Édition du 15 décembre 2020

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International

RETOUR SUR LE SOMMET DES AMÉRIQUES

Document des pays de l'ALBA pour le 5e Sommet des Amériques

Les chefs d’État et de gouvernement de la Bolivie, de Cuba, de la République dominicaine, du Honduras, du Nicaragua et du Venezuela, pays membres de l’ALBA, nous croyons que le projet de Déclaration du 5e Sommet des Amériques est inadéquat et inacceptable pour les raisons suivantes :

Il ne donne aucune réponse à la question de la crise économique mondiale, même si c’est là le plus grand défi auquel l’humanité doit faire face depuis des décennies et qu’elle constitue la menace la plus grave de la période en ce qui concerne le bien-être de nos peuples.

L’exclusion infondée de Cuba, sans qu’il soit tenu compte du consensus général qui existe dans la région qui condamne le blocus et les tentatives d’isolement dont ce peuple et son gouvernement a été sans cesse l’objet, et cela de manière criminelle.

Par conséquent, les pays membres de l’ALBA pensent qu’il n’y a pas de consensus pour adopter le projet de déclaration et nous proposons d’organiser un débat sur les sujets suivants :

1) Le capitalisme est en train de détruire la planète et l’humanité. Nous vivons une crise économique mondiale systémique et structurelle, et non une crise conjoncturelle de plus. Les personnes qui pensent qu’ un apport de liquidités et des mesures réglementaires permettront de résoudre cette crise se trompent totalement.

2) Le capitalisme a provoqué une crise écologique en soumettant les conditions nécessaires à la vie sur la planète à la domination des marchés et au règne du profit. Chaque année, on consomme un tiers de plus que ce que la planète peut générer. Avec un tel rythme de gaspillage du système capitaliste, il nous faudrait deux autres planètes Terre en l’an 2030.

3) La crise économique mondiale, la crise des changements climatiques, la crise des approvisionnements alimentaires et la crise de l’énergie sont les produits de la décadence du capitalisme qui menace de mettre fin à l’existence même de la vie et de la planète. Pour éviter un tel dénouement, il est nécessaire de développer un modèle alternatif au système capitaliste. Un système de :

• de solidarité et de complémentarité plutôt que de concurrence ;

• Un système d’harmonie avec notre mère la terre et non de pillage des ressources naturelles ;

• Un système de diversité culturelle et non d’écrasement des cultures et d’imposition de valeurs culturelles et de modes de vie étrangers à la réalité de nos pays ;

• Un système de paix fondée sur la justice sociale et non la politique et les guerres impérialistes ;

• En résumé, un système qui sauvegarde des conditions de la vie humaine pour nos sociétés et nos peuples, et qui ne les réduit pas à de simples consommateurs de marchandises.

4) Comme expression concrète de la nouvelle réalité du continent, l’Amérique latine et des Caraïbes ont commencé à construire une institution qui plonge ses racines dans l’histoire commune qui remonte à la révolution indépendantiste et est un outil concret pour l’approfondissement du processus de développement social, économique et culturel qui permettra de renforcer notre souveraineté.

L’ALBA-TCP ou UNASUR Petrocaribe, pour ne citer que la plus récente création, sont des mécanismes de solidarité créés dans le feu de ces transformations, avec l’intention de renforcer les efforts de nos peuples afin de parvenir à leur libération. Pour remédier aux graves effets de la crise économique mondiale, les pays de l’ALBA ont pris des mesures innovatrices et transformatrices qui explorent de réelles alternatives à la faiblesse d’un ordre économique international déficient au lieu de développer ses institutions. Nous avons lancé un système unique de compensation régionale, le SUCRE, qui comprend une unité de compte commune, une Chambre de compensation de paiements et de réserves. Nous avons également encouragé la création d’entreprises transnationales pour répondre aux besoins fondamentaux de nos peuples, en établissant des mécanismes de commerce équitable et complémentaire pour en finir avec la logique absurde de la concurrence effrénée.

5) Nous remettons en cause le G20 qui a triplé les ressources du FMI, alors que ce qui est réellement nécessaire c’est d’établir un nouvel ordre économique mondial ce qui nécessiterait la transformation totale du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC, institutions dont les orientations néolibérales ont contribué à la crise économique mondiale.

6) Les solutions à la crise économique mondiale et la définition d’une nouvelle architecture financière internationale devraient être adoptées avec la participation des 192 pays entre le 1er et le 3 juin alors que se tiendra la Conférence sur la crise financière internationale des Nations Unies et d’y proposer la création d’un nouvel ordre économique international.

7) En ce qui concerne la crise des changements climatiques, les pays développés ont une dette écologique face au reste du monde, car ils sont responsables de 70% des émissions historiques de carbone accumulé dans l’atmosphère depuis 1750. Les pays développés, débiteurs de l’humanité et de la planète, devraient fournir des ressources importantes à un fond destiné à permettre aux pays en développement de s’engager sur un modèle de croissance qui ne répète pas la violence de l’impact de l’industrialisation capitaliste.

8) Les solutions aux crises énergétique, alimentaire et celles liées aux changements climatiques doivent être intégrées et interdépendantes. Nous ne pouvons pas résoudre un problème en en créant d’autres dans des domaines fondamentaux pour la vie. Par exemple, la généralisation de l’utilisation des biocarburants peut avoir une incidence négative sur les prix des produits alimentaires et sur l’utilisation de ressources essentielles comme l’eau, les terres et les forêts.

