Tiré du blogue de l’auteur.
Dans un article célèbre paru en 2002, Robert Kagan écrivait que la division du travail stratégique d’un monde post seconde guerre mondiale consistait à ce que Washington “prépare le dîner” quand les Européens se chargeaient de “faire la vaisselle”. Le politologue américain pointait également la propension des États-Unis au recours à la force comme instrument de relations internationales, “tout comme leur penchant pour l’unilatéralisme et leur rejet du droit international”.
Quelque 24 ans plus tard, la guerre déclenchée contre l’Iran ce 28 février lui donne encore raison. Mais il semble que le reste du monde, et plus seulement l’Europe, devra aussi s’atteler à rassembler péniblement une vaisselle brisée par une administration américaine qui dîne en tête à tête avec Israël.
Mais, malgré ce dîner martial, Ormuz deviendra-t-il pour l’hegemon états-unien ce que Suez a été pour l’hegemon britannique : un goulet d’étranglement où viennent choir et mourir les empires ? En 1956, sur les bords du canal de Suez, la Grande-Bretagne fit la démonstration de son impuissance à changer le cours des choses. Elle y perdit aussi l’instrument monétaire de sa puissance, le déclin de la livre sterling ayant été accélérée par la pression de Washington, alors opposé à cette expédition punitive.
Sur les bords du détroit d’Ormuz, les États-Unis pourraient connaître le même destin. Et comme tout empire, ils ont l’obsession de leur déclin qu’ils perçoivent déjà et souhaitent empêcher. Pour s’en persuader, il suffit de lire le petit livre sur la nouvelle stratégie de sécurité américaine. 33 pages qui dévide l’obsession hypnotique d’un “effacement civilisationnel” de l’Occident.
Quand l’hyperpuissance américaine claudique
Dans le monde de Clausewitz, une guerre se justifie par des gains politiques à en attendre. Elle est une “continuation” de la politique par des moyens militaires. Dans le monde de Trump, la guerre n’a d’autre but qu’elle-même, en tautologie nihiliste. La guerre est la continuation de la guerre et c’est dans cette temporalité figée que le monde se trouve désormais enfermé, la politique ne se glissant que dans de rares interstices de répit. Mais le réel est têtu et le réel stratégique l’est doublement.
Un pays peut manquer de la puissance nécessaire à sa stratégie politique. C’est le cas d’Israël, qui s’appuie lourdement sur les États-Unis en termes d’armements et crédits ouverts pour imposer son hégémonie au Moyen-Orient. Il arrive aussi que la stratégie manque alors même que la puissance est réelle.
Pour les États-Unis, la guerre contre l’Iran est une monstration de puissance qui peine pourtant à se transformer en gains politiques. Or, pour un empire, c’est là aussi un signe de déclin quand sa stratégie politique et militaire peine à se hisser à la hauteur de sa puissance militaire, en inadéquation ou hiatus impérial. En paradoxe ultime, la puissance américaine devient non seulement incapable de maîtriser les enjeux, mais elle s’avère aussi impuissante et vaine.
Dès le 23 février, soit quelques jours avant le déclenchement de la guerre, le Wall Street Journal indiquait que des responsables du Pentagone et le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, avaient mis en garde Trump contre les dangers d’une campagne prolongée contre l’Iran. Des questions ont même été soulevées concernant les stocks de munitions et la possibilité que l’utilisation d’armes représente un risque accru pour la sécurité nationale des États-Unis en cas de nouveaux conflits. Le Pentagone a envisagé, selon la presse états-unienne, de détourner vers le Moyen-Orient des armes destinées à l’Ukraine, car la guerre en Iran épuise certaines des munitions les plus critiques de l’armée américaine. L’appel de Trump aux fabricants d’armes américains pour qu’ils quadruplent la production d’armements de pointe est venu confirmer ces craintes du Pentagone.
