Édition du 15 décembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Élections américaines, qui a perdu, qui a gagné ?

Donald Trump a perdu : malgré ses dénégations et d’ultimes batailles juridiques, il ne fera pas un deuxième mandat en tant que président des États-Unis. Et c’est une très bonne nouvelle. On ne peut qu’être solidaire de ces milliers d’Américains sortis dans rue pour célébrer son départ. Ceci dit, qui a gagné et, en dehors de Trump lui-même, qui a perdu ?

Revue L’Anticapitaliste n°120 (novembre 2020)

Par Henri Wilno

Pour répondre à cette question, il serait faux de s’en tenir à une photographie instantanée qui nous montrerait seulement que Biden a gagné avec plus de 74,5 millions de voix, contre 70 millions pour Donald Trump et qu’il passé le cap des 270 grands électeurs. En fait, pour savoir qui a gagné et qui a perdu, il faut revenir plusieurs mois ou années en arrière : avant les élections de 2015, un vent d’espoir s’était levé avec la candidature de Bernie Sanders et sa campagne pour la justice sociale et raciale, pour une assurance-maladie pour tous, pour lutter contre le réchauffement climatique, etc. Malgré ses limites, Bernie Sanders avait entrepris de s’adresser à « ceux d’en bas », à ceux qui vivent de leur travail… à tous ceux que les démocrates américains avaient négligés depuis des années.
Les démocrates, fidèles serviteurs du capital américain

D’abord sous la présidence de Bill Clinton (1993-2001) marquée notamment par la libéralisation financière et par une réforme

ultra-régressive des aides sociales. Ensuite, après les deux mandats réactionnaires et guerriers (2001-2009) du républicain George W. Bush (qui a décidé l’invasion de l’Irak) était venu Barack Obama. Son élection en pleine crise économique, avait provoqué une forte attente : non seulement, le nouveau président était noir mais il proclamait : « Yes, we can ! ». (Oui, nous pouvons). Et sur ce point, Obama a failli. D’emblée son plan de relance de l’économie est d’abord soucieux du sort des banquiers plus que de celui des millions d’Américains menacés de perdre leur logement. La réforme de la santé met en place un système très complexe pour ménager les compagnies privées d’assurance. Les nouveaux emplois créés après la crise de 2008-2009 sont plus mal payés et apportent moins de droits sociaux que les emplois industriels supprimés. Les déceptions répétées se sont conjuguées au racisme pour conduire une partie des travailleurs blancs américains à voter Trump en 2016 : un candidat qui pouvait apparaitre comme un « homme nouveau » et qui faisait semblant de s’intéresser à leurs problèmes.

En 2016 comme cette année, l’« establishment » démocrate avait une préoccupation : gagner les élections mais pas au prix d’un renforcement de la gauche qui aurait découragé ses riches amis et donateurs de Wall Street. C’est pour cela qu’en 2016, la direction démocrate a tout fait pour saboter la candidature de Sanders et imposer Hillary Clinton (épouse de Bill) qui a été battue en nombre de grands électeurs.

En 2020, la direction du parti est repartie en guerre contre Sanders derrière une caricature du politicien Joe Biden, ancien vice-président d’Obama. Après qu’il eut obtenu quelques succès dans les primaires, tous les nombreux postulants démocrates se rallient à lui sauf Bernie Sanders. Celui-ci, isolé et alors que le Covid interrompt la campagne électorale, jette l’éponge en avril 2020. Au cours de sa longue carrière parlementaire, Biden s’est illustré par son soutien à un grand nombre de propositions réactionnaires et a soutenu l’invasion de l’Irak.
La gauche, aussi, a perdu

Le bilan de la séquence est clair : du fait sans doute de la pandémie, Trump a bien perdu (de beaucoup moins que ne l’espéraient les démocrates) mais la gauche aussi. Même si elle a remporté quelques succès locaux : les quatre élues de gauche à la Chambre des représentants (dont la plus connue est Alexandria Ocasio-Cortez à New York) ont préservé leurs sièges, d’autres postes ont été sauvés ou gagnés dans les localités et les États. Les votes de la Floride montrent aussi certaines potentialités : Trump l’a emporté mais, dans un référendum qui se déroulait en même temps, les électeurs de l’État ont voté en majorité pour une revalorisation du salaire minimum à 15 $ de l’heure.

Le gagnant est l’establishment démocrate. Biden rompra bien avec les aspects les plus aberrants et agressifs de la présidence de Trump (notamment sur le Covid et le racisme explicite) mais l’essentiel ne changera pas. Il s’est vanté au cours de sa campagne d’avoir battu les idées « socialistes » et, quand il parle d’« unité », il vise avant tout à séduire une partie des dirigeants du parti républicain et à les détacher du « trumpisme », d’autant que le Sénat risque de rester aux mains des républicains.

Pour que ce petit jeu politicien bipartisan soit perturbé, il faudra, comme ce fut le cas dans les années 1930, une énorme poussée des travailleurs et des mouvements sociaux et un renforcement de leur organisation. C’est sous cette pression que durant la crise des années 30 le président Roosevelt et la classe dominante se sont résignés à faire des réformes sociales.

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