Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Comment le colonialisme a laissé le monde

On s’étonne de la barbarie de l’assassinat de six Québécois au Burkina Faso. Pourtant les victimes du terrorisme sont bien plus nombreuses au Sud qu’au Nord. On y verra donc encore le clivage des sociétés de la planète selon qu’elles appartiennent au Nord ou au Sud, au monde développé et moderne ou à celui appauvri et dévasté dont le soutien a inspiré les gens du Saguenay.

L’esprit de vengeance qu’a déclenché le 11 septembre ne s’amenuise pas. La recherche de boucs émissaires chez les nations pauvres nous revient comme un boomerang sous forme de meurtres collectifs. Nous faisons tout à coup l’expérience inédite d’une situation mondiale où le colonialisme a fait des ravages. Il en fait encore. Mais les pouvoirs des nations riches comme les nôtres, la plupart du temps sous contrôle de transnationales avides (comme l’avouait naïvement le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis) continuent de provoquer toutes sortes de résistances à l’invasion qui ont même des répercussion chez nous.

En Amérique du Sud, par exemple, comme ici pour les pipelines, on se bat contre « l’extractivisme », c’est-à-dire une méthode d’exploitation des richesses naturelles les plus convoitées par la grande industrie au détriment de celles essentielles à la vie comme l’eau potable ou ces terres accaparées par de grands propriétaires fonciers. Des paysans se regroupent en associations militantes pour mettre à l’abri des transnationales leur accès à l’eau. C’est peu dire. Mais déjà cela a provoqué, à la différence d’ici, des assassinats d’activistes.

On nous crie à partir du Sud : « Quel choix ferez-vous ? » Celui d’être les gardiens aveugles de l’ordre néocolonial en ignorant les catastrophes appréhendées provoquées par « vos » transnationales. Ou bien celui d’un ordre nouveau où les nations cohabitent, en toute indépendance, dans des choix de vie originaux qui forcent les transnationales minières du Nord (à 60 % d’entre elles protégées par les lois canadiennes) à abandonner cet extractivisme malsain qui confisque leurs milieux naturels aux paysans qui en ont pourtant fait tout un mode de vie qui n’handicape pas encore le climat malmené par les grandes industries du Nord.

Les six Québécois assassinés illustrent bien comment la « solidarité de peuple à peuple » peut être fragilisée par l’état dans lequel le colonialisme a laissé l’Afrique, par exemple. Les tentatives de corriger le tir par nos concitoyens faisant acte de solidarité doivent s’accompagner d’une conscience politique nouvelle dans nos pays, qu’on appelle maintenant « altermondialisme » et qui réclamerait dans nos pays une forme nouvelle d’ouverture (tien, tien, ... une ouverture vers qui ?) qui se refléterait par des attitudes d’égalité et de respect pour la souveraineté au Sud. Cette indépendance que nous réclamons à juste titre pour nous-mêmes doit aussi se traduire par des structures mondiales de pouvoir rénovées et mieux fondées.

Dans une intervention aux États généraux de la souveraineté à l’Université Laval, Jacques Parizeau émettait l’hypothèse de la création d’institutions de la chancellerie d’un Québec indépendant à partir des coopérants qui s’attellent déjà à la tâche d’établir un réseau de solidarité internationale surtout au Sud.

Voilà qui donne à l’indépendance une forme innovatrice qui rafraîchirait le domaine des relations internationales, bien ternies par toutes sortes d’interventions malhabiles, sinon carrément impérialistes accordées au militarisme canadien, desquelles un Québec souverain pourrait se démarquer et ainsi contribuer autrement au « progrès constant » du monde qu’en lançant à l’assaut des marchés les CGI ou les Couche-Tard antisyndicaux à l’appel des Couillard et des Legault déjà alléchés par « un partage du banquet ».

Guy Roy

Guy Roy

l’auteur est membre du collectif PCQ de Québec solidaire à Lévis.

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