La puissance est d’abord matérielle. Washington semble beaucoup plus bénéficier d’un reliquat d’une puissance en voie d’épuisement. Déjà des articles alertent sur le stock d’armes drastiquement entamés par cette guerre en Iran. Le Washington Post rapporte de son côté que les États-Unis ont lancé plus de 850 missiles de croisière Tomahawk en quatre semaines de guerre contre l’Iran. Or selon des spécialistes interrogés par le quotidien, avant le lancement de l’opération Epic Fury fin février, la Marine américaine disposait probablement de 4 000 à 4 500 missiles Tomahawk. D’autres analystes navals estiment que ce nombre pourrait être bien inférieur, peut-être plus proche de 3 000. Washington aurait donc épuisé un quart à un tiers de ses stocks de missiles en moins d’un mois de guerre.
Face à cet arsenal, Téhéran a déployé des drones bon marché et faciles à produire. Mais au-delà de la question de stocks largement entamés par Washington dans leur soutien à Israël ou l’Ukraine, la guerre contre l’Iran montre comment des armes bon marché, des drones d’attaque faciles à produire, en viennent à modifier la nature de la guerre. Une analyse notamment développée par Robert Pape dans un article publié par Foreign Affairs. Pour ce professeur de sciences politique à l’université de Chicago, les frappes iraniennes sur les voisins du Golfe et installations nécessaires à l’architecture économique mondiale s’inscrivent dans ce qu’il nomme “une stratégie d’escalade horizontale”, qui consiste à transformer les enjeux d’un conflit “en élargissant son champ d’action et en prolongeant sa durée”. Autrement dit, à faire durer la guerre en impliquant d’autres acteurs. Une stratégie qui profite à la partie la plus faible du conflit, estime l’analyste américain puisqu’elle permet “à un belligérant plus faible de modifier les calculs d’un adversaire plus puissant.” Pour ce spécialiste de la guerre aérienne, en s’appuyant aussi sur l’essentiel facteur que sont le temps et la géographie, l’Iran façonne son propre récit sur l’ordre régional.
En Iran, la puissance américaine est certes là, manifeste et exposée. Comme le signale le chercheur Ali Vaez dans le New York Times, Donald Trump a sans doute eu raison lorsqu’il a déclaré que les États-Unis avaient remporté tous les échanges tactiques contre l’Iran. Ce qu’il a omis d’indiquer, et d’admettre, est qu’il a malgré tout réussi à perdre le contrôle des événements. Les armes pleuvent, dans une guerre verticale. Mais l’Iran a développé une stratégie de déploiement et d’élargissement horizontal de la guerre, menaçant tout à la fois les pays arabes voisins et l’architecture énergétique mondiale. Dès lors, les mots pleuvent aussi, Trump multipliant des paroles inconséquentes qui viennent pallier le manque absolu de stratégie et de vision. L’Empire gesticule et tonne inutilement.
En Iran, l’hyperpuissance américaine claudique. Elle boite et tangue d’une jambe sur l’autre. Et, paradoxe stratégique, sa puissance hypertrophiée semble la source même de son incapacité à écraser son adversaire. On atteint là les limites de l’effectivité de la puissance, ce que Bertrand Badie et d’autres nomment déjà “l’impuissance de l’hyper-puissance”.
L’Empire décrédibilisé
Avec cette guerre, Washington dilapide un capital de crédibilité et de conduite rationnelle qu’il pensait visiblement solide. En Iran, la “relation spéciale” entre Londres et Washington a sérieusement tangué, Londres ayant opposé un refus net de s’associer aux frappes sur l’Iran, et même d’autoriser à utiliser leurs bases militaires conjointes dans cette guerre. Désormais, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, souhaite même que son pays se rapproche de l’Europe. L’insularité stratégique ne résiste pas face à un allié américain erratique et imprévisible. Une Europe qui d’ailleurs a opposé aussi un front du refus à Trump. Mi-mars, les pays européens ont refusé de s’engager davantage dans le conflit, alors même que le président américain leur demandait d’aider les États-Unis à rétablir la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Dans le détail, le chancelier allemand, Friedrich Merz a affirmé que le conflit au Moyen-Orient “n’était pas la guerre de l’Otan” quand la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas soulignait que “l’Europe n’a pas intérêt à se lancer dans une guerre à durée indéterminée”.
