ce soit un jeu politique de le tenir caché, je ne suis sûr de rien. Mais nous le saurons bientôt.
N.S. : Spencer, revenons au discours du Président américain où il semble changer les objectifs de cette guerre. Il a dit qu’il a mis fin au désastre de l’entente sur le nucléaire de 2015 qui avait permis de renvoyer en Iran des milliards et des milliards de dollars. Pouvez-vous, d’abord, nous expliquer cela ? Mais pour autant, il n’a rien dit de l’autorisation qu’il a donnée à l’Iran cette semaine de vendre du pétrole ce qui va lui permettre de gagner de milliards et des milliards de dollars.
S.A. : Oui. Jetons donc un coup d’œil sur ce qui se passe en ce moment. Une des premières stipulations de l’entente de 2015 était que les sanctions imposées à l’Iran pourraient être retirées. Elles avaient été introduites pour justement avoir un moyen de pression pour arriver à cette entente sur le nucléaire. L’Iran a ainsi récolté environ un milliard de dollars. C’était son propre argent que les États-Unis avaient gelé. Ceux et celles qui étaient contre cette entente, qui voulaient qu’elle ne se réalise jamais ne digéraient pas le fait qu’elle empêchait d’attaquer l’Iran militairement en aucun temps. Il y a eu de leur part d’énormes hauts cris, et manifestations de rejet en invoquant que l’entente finançait le soit disant régime terroriste iranien.
D. Trump a agi pour réassurer les marchés après le lancement de cette guerre insensée, en permettant à l’Iran de vendre du pétrole à nouveau. Bien sûr le pétrole est une marchandise mondiale. Il ne peut être concentré dans un endroit ou un autre sans que son prix n’est d’effets partout ailleurs. Donc, actuellement, l’Iran va profiter du prix en cours que D. Trump et B. Netanyahu ont poussé (et qui lui tapportera) jusqu’à 14 milliards de dollars. Bien au-delà ce que le retrait des sanctions permettait en 2015.
N.S. : Un argument important circule et il a été un enjeu majeur dans cette guerre : l’Iran utilise le détroit d’Hormuz pour se venger d’Israël et des États-Unis. Hier soir, le Président a prétendu que le détroit « s’ouvrirait automatiquement » quand les États-Unis se retireraient et il faisait pression sur les pays qui ont besoin du pétrole venant de cette région, d’y aller et : « de le prendre ». Il a aussi demandé à ces pays de se tourner vers le pétrole américain bien sûr. Quand dites-vous ? En particulier à propos du détroit d’Hormuz alors que depuis très longtemps, (D. Trump) dit qu’un de ses objectifs est d’ouvrir le détroit malgré qu’avant la guerre il était ouvert. Il est donc en train de tenter de résoudre un enjeu que sa guerre a créé. Qu’elles sont les implications de cette fermeture pour l’Iran alors que ces effets sont visibles dans tant d’endroits dans le monde ?
S.A. : Vous pouvez vous rendre compte à quel point, comment même simplement résumées, ces circonstances nous amènent non seulement dans l’absurdité mais dans les tragédies et l’horreur qu’apportent cette guerre.
Le plus important à comprendre à propos du détroit d’Hormuz, une des voies navigables les plus importantes de monde pour l’énergie et le commerce, c’est que le Président Trump n’a aucun moyen militaire pour en forcer l’ouverture. Tout ce qu’il est sur le point de faire, ce sont des crimes de guerre comme il l’a promis. En entendant le Secrétaire à la défense, P. Egseth, annoncer que (les États-Unis) allaient détruire toute la base industrielle de l’Iran, cela veut dire qu’ils vont bombarder chacune des cibles industrielles civiles qu’ils pourront identifier comme ils ont bombardé l’école de filles au tout début de la guerre et prétendre que c’était une cible militaire. Tout cela afin que les effets désastreux forcent l’Iran à rouvrir le détroit. Parce qu’il n’y a aucun autre moyen pour que les Américains y arrivent autrement.
