jeudi 16 avril 2026 | tiré d’Europe solidaire sans frontières | Photo : Entre embargo, polycrise et pénuries, l’île résiste à une crise alimentaire majeure. Par quels mécanismes et pour combien de temps ? R. Belmin/Cirad, CC BY-NC-ND
Depuis la révolution de 1959, nourrir la population est un pilier du projet politique cubain. L’État a fait de l’alimentation un service public : centralisation des importations, planification de la production et rationnement à travers la libreta, un carnet distribué à chaque famille permettant d’accéder à des produits de première nécessité dans des magasins d’État à prix subventionnés.
Entre embargo, polycrise et pénuries, l’île résiste à une crise alimentaire majeure. Par quels mécanismes et pour combien de temps ? R. Belmin/Cirad, CC BY-NC-ND
L’objectif était clair dès l’origine : garantir un accès universel à l’alimentation. Cuba n’a pas dévié de cet objectif, malgré l’embargo durable mis en place par les États-Unis dès 1962. Dans ce contexte, l’alliance cubaine avec l’Union soviétique a longtemps permis de stabiliser ce modèle en assurant énergie, pesticides et engrais agricoles, semences et plants, fournitures vétérinaires et devises.
Un modèle alimentaire étatique sous dépendance extérieure (années 1960-1980)
Le système cubain reposait alors sur un appareil productif fortement centralisé. L’agriculture d’État – le sector estatal – a regroupé les exploitations héritières des grandes entreprises agricoles nationalisées après 1959. Ces fermes publiques, gérées par des entreprises d’État, fonctionnaient avec des salariés agricoles rémunérés par un salaire fixe, des objectifs de production planifiés et des circuits d’approvisionnement centralisés en pesticides, en engrais et en énergie. À leur apogée dans les années 1980, les entreprises agricoles d’État couvraient près de 80 % de la surface agricole nationale, ne laissant que 20 % entre les mains du secteur privé.
Cette architecture institutionnelle et productive a tenu tant que des appuis extérieurs amortissaient les chocs, qu’ils soient internes ou géopolitiques. Mais, au début des années 1990, l’effondrement de l’Union soviétique a provoqué à Cuba une chute brutale des échanges commerciaux, des soutiens financiers ainsi que des approvisionnements en énergie, en engrais et en pesticides. Fragilisé dans ses bases économiques et productives, le pays s’est vu contraint de réinventer son modèle agricole.
Peinture ornant les murs d’une station de recherche agricole cubaine. Dans la pensée révolutionnaire cubaine, l’agriculture d’État incarne la souveraineté nationale : travailler la terre devient un acte politique, garant de l’autonomie alimentaire et de la dignité collective. Crédit photo : R. Belmin/Cirad. CC BY-NC-ND
De l’agroécologie contrainte à l’institutionnalisation politique (années 1990-2010)
Ce contexte de pénurie du début des années 1990, connu sous le nom de « período especial » (« période spéciale »), a entraîné un virage profond du système productif cubain. Diversification des cultures, recyclage de la matière organique, traction animale, production de bio-intrants (produit d’origine biologique utilisé en agriculture pour remplacer ou réduire les intrants chimiques, ndlr) : une agroécologie de survie s’est progressivement installée et diffusée à grande échelle, à la fois dans les campagnes et au cœur des villes.
Ces transformations sont, d’une part, encouragées par une politique agraire consistant à transformer certaines fermes d’État en coopératives et à redistribuer des terres en usufruit à des producteurs. Elles sont, d’autre part, accompagnées par un vaste programme étatique d’agriculture urbaine et suburbaine visant à rapprocher producteurs et consommateurs, sur des bases majoritairement organiques : exploitations maraîchères de petite taille, souvent conduites en planches bio-intensives (voir photo ci-dessous), avec des modes de rémunération réformés pour être davantage incitatifs.
D’abord vécue comme une adaptation pragmatique à la pénurie, cette dynamique a ensuite été institutionnalisée, jusqu’à constituer un référentiel politique et idéologique articulant souveraineté alimentaire, justice sociale et résilience nationale.