Cette guerre intempestive, et l’irrationalité stratégique qui l’entoure, risque même de sonner le glas de l’instrument le plus affûté de la puissance militaire américaine et de sa capacité de projection impériale, l’OTAN. Rejouant presque le célèbre “I want my money back” de Thatcher, Donald Trump multiplie les menaces de claquer la porte de l’organisation mise en place après la Seconde Guerre mondiale. Dans le monde de “real estate” de Donald Trump, les États-Unis n’en ont pas eu pour leur argent et l’OTAN a été un investissement à perte. De son côté, Marco Rubio affirme que si les États-Unis ont aidé “dans les guerres” (notamment en Ukraine présentée comme une guerre européenne) lorsque les Américains en ont eu besoin, “l’OTAN n’a pas répondu favorablement” aux demandes étatsuniennes pour l’Iran. Pourtant, l’OTAN a beaucoup moins été un fardeau pour les États-Unis qu’un instrument de puissance. Ce sont aussi les réseaux d’alliances qui font l’Empire. Dans l’establishment sécuritaire américain, tel qu’il transparaît dans la presse du pays, un retrait américain de l’organisation est décrit comme catastrophique pour l’Amérique en tant que puissance mondiale.
La presse états-unienne interroge désormais frontalement la confiance que les États-Unis peuvent encore attendre des pays européens pour assurer leur défense. Au cœur du doute européen, l’article 5 du traité de l’Otan, qui régit la solidarité militaire entre alliés.
Aux yeux de leurs alliés historiques, les États-Unis contribuent beaucoup plus au désordre mondial qu’ils ne l’empêchent. Il n’est plus l’Empire bienveillant, Cité sur la Colline censée répandre la bonne parole et l’action juste dans le monde. Un impérialisme missionnaire qui, sous Trump, a perdu ses oripeaux pour ne révéler que l’amateurisme le plus têtu et l’avidité la plus crue. La notion de “rogue state” (État voyou) est désormais accolée aux États-Unis, tant la destruction de l’ordre international né de la Seconde Guerre mondiale, celui-là même qui a assis et assuré sa puissance, est mise en œuvre par l’Administration Trump.
Cette guerre aura même réussi à alarmer les pays du Golfe, pourtant particulièrement demandeurs et dépendants du parapluie américain au Moyen-Orient. Ces pays ont navigué, au début des attaques contre l’Iran, entre stratégie de défense et retenue devant les destructions causées par l’Iran. La région du Golfe est devenue la victime collatérale d’une guerre décidée par Israël et Washington, mais ce sont les monarchies de la région qui supportent le coût d’un conflit qu’elles ont aussi tenté d’éviter. Leur modèle économique, bâti sur les routes commerciales et énergétiques, subit des dommages importants avec la fermeture du détroit d’Ormuz. Face à ce désastre, l’Iran pousse le sarcasme jusqu’à annoncer être prête à établir « une union régionale de sécurité et militaire avec ses chers voisins », sans la présence des États-Unis ni d’Israël. Quand l’Empire est moqué et ridiculisé, c’est qu’il est déjà moins craint.
Dans sa logique bien à lui de diplomatie transactionnelle et de respect de la seule force, en virilisme clownesque (dont les scènes d’humiliation dans le Bureau oval sont l’illustration la plus évidente), Donald Trump a oublié que l’Empire américain dépendait aussi d’un réseau d’États alliés, affidés, vassaux, peu importe le terme qu’on voudra utiliser. Un Empire seul n’existe pas. Ou alors il est isolé.
“It’s China, stupid”
Autre effet paradoxal de cette guerre contre l’Iran est qu’elle profite non pas aux intérêts de Washington, mais à ceux de Moscou et de Pékin. Selon la presse économique, en trois semaines, les revenus quotidiens du pétrole russe ont doublé, passant de 116 millions à 234 millions d’euros. Surtout, le front iranien a fait reculer la question ukrainienne dans l’attention déjà vacillante de Donald Trump. Et comme indiqué, des armes destinées au front russo-ukranien pourraient être détournées vers le Moyen-Orient, notamment des missiles de défense aérienne.
En Iran, Washington est tombé dans le “ piège de Thucydide ”. Cette expression désigne un fait constant dans les relations internationales : un empire aspire à l’exclusivité de sa puissance, au risque de la guerre de trop qui permettra l’émergence du rival. Ce qui a valu pour Athènes et Sparte dans leur affrontement lors de la guerre du Péloponnèse, vaut pour Washington et Pékin sur le terrain iranien. On peut même se demander si cette guerre contre l’Iran ne serait pas le premier affrontement, indirect en l’état, entre les deux pays.
