Édition du 16 juin 2020

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Equateur

Comment se vit la démocratie en Équateur

Les citoyens, en grande partie, sont conscients que nos gouvernements Harper et Charest ont une bien piètre idée de la démocratie. Le refus de Harper de respecter l’accord de Kyoto, le refus de Charest d’obtempérer à la demande générale pour la tenue d’une commission d’enquête publique et pour un moratoire sur les gaz de schiste cadrent bien mal avec la nature d’une démocratie.

Pour eux, cela semble se résumer à se faire élire en prononçant de beaux discours pour ensuite diriger comme ils veulent, - ou plutôt en suivant ce que les transnationales veulent - en se fichant de la population. L’essence de la démocratie, c’est pourtant ce qui se passe après les élections, c’est l’obligation des élus de respecter leur mandat à savoir prendre leurs décisions en fonction du bien commun. Autrement, ça se rapproche davantage de la ploutocratie et/ou de la dictature

Heureusement, à quelques endroits sur cette planète, la démocratie n’est pas qu’un vain mot, notamment en Équateur. La journaliste et militante chilienne, Martha Harnecker, a réalisé un reportage sur cette nouvelle manière de pratiquer la démocratie, dans ce pays des Andes. Voici un court résumé de son article, paru sur le site de Rebelion, le 1er décembre dernier, qui nous apporte un vent d’espoir et nous fait littéralement pâlir d’envie.

Élu président de l’Équateur en 2007, Rafaël Correa a décidé, dès son premier mandat, de rompre avec le système bureaucratique qui consiste à tout décider entre quatre murs, au sein du gouvernement central. Pour ce faire, à chaque trois semaines, son Conseil des ministres au complet tient sa réunion dans une petite municipalité de l’une des 21 provinces du pays. Chaque fois, dans une province différente, et non pas dans la capitale de cette province, mais dans une localité moins importante. Cela permet au pouvoir exécutif de se rapprocher de la population et d’établir un dialogue avec les gens et donne à ceux-ci l’occasion d’exprimer leurs besoins, leurs demandes et leurs aspirations.

En novembre dernier, la journaliste a assisté à une de ces rencontres qui se déroulait à Cariamanga, une des 16 municipalités de la province de Loja. À cette occasion, elle a réalisé une entrevue avec Ricardo Patino, ministre des Affaires extérieures.

Voici comment se déroule ces rencontres du Cabinet itinérant de Correa avec la population. Il s’agit d’un Cabinet élargi qui comprend, en plus des ministres, quelques sous-ministres et des fonctionnaires de très haut niveau, comme le président de la Banque centrale, le directeur des Douanes et celui des Services sociaux. En tout, une quarantaine de personnes. Une équipe est dépêchée préalablement auprès du gouverneur, des maires et autres autorités de la région qui préparent la rencontre et annoncent à la population la venue du président et de ses ministres.

La réunion du Cabinet élargi a lieu le vendredi avec les gouverneurs et les organisations locales. Ce jour-là, à Cariamanga, elle a commencé à 11 heures, avec un peu de retard, en raison des difficultés pour accéder à cette localité éloignée. C’est le temps de partager l’information sur la région. Les gouverneurs présentent leurs rapports basés notamment sur des informations statistiques, suivis d’une analyse politique et économique. Tous, ont travaillé pendant neuf heures d’affilée, sans interruption pour le diner ; un lunch leur a été servi sur place. Les thèmes traités étaient projetés sur de grands écrans pour permettre à tous de suivre les informations et discussions. Chacun pouvait suivre également sur son écran d’ordinateur.

« C’est important de tenir ces réunions du Cabinet en différents endroits du pays et non seulement à Quito D’une part, les thèmes nationaux ont souvent des répercussions locales et, d’autre part, les autorités provinciales et locales deviennent plus conscients des enjeux nationaux et comment tout cela peut s’articuler sur le Plan National pour le « bien Vivre » : El Plan nacional para el Buen Vivir. qui est actuellement la feuille de route du gouvernement Correa » commente Ricardo Patino.