Les années 2000 et 2010 ont ensuite été marquées par une forme de normalisation relative. Le soutien vénézuélien, la reprise partielle des importations et le retour d’engrais et de pesticides de synthèse ont relégué l’agroécologie au second plan dans certaines filières, sans toutefois effacer les compétences et les pratiques acquises. Les données nationales indiquent une augmentation sensible de la production agricole, notamment pour les racines et tubercules (manioc, malanga, igname, pomme de terre…), les légumes et les légumineuses, malgré des niveaux d’intrants durablement inférieurs à ceux de la période pré-1990.
Les exploitations agroécologiques cubaines sont le plus souvent de petites fermes familiales diversifiées, peu mécanisées et cherchant l’autonomie en intrants et en énergie. On y trouve des cultures maraîchères diversifiées, des haricots, des racines et tubercules, des bananes plantains, des fruits et des céréales. Dans les zones urbaines et périurbaines, la crise des années 1990 a favorisé l’essor des canteros (photo du haut), des planches de culture surélevées conduites en bio-intensif, permettant de produire davantage sur de très petites surfaces grâce au travail manuel et au recyclage local de la matière organique. Dans un contexte de forte raréfaction des intrants, ces systèmes ont permis d’améliorer l’efficacité d’usage des ressources. Crédit photo : R. Belmin/Cirad. CC BY-NC-ND
Cuba en polycrise : un système alimentaire centralisé devenu vulnérable (années 2020)
Mais au tournant des années 2020, l’accumulation de chocs énergétiques, économiques et géopolitiques révèle la vulnérabilité structurelle du modèle alimentaire centralisé cubain et précipite son entrée en polycrise.
La dégradation de la situation au Venezuela à partir de 2016 entraîne une chute des livraisons pétrolières, tandis que le durcissement de l’embargo américain complique l’accès aux engrais, aux pesticides, à l’énergie et aux financements. À ces contraintes externes, s’ajoutent des fragilités internes : forte dépendance aux importations alimentaires, vétusté des infrastructures et dysfonctionnements logistiques persistants. Si bien que, à partir de 2017, la production agricole nationale recule dans la plupart des filières stratégiques – riz, légumes, légumineuses, racines et tubercules, fruits et agrumes.
En 2020, cette fragilité bascule en crise systémique : la pandémie de Covid-19 interrompt brutalement les recettes touristiques, principale source de devises du pays. Privé de ressources extérieures, l’État cubain voit ses marges de manœuvre financières se contracter fortement, fragilisant le modèle centralisé d’approvisionnement, de distribution et de don. La réunification monétaire engagée en 2021, en générant une forte inflation, accentue encore cette dynamique.
Résultat : Cuba importe aujourd’hui 70 % à 80 % de son alimentation, pour un coût annuel proche de deux milliards de dollars (plus de 1,6 milliard d’euros). Si les produits alimentaires sont partiellement exemptés de l’embargo depuis 2000, ces importations s’effectuent sous fortes contraintes, notamment l’obligation de paiement comptant, sans accès au crédit. À l’inverse, les engrais et pesticides agricoles et l’énergie restent fortement affectés par le durcissement des sanctions.
Dans ce contexte, l’accès économique à l’alimentation se dégrade fortement. Le système de rationnement de la libreta, longtemps pilier de la sécurité alimentaire, ne couvre plus qu’une part limitée des besoins.
Cette situation révèle une tension structurelle : un système fortement centralisé et dépendant d’approvisionnements extérieurs, qui devient particulièrement vulnérable lorsque ces flux se contractent. Pensé comme un dispositif de sécurisation alimentaire universel, le modèle étatique cubain se trouve ainsi confronté à une accumulation de chocs qu’il peine à absorber.
Vidéo : « Cuba : la colère monte contre les pénuries alimentaires » : un reportage de 2024 sur France 24.
Résister sous contrainte : l’agroécologie comme ressort discret de la résilience cubaine
Cependant, malgré la dégradation marquée de la sécurité alimentaire, certains indicateurs nutritionnels restent étonnamment stables. La prévalence de la sous-alimentation chronique demeure limitée, la mortalité infantile reste basse, et la disponibilité énergétique alimentaire est comparable à la moyenne mondiale, largement au-dessus du seuil critique de 2 100 calories (kcal) par personne et par jour. Ce décalage entre fragilisation du système centralisé et maintien relatif des équilibres alimentaires interroge les ressorts réels de la résilience cubaine.