La guerre a visé indirectement la Chine. Selon de nombreux analystes, elle devait exposer la dépendance chinoise au pétrole, iranien notamment, et son incapacité à aider ses alliés. Cette guerre devait aussi faire œuvre de “monstration” et capacité de projection de la puissance américaine. Pourtant Pékin y observe surtout un adversaire faire la preuve de son incapacité à concevoir et accepter les conséquences mêmes de ses propres actes, comme la fermeture du détroit d’Ormuz. La Chine s’offre même le luxe de rappeler à l’ordre et au respect du droit international Washington. Elle s’inscrit aussi dans une autre forme de temporalité, opposant à la fébrilité trumpienne une prudence qui imprime pour le reste du monde l’idée d’une puissance tranquille qui contraste avec la menace américaine.
Le relatif silence chinois s’explique aisément alors que Donald Trump tempête et en appelle à Pékin pour rouvrir le détroit d’Ormuz, arguant que la Chine “tire 90% de son pétrole du détroit”. En réalité, 45 % du pétrole importé par la Chine par voie maritime transite par ce détroit et Pékin s’est préparé à cette guerre, s’assurant une autonomie énergétique. L’Iran fait aussi le jeu de la Chine, visant ce qui fait le cœur de la puissance américaine, le dollar. Téhéran a en effet autorisé le passage de navires en provenance d’États « non hostiles », moyennant un droit de transit pouvant atteindre 2 millions de dollars, de préférence réglables en yuans. Une façon d’encourager le petroyuan en remplacement du pétrodollar, dans un contexte international de méfiance installée envers les États-Unis.
La guerre contre l’Iran offre à la Chine un formidable laboratoire dans lequel il observe en temps réel le déploiement de l’armement américain. Et ses failles évidemment. Pendant que Washington s’échine en Iran, il disperse ses forces et les éloigne de la zone indo-pacifique. À la grande satisfaction de Pékin.
Une guerre religieuse
Le récit alternatif façonné par l’Iran fonctionne aussi parce que le récit américain est de plus en plus incohérent, contradictoire et inaudible, même par ses alliés les plus proches. Là est l’autre aspect de la puissance : la capacité d’inscrire la guerre dans une narration qui emporte le soutien et indique un but atteignable aussi bien que juste. L’Empire, aussi impérieux qu’il soit, doit pourtant justifier son pouvoir, sa domination et ses excès.
Les États-Unis ne sont même pas donné la peine de justifier juridiquement cette guerre contre l’Iran. Ni devant le Congrès américain, ni devant l’ONU. Autrement dit, cette guerre ne s’appuie sur aucune autorisation préalable, nationale comme internationale. Elle ne se justifie pas plus par la légitime défense, des responsables du Pentagone ayant très vite admis devant des représentants du Sénat américain aucun danger imminent venant d’Iran ne menaçait les États-Unis. Le magistère moral des États-Unis, né essentiellement de la Seconde Guerre mondiale, s’est épuisé aussi vite que ses stocks d’armes.
Quand ni le droit, la stratégie ou le simple bon sens politique ne peuvent être convoqués, reste à trouver autre chose. C’est du côté de la religion et de la civilisation que Trump, Hegseth, Huckabee ou encore Netanyahou se sont tournés. Ils ont multiplié les références à un substrat biblique, rejouant en Iran une lutte eschatologique et une mission divine que Trump en nouveau Oint, remplirait en Iran. Le sénateur Lindsey Graham a affirmé, peu avant la guerre, que « Si l’Amérique abandonne Israël, Dieu abandonnera l’Amérique ». Le secrétaire d’État à la guerre, Pete Hegseth a déclaré que l’Amérique se trouvait « à l’endroit exact où elle devait être », « à genoux, reconnaissant la providence de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ ». Du côté israélien, Nétanyahou compare, après le Hamas, l’Iran aux Amalécites.