A.G. : Spencer, je veux vous demander quel est le rôle d’Israël. Est-ce que les incohérences de D. Trump (sont en cause) ? Car il ne faut pas se raconter d’histoire, quand on ne peut absolument pas prédire les décisions de quelqu’un cela donne un niveau élevé de pouvoir aux autres. Est-ce que ce chaos dessert Israël ? Et quelles sont les relations (entre les deux nations) alors qu’Israël agit sur de multiples fronts : des attaques contre le Liban et de plus en plus profondément dans le territoire et bien sûr la poursuite de la guerre contre la population de Gaza ? Et un grand nombre de Palestiniens.nes ont été tués.es en Cisjordanie durant cette période.
S.A. : Si on commence en 2024, avec les assassinats génocidaires israéliens à Gaza, une grande partie des gens en Israël et dans la base que le supporte aux États-Unis, ont cru qu’il y avait là une opportunité de transformer le Moyen-Orient de façon permanente. Non seulement en attaquant les soutient iraniens au Liban, en Syrie, au Yémen et en Irak mais l’Iran lui-même. C’est ce que veut Israël, il ne cherche pas qu’à affaiblir l’Iran, il espère faire tomber la République islamique et rendre son État au statut d’État failli.
Des informations venant de médias et de déclarations politiques israéliens laissent percevoir que ses dirigeants.es savent qu’il est impossible d’entrainer D. Trump dans un conflit sans fin qui leur donnerait plus de capacités de compléter leur campagne. Je pense qu’un des moyens employés est mettre toute l’attention sur le front iranien pour leur permettre de s’emparer du sud libanais jusqu’à la rivière Litani.
A.G. : Ils se dirigent actuellement vers le nord du Litani.
S.A. : Et ils tuent, ils ont tué environ 1,300 personnes jusqu’à maintenant. Ils cherchent non seulement à changer les frontières, à redessiner l’État d’Israël, mais à l’établir comme le seul super pouvoir régional en lieu et place de l’Iran. Je ne pense pas que ça va se faire. Nous avons appris pour le meilleur et pour le pire, et je vais laisser Berooz décrire les clivages à l’intérieur de la République islamique et quels rapports elle établit avec sa population, mais il n’en reste pas moins qu’elle a affiché une résilience bien au-delà de ce que les planificateurs américains ont pu penser. On a pu observer que sa stratégie de défense et pour infliger un maximum de souffrances à la large coalition américaine-israélienne dans le Golfe (Persique) n’a en rien été dérangée par les bombardements de la coalition pendant un mois.
A.G. : Et voici une question extrêmement importante. Spencer, vous êtes journaliste, donc nous allons poser la question à Berooz : qu’arrive-t-il à la population iranienne ? Est-ce qu’internet est largement coupé ? Comment les gens communiquent-ils entre eux et avec l’extérieur ? Est-ce qu’il y a des fissures, des écarts à l’intérieur de la République en ce moment et qu’en est-il de la résistance ?
B.G-T : La société iranienne a été assez vibrante au cours des 40 dernières années. Elle a toujours été engagée dans les luttes importantes pour étendre les libertés civiles, pour dégager un espace de respiration simplement et dans la lutte pour la justice sociale.
A.G. : Vous avez participé à cela….
B.G.-T. : Bien sûr …
A.G. : Pour finir dans la prison Evin.
B.G.-T. : Et ça ne s’est pas arrêté, ça continue. Le peuple a gagné beaucoup de terrain et en a perdu beaucoup. Selon moi, une des tragiques conséquences de cette guerre c’est la destruction de l’espace dans lequel la population s’est battue pour la transformation de la société iranienne. Je répète que nous devons détacher cette guerre de la situation répressive en Iran et de la question de la justice sociale dans le pays. Cette guerre n’a absolument rien à voir avec la violation des droits humains et des libertés civiles en Iran. Elle n’a rien à voir du tout avec tout cela.
Ce qu’elle fait, et je veux reprendre quelque chose que Spencer a mentionné au début, elle rend normales les différentes conversations à propos de la façon par laquelle elle est menée. (…) Je pense que cette guerre a commencé à Gaza lorsqu’Israël a ouvertement, de manière criante et flagrante, violé toutes les règles de base et les conditions de conduite de la guerre. C’était un génocide perpétré ouvertement, même posté sur les réseaux sociaux. Et le monde entier n’a rien dit, non seulement n’a rien dit, a même aidé Israël à perpétrer ce génocide.