Des travaux récents expliquent ce paradoxe par un déplacement progressif du centre de gravité du système alimentaire cubain. À mesure que les dispositifs étatiques d’approvisionnement s’affaiblissent, les capacités productives et adaptatives du secteur non étatique prennent le relais. La résilience du système alimentaire cubain ne repose plus sur son architecture centralisée, mais sur un basculement vers des dynamiques décentralisées.
Les fermes du secteur non étatique assurent aujourd’hui l’essentiel de la production alimentaire nationale : avec environ 40 % des terres cultivées, elles contribuent à plus de 80 % de l’offre alimentaire. Dans un contexte de contraintes croissantes, elles constituent également le principal foyer d’innovation agroécologique.
Elles expérimentent de nouvelles techniques culturales, investissent dans les énergies renouvelables, développent des circuits courts, et réhabilitent des techniques de conservation et de transformation, comme la déshydratation de fruits et de plantes aromatiques, la fabrication de coulis de tomate, de fromage de chèvre et de pickles de légumes en saumure. La polycrise agit ainsi comme un catalyseur, accélérant la décentralisation de la production et de l’innovation.
L’agroécologie s’impose à Cuba comme une stratégie d’adaptation à l’incertitude et aux pénuries, sans pour autant relever d’une logique d’autarcie stricte. Les fermes restent hybrides, ajustant en permanence leurs stratégies aux conditions d’accès aux ressources. Les producteurs alternent entre autoproduction de bio-intrants et recours aux engrais importés, et combinent traction animale et mécanisation afin d’assurer la continuité des travaux agricoles malgré les contraintes énergétiques. Les productions alimentent à la fois les circuits étatiques (magasins publics, hôpitaux, libreta) et des marchés locaux informels, devenus essentiels pour l’écoulement des surplus et l’accès à la liquidité.
Face aux pénuries d’énergie et d’intrants, les exploitations agricoles cubaines cherchent à renforcer leur autonomie en mobilisant des ressources locales : petits méthaniseurs produisant du biogaz à partir de déchets organiques, dispositifs de récupération d’eau de pluie ou encore recours à des sources d’énergie éolienne, solaire et hydraulique. Pour autant, il ne s’agit pas d’une recherche d’autonomie totale. Les systèmes restent fondamentalement versatiles, capables d’alterner entre ressources locales et intrants importés selon les contraintes. Ainsi, la traction animale (bœufs pour le labour, chevaux pour le transport) coexiste avec le recours au tracteur et à des circuits informels d’approvisionnement en carburant. Crédit photo : R. Belmin/Cirad. CC BY-NC-ND
Cette capacité à naviguer entre différents régimes techniques et institutionnels, plutôt qu’à s’enfermer dans un modèle unique, constitue un ressort central de la résilience cubaine. Elle s’accompagne toutefois d’une fragilité croissante : l’émigration des jeunes actifs réduit la main-d’œuvre disponible, compromettant la transmission des savoir-faire et limitant les capacités d’innovation dans des systèmes intensifs en travail.
Il n’existe pas de chiffre unique permettant de quantifier précisément le nombre d’exploitations agroécologiques à Cuba. Une étude de référence avance que plus de 200 000 producteurs participent au mouvement agroécologique Campesino a Campesino, couvrant plus d’un million d’hectares et représentant environ de 50 % à 60 % du secteur paysan. Cependant, seule une fraction de ces exploitations – environ 3 600 fermes – disposent d’une certification agroécologique par l’Asociación Nacional de Agricultores Pequeños (ANAP).
Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec prudence : ils agrègent des niveaux d’engagement très hétérogènes et incluent des fermes de démonstration ou expérimentales accompagnées par des programmes publics ou de coopération, dont la représentativité reste à documenter.
Bio-intrants et biofabriques : un révélateur des tensions du modèle cubain
Les bio-intrants offrent un point d’entrée particulièrement révélateur des tensions et des capacités d’adaptation du système alimentaire cubain.
