Édition du 7 décembre 2021

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Québec

Comment vont les riches ?

Depuis la fin de la crise, le gouvernement n’a cessé de nous dire qu’il faut se serrer la ceinture. Tout le monde doit mettre l’épaule à la roue pour sortir le gouvernement du déficit dans lequel il s’est embourbé.

Tiré du site de l’IRIS.

La stratégie du gouvernement est simple : compresser la croissance des dépenses de l’État. À première vue ça n’a pas l’air trop méchant, réduire la croissance des dépenses : elles continuent quand même d’augmenter. Or, comme le gouvernement doit maintenir une croissance rapide de ses dépenses en santé, notamment à cause du salaire des médecins et du coût des médicaments, réduire la croissance des dépenses globales signifie des coupures de postes et de services dans plusieurs ministères.
Pour l’instant, cette stratégie n’a pas donné des résultats très excitants, que ce soit pour la croissance, l’emploi ou l’équilibre budgétaire. Le Québec – comme plusieurs pays dans le monde – vit une période économique plutôt morose.

Morose ? Peut-être pas pour tout le monde.

Voyons comment se portent les plus riches de notre société. Vivent-ils eux aussi des temps difficiles ? Les données de Statistique Canada (Tableau CANSIM 204-0002) montrent plutôt le contraire. De 2009 à 2011 – les plus récentes données disponibles – le 1% le plus riche a vu ses revenus croître de 3,8% après impôt et inflation. Pour le 5% et le 10% le plus riche, la croissance de leurs revenus a été respectivement de 1,8% et 0,9%. Pendant ce temps, le 90% restant de la population voyait son revenu moyen diminuer de 0,9%.

Alors que les revenus des plus fortuné.e.s ont augmenté de belle façon, le revenu moyen, celui du commun des mortels, a diminué par rapport au coût de la vie. Relativement à ce qu’il nous en coûte pour vivre, nous avions donc, en moyenne, un plus bas revenu en 2011 qu’en 2009. Ce n’est d’ailleurs pas une nouveauté ; sur les trente dernières années, les revenus des plus riches ont augmenté de façon imposante alors que pour le reste de la population, la croissance a été minime, (quand il y a eu croissance).

Ce qu’il est intéressant de constater, c’est que, même quand l’économie est morose, les plus riches continuent de s’enrichir. Pourquoi ? On peut formuler quelques hypothèses. Quand on fait des gains grâce à l’économie financière, nos capitaux circulent à l’extérieur des frontières et leur croissance n’a pas beaucoup de conséquences sur l’économie québécoise. Quand on exige des compressions salariales pour faire plus de profit ou quand on profite de l’avancée du secteur privé dans les services publics (comme avec les PPP) on n’a pas besoin de croissance, on déplace simplement la destination des profits, selon le principe des vases communicants.

Bref, l’augmentation des revenus des plus riches n’a peut-être pas vraiment besoin de la croissance économique du Québec. Ainsi, une politique d’austérité qui diminue l’espace du secteur public et crée des opportunités d’affaire n’est pas une nouvelle pour les plus fortuné.e.s, même si elle laisse l’économie du Québec en stagnation.

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