À 20h30, c’est la grande soirée culturelle et populaire au Colisée de la ville. Les habitants de Cariamanga et des environs y accourent massivement. Cela se déroule toujours dans un Colisée parce qu’un endroit plus petit ne suffirait pas à accueillir tout le monde. Le président y fait une brève allocution et présente à la foule chacun des membres de son Cabinet. Il rappelle aussi aux gens la réunion du lendemain et spécifie que tout le monde est invité même s’il ne représente pas une organisation. Des artistes de la région viennent y faire des prestations. C’est l’occasion pour la plupart des citoyenNEs de rencontrer pour la première fois leur président, de lui parler de leurs inquiétudes et de leurs problèmes, prendre des photos, etc. « Ce contact permet au président de connaître directement l’appréciation des gens concernant la gestion du gouvernement. Cette activité, plus que les autres plus formelles, est un moment de communion avec la population » dit Ricardo Patino. Au cours de la soirée, politiciens et citoyens chantent, dansent ensemble, et semble-t-il que certains ministres, et même le président et le vice-président, jouent parfois de la guitare. Pour certains, la fête s’est terminée bien après minuit, vers 2h30 du matin.

Le samedi matin, à 8h30 pile, c’est la réunion du président et de son cabinet élargi avec les autorités de la province, soit le gouverneur de la province, le préfet, et les 16 maires de la province de Loja. À noter que cinq seulement de ceux-ci sont du parti du Président, Alianza PAIS (acronyme en espagnol de Alliance pour une patrie fière et souveraine), huit sont des sympathisants et trois des opposants. Chaque maire prend la parole et exprime les besoins et demandes de sa localité, le tout suivi d’échanges. Le président les a tous écoutés avec une égale attention, y compris ses opposants.

Aussitôt terminée cette réunion, à 10h, le président se rend à un studio pour son émission Enlace semanal – le Lien hebdomadaire - diffusée par la radio et la télévision nationales, tous les samedis. En ce samedi, il se réfère tout spécialement à la rencontre qui se déroule Cariamanga et informe ses concitoyens des problèmes et aspirations de la région.

De leur côté, les ministres se rendent dans une école publique pour participer à des ateliers ouverts à toute la population. Les ministres se répartissent dans chacun de ces ateliers. Il y en a sept, selon les sept axes autour desquels les ministères coordonnent leurs activités. Lorsque le gouverneur a annoncé aux citoyens le venue du Cabinet, il leur a également demandé de présenter leur requête. Une fiche est préparée avec le thème qu’ils veulent aborder. Quand les ministres arrivent la fiche est déjà distribuée respectivement sur la table des ministres concernées par le sujet.

Tous les citoyens et citoyennes peuvent y participer, pas seulement ceux qui ont été mandatés par un groupe ou une association. À l’entrée de chaque salle, il y a aussi une petite table avec des formulaires où chaque personne ou groupe qui souhaite être entendu peut inscrire ses requêtes. L’animateur de l’atelier recueille également ces formulaires et appelle un à un les signataires à venir exposer leurs demandes et leurs suggestions. La ou le ministre qui préside voit à ce que chaque demande soit entendue et répondue. Tout est consigné par écrit afin de s’assurer que chaque demande a ait le suivi nécessaire. Par la suite le tout se termine par un dîner offert par le maire de l’endroit aux membres du Cabinet.

« Chaque citoyen peut être en communication avec les ministres, c’est merveilleux, confie Ricardo Patino à Mme Harnecker.[...] Vous ne pouvez pas vous imaginer l’importance que ces journées ont pour nous. Cela nous permet de savoir vraiment ce qui se passe. Si on se réunissait uniquement dans le palais du gouvernement pour y prendre toutes les décisions, on ne pourrait pas vraiment savoir ce qui se passe chez les gens. Nous ne pouvons nous permettre d’ignorer ce qui affecte et ce que ressent la population. »

Par la suite le tout se termine par un dîner offert par le maire de l’endroit aux membres du Cabinet et aux autorités de la région.

Ces cabinets itinérants ne sont pas un simple exercice de relation publique. Les demandes des autorités locales, des organisations sociales et des citoyens sont prises en compte et le Secrétariat de la Présidence voit à ce que tel ou tel ministère y donne suite, comme il se doit.

En plus de permettre au gouvernement de se rapprocher des gens, de prendre le pouls de la population, les citoyens ont vraiment le sentiment d’être écoutés. Ces cabinets sont très significatifs dans la vie de ces populations. A tout cela s’ajoute des bénéfices secondaires. Non seulement, cela stimule l’économie locale, mais chaque ville qui accueille le cabinet itinérant, fait le grand nettoyage, se prépare, s’embellit, pour recevoir son Président et autres élus.

Nous avons beaucoup à apprendre de ce qui se passe présentement en Équateur. Et en plus c’est tellement encourageant. Comme il serait utile et bénéfique pour notre démocratie que Radio-Canada fasse un reportage sur la façon dont se vit la démocratie dans ce pays.

La Rédaction de Presse-toi à gauche

Source : http://www.rebelion.org/docs/117764.pdf

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