Dans un contexte de pénurie chronique d’engrais de synthèse et de pesticides de synthèse importés, les bio-intrants – notamment à base de microorganismes autochtones bénéfiques – occupent une place stratégique dans la capacité du système agricole cubain à continuer de produire. Cuba dispose à cet égard d’un capital scientifique ancien en microbiologie agricole et d’un réseau historique de biofabriques publiques pensées comme des infrastructures de souveraineté technologique et alimentaire.
La biofabrique IHPLUS de la station Indio Hatuey (province de Matanzas) produit un biofertilisant à base de microorganismes, avec une capacité de 1 million de litres par an. Autrefois largement diffusé, le biofertilisant connaît depuis deux ans une chute drastique de production, inhérente à des difficultés structurelles, au premier rang desquelles les coûts élevés du carburant freinant la distribution. Crédit photo : R. Belmin/Cirad. CC BY-NC-ND
À l’image du secteur agricole dans son ensemble, les biofabriques étatiques voient leur fonctionnement fortement contraint par les pénuries d’énergie et d’intrants. L’augmentation du coût du carburant freine la distribution et a conduit à l’arrêt des services techniques qui assuraient la promotion et la diffusion du produit dans les territoires. Les difficultés de transport limitent également la capacité des agriculteurs à s’approvisionner directement à l’usine, comme ils le faisaient auparavant. À cela s’ajoutent des contraintes d’accès aux substrats, aux milieux de culture, aux emballages et aux pièces détachées, indispensables à la production régulière de bio-intrants.
Il en résulte un décalage croissant entre l’existence d’une infrastructure publique formelle et sa capacité opérationnelle à répondre aux besoins des producteurs.
Face à ces limites, des formes d’innovation paysanne et collective se développent à l’échelle locale : à l’image des fermes Cinco Palmas et de Punta Las Cuevas (photos ci-dessous), où la production artisanale de bio-intrants soutient la production de plantules, alimente d’autres exploitations et s’insère dans des circuits courts. Loin d’émerger ex nihilo, ces dynamiques mobilisent et recomposent des savoirs, des réseaux et des dispositifs hérités, réactivés et adaptés aux contraintes contemporaines. Elles illustrent plus largement un déplacement des capacités d’innovation du système cubain, du secteur étatique vers des formes décentralisées et informelles.
Cependant, cette agroécologie décentralisée reste largement invisible et peu reconnue dans les cadres réglementaires existants, ce qui limite sa diffusion et sa montée en échelle. C’est à cette interface que s’inscrivent différents projets de recherche qui visent à documenter les pratiques émergentes, à en évaluer les performances et à analyser les conditions institutionnelles de leur reconnaissance.
Face aux pénuries d’intrants importés, une dynamique d’innovation décentralisée émerge à Cuba : à la ferme, les producteurs fabriquent leurs propres biopesticides à base d’huiles essentielles, biofertilisants, éliciteurs et microorganismes autochtones bénéfiques (MAB), renforçant l’autonomie productive et la résilience des systèmes agricoles. crédit photo : R. Belmin/Cirad. CC BY-NC-ND
Quand l’agroécologie redéfinit le rôle de l’État
L’expérience cubaine montre qu’un système alimentaire peut encaisser des chocs extrêmes et s’adapter par la transformation de ses structures sans s’effondrer. Sous embargo, crises économiques multiples et recompositions géopolitiques régionales, Cuba évite encore une crise nutritionnelle majeure. Mais cette résilience ne tient plus à la planification centralisée : elle repose désormais sur un basculement vers des formes décentralisées et hybrides d’agroécologie portées par le secteur non étatique.
Paradoxalement, ce mouvement d’autonomisation productive et de décentralisation n’entre pas frontalement en tension avec l’État : il trouve aujourd’hui un écho explicite dans le discours officiel. Le décret-loi 128/2025 sur la promotion de l’agroécologie, entré en vigueur en septembre 2025, inscrit l’agroécologie comme levier stratégique de souveraineté alimentaire, de préservation des écosystèmes et de protection de la santé publique.