Je pense que ce que nous voyons en ce moment ….ce n’est pas une coïncidence si D. Trump parle ouvertement depuis le podium de la Maison blanche, de crimes de guerre et que personne ne réagit. Il plaide pour des crimes de guerre en parlant d’attaquer les infrastructures civiles, les sources d’énergie et les usines de désalinisation iraniennes. Je trouve qu’il est extrêmement important que nous ne laissions pas tomber ce type de discours dans la normalité.
N.S. : Avant que nous concluions, Behrooz, j’aimerais que nous nous arrêtions sur les commentaires de l’anthropologue de l’Université Johns Hopkins, Mme Narges Bajoghli. Dans un récent article dans Foreign Affairs, intitulé Iran Long Game elle écrit ceci : « Durant la guerre Iran-Irak, beaucoup de commandants (iraniens) sont morts. Cela a créé de dangereuses vulnérabilités pour Téhéran. Pour éviter cette situation durant des attaques américaines ou israéliennes, le régime a délibérément décentralisé ses postes de commandement militaires depuis des décennies. Il les a installés sous autorité politique partout dans les régions. Ils peuvent agir de manière autonome. Il a aussi assuré des potentiels successeurs à tous les niveaux de l’organisation des Gardiens de la révolution et des autorités gouvernementales ». Pouvez-vous nous parler de cela et des implications par rapport à un changement de régime ?
B.G-T. : Le terme changement de régime est un leurre que le Président Trumputilise ; c’est sans aucune signification en ce moment. Il est clair que la République islamique a installé au moins quatre niveaux de possibles remplacements. Ce n’est pas que dans les armées où ils ont entrainé et mis en place des commandants qui peuvent prendre la relève en quelques minutes. Ils ont procédé de même pour les structures politiques ; ils ont donné aux gouverneurs de divers niveaux une autonomie politique totale. En cas d’effondrement du gouvernement central, ils sont en position de prendre des décisions indépendantes pour la prise en charge des responsabilités politiques. Donc, les possibilités d’un changement de régime sont si lointaines. Je pense que l’administration Trump s’en est rendu compte, que c’est devenu très clair tout comme pour les Israéliens, qu’il n’y avait aucun plan pour un changement de régime.
A.G. : Je veux parler d’une autre Narges, Narges Mohammadi la gagnante du Prix Nobel de la paix. Je veux que nous parlions de la prison d’Evin, que vous connaissez bien.
B.G.-T. : Oui.
A.G. : Vous y avez été incarcéré dans le couloir de la mort. Craignez-vous que les bombardements américains ou israéliens la touche ? Narges Mohammadi et tant d’autres discidents.es y sont toujours.
B.G.-T. : Je pense qu’en ce moment, Narges Mohammadi n’y est pas. Ils l’ont transférée dans une autre ville. Mais il y a toujours une crainte. J’ai dit que cette guerre n’a rien à voir avec les questions de justice sociale et des libertés civiles en Iran. Et les gens qui sont dans les prisons ne sont pas ceux et celles que fondamentalement cette guerre veut protéger. Ce sont les personnes qui tentent de promouvoir et de se battrent pour la justice sociale et les libertés civiles. Donc, s’ils bombardent les prisons je pense que ce serait cohérant avec la manière que cette guerre a été menée.
A.G. : Spencer ?
S.A. : Cette guerre est déjà perdue. Je ne sais pas combien de temps elle va encore durer mais l’Iran s’est tellement montré plus adroit que les Américains, qu’on peut entendre D. Trump dire qu’il est d’accord pour se retirer du conflit qu’il a déclenché sans que le détroit d’Hormuz ne soit rouvert. Franchement, un gagnant n’agit pas de la sorte. Si les États-Unis laissent le détroit fermé ou fondamentalement en possession des Iraniens, ils auront changé les équilibres au Moyen-Orient et possiblement avec des effets étendus à toute l’économie mondiale. C’est la recette pour retourner en guerre.
A.G. : Il y aurait tant à discuter encore mais nous devons nous arrêter ici. La conversation continue. Merci à vous deux.
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