9) Nous condamnons la discrimination des migrants sous quelque forme que ce soit. La migration est un droit humain, pas un crime. Par conséquent, nous demandons une réforme urgente de la politique d’immigration du gouvernement des États-Unis, afin d’empêcher les raids et les déportations de masse et de permettre la réunification des familles, et nous demandons la suppression du mur qui nous sépare et nous divise plutôt que de nous unir.

À cet égard, nous exigeons l’abrogation de la Loi d’Ajustement cubain et l’élimination de la politique des pieds secs – pieds humides, loi sélective et discriminatoire et qui est responsable de pertes de vie. Les vrais coupables de la crise financière, ce sont les banquiers qui ont volé l’argent et les ressources de nos pays et non les travailleurs migrants. Il y a d’abord les droits de l’homme, en particulier les droits des humains les plus vulnérables et marginalisés de notre société qui sont sans-papiers.

Pour qu’il y ait intégration, la libre circulation des personnes et des droits humains égaux pour tous indépendamment du statut d’immigrant sont nécessaires. La fuite des cerveaux est une forme de pillage de ressources humaines qualifiées exercé par les pays riches.

10) Les services de base en éducation, en santé, en ce qui concerne l’approvisionnement en eau, en énergie et les télécommunications doivent être reconnus comme des droits humains et ne peuvent être l’objet d’un commerce privé ni être marchandisés par l’Organisation mondiale du commerce. Ces services sont et doivent être essentiellement des services publics universellement accessibles.

11) Nous voulons un monde où tous les pays, grands et petits, ont des droits égaux et où il n’y a pas d’empire. Nous prônons la non-intervention. Nous voulons renforcer, comme seul canal de discussion et d’analyse de programmes bilatéraux et multilatéraux sur le continent, le respect mutuel entre États et gouvernements en vertu du principe de non-ingérence d’un État dans un autre et du caractère sacré de la souveraineté et l’autodétermination des peuples.

Nous demandons au nouveau gouvernement des États-Unis, dont l’arrivée a créé certaines attentes dans la région et dans le monde, de mettre fin à la longue et terrible histoire de l’agression et de l’interventionnisme qui a caractérisé l’action des gouvernements de ce pays tout au long de l’histoire, situation particulièrement aggravée durant l’administration de George W. Bush.

De même, nous demandons la fin des pratiques interventionnistes comme les opérations d’infiltration, de diplomaties parallèles, de guerre médiatique visant à déstabiliser les États et gouvernements et le financement des groupes subversifs. Il est essentiel de construire un monde où l’on reconnaît et respecte la diversité des orientations économiques, politiques, sociales et culturelles.

12) En ce qui concerne le blocus contre Cuba et l’exclusion de ce pays du Sommet des Amériques, les pays de l’Alternative bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, nous réitérons la déclaration que tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont adoptée le 16 décembre 2008, sur la nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé par le gouvernement des États-Unis d’Amérique à Cuba, y compris la mise en œuvre de ladite loi Helms-Burton, dont les principaux points stipulent :

"Considérant les résolutions adoptées par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies sur la nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis contre Cuba, et les propositions similaires adoptées dans de nombreuses réunions internationales,

“nous affirmons que pour la défense du libre-échange et la transparence du commerce international, il est inacceptable que l’application de mesures coercitives unilatérales affectent le bien-être des populations et entravent les processus d’intégration.

"Nous rejetons avec la plus grande fermeté de la mise en pratique de lois et mesures contraires au droit international comme la loi Helms-Burton et nous prions instamment le gouvernement des États-Unis d’Amérique de mettre fin à son application.

« Nous appelons le gouvernement des États-Unis d’Amérique de se conformer aux dispositions des 17 résolutions successives approuvées par l’Assemblée générale des Nations Unies et de lever le blocus économique, commercial et financier qu’il maintient contre Cuba ».

En outre, nous considérons l’échec des tentatives d’imposer l’isolement de Cuba. Ce pays est aujourd’hui partie intégrante de l’Amérique latine et des Caraïbes. C’est un membre du Groupe de Rio, d’autres organisations et de mécanismes régionaux et il est partie prenante de l’élaboration d’une politique de coopération et de solidarité avec les pays de la région, car il développe une politique qui favorise la pleine intégration des peuples de l’Amérique latine et des Caraïbes, et par conséquent, il n’y a aucune raison qui justifie son exclusion du mécanisme des Sommets des Amériques.

13) Les pays développés ont consacré pas moins de 8 000 milliards de dollars pour le sauvetage de la structure financière qui s’est effondrée. Ils sont les mêmes personnes qui refusent d’atteindre les objectifs chiffrés visés par les Mesures du Millénaire soit 0,7% du PIB d’aide publique au développement. Jamais auparavant n’avait-on vu si clairement l’hypocrisie du discours des pays riches. La coopération devrait être sans condition et conforme à l’ordre du jour des pays bénéficiaires, par la simplification des procédures, la mise à leur disposition de ressources et en priorisant les questions de l’inclusion sociale.

14) La lutte légitime contre le trafic de drogue et le crime organisé, et contre toutes les autres manifestations des soi-disant « nouvelles menaces » ne doit pas être utilisée comme une excuse pour procéder à l’ingérence et à l’intervention contre nos pays.

15) Nous sommes fermement convaincus que le changement que tout le monde espère, ne peut être le résultat que de l’organisation, de la mobilisation et de l’unité de nos peuples.

Comme l’a affirmé le libérateur Simon Bolivar :

« "L’unité de nos peuples n’est pas un simple rêve des hommes, mais le décret inexorable du destin. »

Traduction : Bernard Rioux

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