Ce texte marque une inflexion importante, puisque l’État ne se présente plus seulement comme planificateur et distributeur, mais aussi comme facilitateur d’une transition visant à renforcer l’autonomie en intrants, la relocalisation productive et la résilience territoriale.
Raphaël Belmin, Chercheur en agronomie, photographe, accueilli à l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA, Dakar), Cirad ; Giraldo Jesús Martín Martín, Agronome, Universidad de Matanzas ; Ludovic Temple, Chercheur, Cirad, and Paula Fernandes, Researcher, Cirad
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P.-S.
• The Conversation. Published : April 16, 2026 10.14am BST.
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Raphaël Belmin, Chercheur en agronomie, photographe, accueilli à l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA, Dakar), Cirad ; Giraldo Jesús Martín Martín, Agronome, Universidad de Matanzas ; Ludovic Temple, Chercheur, Cirad, and Paula Fernandes, Researcher, Cirad
Raphaël Belmin Quels sont les facteurs naturels et anthropiques qui conduisent à une fragilisation de l’agriculture africaine ? Dans quelle mesure l’agroécologie apporte-t-elle des réponses convaincantes ? Comment travaillent les chercheurs, les paysans et les militants qui portent le projet agroécologique pour l’Afrique ? Pourquoi la transition agroécologique tant espérée tarde-t-elle à survenir ?
Pour moi, science et photographie constituent deux moyens complémentaires et indissociables pour aborder ces questions complexes. J’utilise régulièrement la photographie dans le cadre de mes missions de terrain, afin de témoigner des déséquilibres qui touchent les systèmes agro-sylvo-pastoraux africains, et pour mettre en valeur les personnes porteuses de solutions comme l’agroécologie. Au démarrage, tout cela n’était pour moi qu’une passion pour l’image. Mais progressivement, la photographie a pris toute sa place dans ma palette d’outils de chercheur de terrain. Je l’utilise aujourd’hui comme un moyen complémentaire de la méthode scientifique pour produire des connaissances et alimenter une réflexion transversale sur l’agriculture africaine.
Agronome de formation, j’ai appris le métier de chercheur-photographe au contact du terrain, à travers de longues périodes d’immersion en brousse. Mes premieres missions m’ont conduites à étudier le fonctionnement des systèmes agraires et des filières agroalimentaires (« de la fourche à la fourchette ») dans divers contextes : Tanzanie (2009), Rodrigues et Maurice (2010), Yémen (2011), Kenya (2012) et enfin la Corse (2013-2016) lors de mes années de doctorat. Ces missions de longue durée (6 mois par pays en moyenne, sauf pour la Corse) ont été autant d’occasions pour aiguiser mon regard de chercheur et pour apprendre l’art de photographier. J’ai publié pour la première fois mes photos dans un ouvrage que j’ai rédigé à l’issue de ma thèse. L’ouvrage raconte, images à l’appui, l’histoire de la filière clémentine de Corse, et la manière dont cette dernière a su se démarquer en valorisant le terroir et la typicité.
J’ai été recruté en tant que chercheur au CIRAD en 2017, puis affecté au Sénégal en 2018. Ma mission consiste à comprendre et appuyer la transition agroécologique au Sénégal et en Afrique subsaharienne. Depuis lors, je me déploie partout au Sénégal ainsi que dans d’autres pays (Kenya, Benin, Côte d’Ivoire) avec un travail qui s’organise en trois volets.
Le premier volet consiste à comprendre la réalité du monde agricole africain au travers d’enquêtes menées chez les producteurs et les acteurs des filières agroalimentaires. Je mobilise des cadres analytiques et méthodologiques issus de l’agronomie système et des études de transition afin de comprendre les causes de blocage qui freinent le déploiement des innovations agroécologiques, que ces dernières émanent du monde de la recherche ou bien du monde paysan. Le second volet de mon travail consiste à accompagner les équipes de chercheurs qui conçoivent des innovations agroécologiques (outils de lutte biologique, systèmes de culture sans pesticides…). Mon rôle est de proposer des méthodes de co-conception qui prennent en compte les réalités et les contraintes les paysans africains. Le troisième volet de mon travail consiste à accompagner les mouvements sociaux qui émergent autour de l’agroécologie au Sénégal et en Afrique de l’Ouest.
