Toutefois, l’entente est entourée de secrets et au-delà des chiffres officiels, il est difficile d’y voir clair dans les tenants et aboutissants de ce dossier. Le maire Labeaume est résolu à faire avaler cette entente sans que la population ait son mot à dire.
L’entente
Réjean Tremblay a révélé un aspect évocateur de l’entente lors de son récent passage à Tout le monde en parle du 6 mars : PKP qui quitte précipitamment son chalet de l’Estrie par hélicoptère pour signer l’entente avec la Ville de Québec pour ensuite rapporter le contrat à sa conjointe Julie Snyder en signe de cadeau. Cette anecdote est évocatrice du type de gestion qu’entend adopter PKP pour le futur lieu de sports et de culture : un joujou pour riche qui permettra de porter la convergence de son empire médiatique à un niveau supérieur.
S’amuser tout en récoltant un pactole non négligeable en maximisant les possessions de Québecor Médias par l’activation du projet de chaine sportive et la maximisation de l’utilisation des médias périphériques tout en favorisant la convergence des intérêts de ses partenaires traditionnels (promoteurs artistiques, gestionnaires de projets technologiques, etc), tout ça aux frais des contribuables. Une telle entente permet à Québecor de se positionner favorablement pour compétitionner avec Gesca, Molson et Bell. Fait à remarquer, l’entente fut signée 15 minutes après la fin du conflit au Journal de Montréal.
À la question, s’il y avait une coïncidence entre les deux événements, le maire a affirmé que « ça ne le regarde pas. En plus, je discute de Québecor avec quelqu’un de Radio-Canada. C’est un peu fatiguant ça ». Interrogé sur le statut des futurs employéEs de Québecor dans le projet de futur amphithéâtre, le maire a ajouté que « ça ne le regardait pas ». Rappelons que le maire souhaite financer la part de la Ville dans la construction de l’édifice par la suppression de 500 emplois dans la fonction publique municipale, dont les 150 emplois d’Expo-Cité qui gère notamment l’actuel Colisée.
À propos de l’orientation artistique des événements culturels qui seront présentés par Québecor, à savoir si les artistes de l’écurie Québecor seront omniprésents, le maire a de nouveau affirmé que « ce ne sont pas de mes affaires. On a décidé de faire affaire avec une entreprise privée, on ne gèrera pas à sa place. Nous ce qu’on veut, c’est l’argent. Ce qui nous importe, c’est que Québecor va créer de l’emploi pour les artistes et les artisans du milieu de la culture ».
Déni de démocratie
Par ailleurs, le maire de Québec a fait une démonstration de son hostilité à toute forme de démocratie en évitant toute question sur le fond de l’entente et en affirmant qu’il préfère qu’il n’y ait pas de consultation publique sur la question. Dans le style populiste qui le caractérise, il a affirmé à Anne-Marie Dussault sur les ondes de RDI « qu’il raisonne en terme d’affaires. L’entente que nous avons est très profitable pour la Ville affirme t-il. Nous sommes au-dessus des marchés. Les citoyens de Québec veulent l’amphithéâtre en très grande majorité(???). Est-ce qu’il faut comparer tout ce qui se fait en culture. A t-on le droit d’avoir des biens publics ? Je ne suis plus dans ce genre de discussion. Le débat est réglé. Les gens veulent un amphithéâtre. Nous les politiciens, on peux-tu leur donner ce qu’ils veulent ? »
Au-dessus des marchés affirme t-il ? La Presse Affaires (2 mars 2011) nous apprend que la moyenne des droits d’appellation de la LNH est de 3,2M$ Or, Québecor paiera une moyenne de 2,5M$ pour un Colisée avec une équipe de hockey. Le Colisée sera très profitable pour la population : plusieurs analystes ne partagent pas cet avis : la Ville de Québec aurait pu investir cet argent dans d’autres projets, comme le transport en commun par exemple ; la Ville de Québec ne percevra pas de taxes municipales mais un montant variant selon les activités qui se dérouleront dans l’édifice pour un revenu maximal de 5M$. Or, le Centre Bell à Montréal paie 8M$ en taxes municipales par année. De plus, la Ville devra assumer la moitié des pertes. Québecor aura l’exclusivité de la gestion de l’édifice sans avoir à payer pour sa construction.
Le comptable et chargé de cours aux HEC Pierre-Yves McSween explique dans une lettre aux lecteurs de La Presse du 6 mars (voir notre section Opinion pour lire l’intégrale de sa lettre) : Quebecor Media Inc. (QMI) obtient l’exclusivité de l’usage et de la gestion de l’amphithéâtre sans réel investissement dans l’immeuble. En effet, le 33 millions ou le 63,5 millions (déductible d’impôts) est une publicité payée d’avance, et non un investissement. De plus, ce montant sera possiblement financé par dette à 90% (dont les intérêts seraient déductibles d’impôts). Ainsi, QMI pourrait avoir obtenu l’exclusivité de la gestion du Colisée en déboursant un maigre 3 millions (déductible d’impôts) en 2015. L’entreprise partagera une faible portion des profits avec la Ville de Québec et n’assumera que la moitié des pertes en cas d’absence d’une équipe de hockey. Si Québecor met la main sur une équipe de hockey, elle aura l’actif qui a le plus de valeur, sans avoir à assumer le risque de l’immeuble.
Pour terminer, le maire Labeaume implore la population de la Ville de Québec de ne pas exiger de consultation publique sur le dossier. Il fera une tournée des arrondissements en ayant comme objectif d’éviter un référendum ou une ouverture des registres. Selon lui, la tenue d’un vote inciterait le commissaire de la LNH, Gary Bettman, à mettre sur la glace ses pourparlers avec Québecor pour ramener une équipe à Québec. Quant à l’opposition à l’Hôtel de Ville, le conseiller Bussière demande qu’une consultation soit tenue. Bref, le maire est prêt à n’importe quel raccourci pour éviter que la population, dont la moitié souhaite un référendum et autour de 40% s’oppose d’ores et déjà au projet, accepte de se taire pour le bien de Québecor.
Aurons-nous droit à la culture version Québecor ?
L’autre menace qui plane dans ce dossier est celui de l’orientation artistique du gestionnaire. Québecor nous a habitués à une politique qui consiste à ne présenter que ses artistes et ceux qui peuvent générer des profits. Dehors les créateurs qui font preuve d’audace et d’indépendance artistiques. Ouste, les marginaux qui créent pour l’art et non pour l’argent. On nous présentera des arts formatés aux goûts du jour, appuyé dans cette entreprises par les magazines de Québecor, tous plus artistiques les uns que les autres.
Au diable les artistes qui innovent et qui veulent repousser les frontières de ce qui se fait. Le seul critère sera dorénavant la rentabilité immédiate. Nous risquons d’assister à la mise en place d’une tribune pour des produits dont l’originalité se résumera à sa capacité de faire résonner le tiroir caisse. Et ce n’est pas de nos affaires affirme le maire.