Mais l’alerte est surtout venue du côté des soldats américains engagés dans cette guerre. Selon le Guardian, la Military Religious Freedom Foundation (MRFF) a reçu plus de 200 plaintes de soldats, portant sur la rhétorique religieuse accompagnant cette guerre. Leurs commandants leur ont présenté la guerre contre l’Iran comme « sanctionnée par la Bible », affirmant même que Trump avait été « oint par Jésus pour allumer le signal de feu en Iran et provoquer l’Armageddon et son retour sur Terre ». Une rhétorique qualifiée de “militarisme chrétien”, l’accouplement de notions aussi antagonistes rendant encore plus tragique l’affaire. Car il s’agit là beaucoup plus d’une “simonie diplomatique”, le sacré et la religion étant instrumentalisés comme de vulgaires leviers de puissance.
Le dernier homme dans le dernier empire
Mais il arrive que même la religion se révèle incapable d’expiquer un tel déchaînement d’irrationnalité stratégique et politique. Le nihilisme peut alors aider pour une guerre où le chaos et la destruction deviennent les seuls buts. Dans ce nihilisme impérial, Trump figurerait alors le dernier homme nietzschéen : « La terre est devenue petite, et dessus saute le dernier homme, qui rend tout petit. Sa race est indestructible comme celle du puceron ».
Trump est celui qui déforme le réel, au gré de sa seule volonté, celle-ci étant entendue comme la seule mesure du réel et du monde. La réalité en devient comme filandreuse, façonnée de simulacre en simulacre, de distorsion en distorsions. Trump avale les faits et les régurgite en logorrhée aussi fine et vertigineuse qu’un fil de funambule. Notre fascination tient aussi à cela : nous observons hébétés cette traversée du réel, persuadés qu’il finira par tomber. Mais le fil des mots continue à se tendre au-dessus d’un néant, entre deux extrémités tout aussi fumeuses, et la parole se dilue et se perd. Certes, on pourrait y voir les signes évidents d’un déclin cognitif ou d’un travers qui le fait traiter les affaires du monde comme un épisode de “The Apprentice”, le “you’re fired” prenant la forme d’élimination concrète de dirigeants récalcitrants.
La guerre de Trump contre l’Iran est un nihilisme verbeux. Au mépris du réel, il pourrait d’ailleurs déclarer la victoire, comme le craignent déjà ses alliés israéliens. D’ailleurs il l’a fait plusieurs fois, de la proclamation d’une victoire écrasante à l’annonce d’un retrait tout aussi triomphal ou de pourparlers avec l’Iran évidemment exceptionnels. Il peut tout autant tempêter et menacer de destructions tout autant exceptionnelles. Là aussi, il l’a déjà fait.
“Nous sommes un empire, déclarait Karl Rove, “lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement, comme vous le souhaitez, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudier également, et c’est ainsi que les choses se passent."" Sauf que pour Trump, il s’agit moins d’agir que de parler. Et c’est là aussi l’indice d’un déclin de puissance. Voilà pourquoi Trump accumule parfois lors d’une même séquence, une affirmation puis son contraire. Ce qui importe, pour Trump comme pour l’Empire qui décline, n’est pas le sens de ce qui est dit mais que quelque chose soit constamment dit. Un bruit permanent qui remplit et sature l’espace de plus en plus réduit de l’entendement et de l’attention. Pendant que nous nous arrêtons à sa dernière déclaration, tentant de la décrypter, Trump est déjà à la suivante, aussi contradictoire soit-elle. Le sens et la logique ne sont pas son affaire.
Seulement, tout ce nihilisme impérial ne tient qu’à coups d’expédients, de rafistolages rhétoriques. Trump est un bonimenteur qui, comme le dernier homme nietzschéen, cligne des yeux et fait de la retape. Vulgairement. Il suffirait alors de se détourner, de se boucher les oreilles, et voilà l’emprise réduite à rien.
La présidence de Trump a révélé une chute impériale. La foi inébranlable qu’avait l’Amérique en sa bonne foi (et là, entendez-le dans tous les sens), et dans sa capacité à façonner le monde se brise aussi. Ce qui sortira d’un monde post-américain reste la grande inconnue. Une inconnue angoissante que beaucoup d’alliés américains refusaient jusque-là d’affronter. L’irrationalité américaine, son mépris pour ses alliés, pourraient avoir tout modifié.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.
Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :











Un message, un commentaire ?