À ce titre je suis particulièrement impliqué dans la vie de la Dynamique pour une Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES), mouvement social que j’accompagne à la fois en tant que scientifique et que photographe. La DyTAES est un réseau sans reconnaissance légale, mais structuré, qui a réussi l’exploit de fédérer l’ensemble des acteurs de l’agroécologie sénégalaise (ONG, recherche, organisations paysannes, élus engagés…) dans un seul but : promouvoir l’agroécologie par le plaidoyer, la sensibilisation et l’accompagnement des territoires en transition. C’est la première fois qu’une alliance d’une telle nature apparait en Afrique.
Giraldo Jesús Martín Martín Es Ingeniero Agrónomo, graduado en la Universidad de Matanzas en el año 1983, se desempeñó como director de la Estación Experimental de Pastos y Forrajes Indio Hatuey desde julio de 1997 hasta enero de 2020, es investigador titular, dirigió el proyecto internacional Biomas-Cuba (2009-2022), financiado por la Agencia Suiza de Cooperación Internacional (COSUDE) y es consultor de FAO Cuba. Trabajó en la facultad de agronomía de la Universidad de Matanzas desde 1983 hasta 1985, posteriormente se trasladó a la Estación Experimental de Pastos y Forrajes Indio Hatuey que pertenece a esta Universidad y al Ministerio de Educación Superior. Ha desarrollado su actividad científica en el campo de la evaluación y selección de especies forrajeras y en los Sistemas Sostenibles de Producción Agropecuaria que integran producción agrícola, pecuaria y la energía. Ha participado y dirigido varios proyectos nacionales e internacionales. Tiene más de 100 publicaciones en revistas nacionales y libros. Ha participado en más de 100 eventos nacionales e internacionales en Cuba y en el extranjero. Ha realizado varias misiones técnicas en el exterior. Es miembro de varias redes virtuales sobre agricultura y ganadería sostenible. Ha recibido varios premios y reconocimientos por su trabajo en la actividad científica, fue diputado al parlamento cubano en la 8va legislatura, es Académico de Mérito de la Academia de Ciencias de Cuba.
Ludovic TEMPLE est Docteur, Habilité à Diriger des Recherches en Sciences Economiques et assimilé professeur à l’Université de Montpellier. Chercheur et animateur scientifique au Cirad à l’Umr Innovation. Il travaille en Afrique, dans les Caraïbes en Amérique latine et en Europe sur différentes thématiques : transition agroécologique, adoption de nouvelles technologies, sécurité alimentaire, politiques et systèmes d’innovation, compétitivité des filières.
Membre du comité de rédaction de la revue Cahiers agriculture
Animations scientifiques au Cirad : Centre de coopération internationale recherche agronomique pour le développement
Membre du comité d’éthique des projets de recherche : INRAE-CIRAD-IFREMER
Correspondant/Animateur Montpellier du Dispositif Partenarial Agroforesterie (Cameroun)
Réferant SHS de la feuille de route filière : Sorgho (ex referant filières : banane et plantain, horticulture)
Ancien Animateur du Champ Thématique Stratégique : Approche integrée Santé (2020-2025)
Co-animateur : ITE - Cirad Pesticide Reduction for Tropical Agricultures
Paula Fernandes. Senior Researcher at CIRAD (France), research unit “Designing horticultural systems for a better life in sustainable ecosystems”, based at thr French Embassy in Havana, Cuba since March 2025. Previously researcher in LMI IESOL in Dakar, Senegal from 2026 to 2023. Before that based in PRAM/CAEC Martinique, working on conception of agroecologically based vegetable systems, management of soil fertility and diseases between 2006 and 2016. Previously
Junior researcher at IAC New Calédonia between 2003 and 2005.
1999 : PhD in Agronomical Sciences at INPL, Nancy, France. Soil fertility and biological functions in Sahelian area (Sénégal) with CIRAD/ISRA partnership. CIRAD permanent agent since 2003.
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