Édition du 17 septembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Être « allié des féministes »

Je remercie vivement les organisatrices de m’avoir invité pour intervenir sur mon travail d’« allié ». L’invitation a été une surprise pour moi car je produis très peu en termes d’écriture. C’est pour moi un honneur d’être considéré par vous comme un allié ; même si je n’ai pas la prétention de me penser indemne de sexisme.

tiré de : Entre les lignes et les mots 2019 - 14 - 6 avril : Notes de lecture, textes, pétitions et liens

Quand bien même j’essaye de travailler contre le pouvoir des hommes sur les femmes, j’en bénéficie, voire même hélas j’ai exercé ce pouvoir et je peux toujours l’exercer involontairement. Je suis convaincu d’avoir à questionner toujours ma position d’homme. Je considère donc mon engagement comme acrobatique et délicat, mais néanmoins nécessaire. J’y reviendrai. Je précise quand même que cette tension entre le fait d’être un dominant et votre qualificatif d’« allié » a pour effet d’attiser mes efforts et mes exigences.

On m’a demandé d’intervenir pour parler de mes activités et d’expliciter ma démarche. Je vais donc faire des développements sur mon implication en tant qu’« auxiliaire des féministes » (Dupuis-Déri, 2014) au sein d’une association féministe rennaise, qui hélas n’existe plus, Questions d’égalité ; mon implication dans la collective de traduction Tradfem ;et la tenue de mon blog Scènes de l’avis quotidien. Donc, même si le féminisme influence ma manière de vivre et ma manière d’appréhender mon métier, je ne vais pas faire de développement à ce sujet. Je vais me concentrer sur mes activités qui, je le précise dès maintenant, ne s’attachent pas à une thématique particulière comme la prostitution ou les politiques antiféministes. Mes activités consistent en gros en de la propagande, de l’agitation politique et de l’appui aux initiatives féministes. Dans mon intervention, je vais les replacer au préalable dans un cadre plus large concernant l’engagement des hommes sur les questions féministes.

Je ne suis ni formateur, ni professeur d’université, mon métier est celui d’aide-soignant. Mon quotidien professionnel est dans des relations inter-individuelles, d’attention et d’écoute. Et malgré un parcours « militant » et un court passage à l’université qui me sont utiles ici, je me lance dans le « challenge » d’intervenir car je considère comme une obligation politique que d’essayer de répondre aux demandes des féministes.

Je suis persuadé que tout homme qui remet en question sa place dans le patriarcat et cherche à faire changer la structure sociale doit s’habituer à sortir de son propre confort. L’inconfort de l’engagement proféministe a plusieurs dimensions mais il est bien évidemment mineur et ridicule pour les questions qui nous concernent ; à savoir les conditions de vie des femmes, qui rappelons-le consistent en de l’exploitation domestique, salariale, sexuelle, des violences, entre autres sexuelles, ou des meurtres. Ça ne se résout pas avec quelques politiciens qui, pour exprimer leur solidarité à une journée de luttes féministes, posent et « transgressent le genre » sur une affiche avec du rouge à lèvres.1

Tout homme est le produit de la société patriarcale, et parce qu’il en bénéficie, il en est aussi la force de l’ordre. C’est donc sans surprise que peu d’hommes ont un engagement proféministe. Mais régulièrement, j’ai été interpellé par d’autres hommes pour savoir comment agir. Je vais donc ici donner quelques directions que j’ai moi-même prises ou que je prends toujours et qui proviennent de consignes de féministes. Je pense en particulier aux consignes des féministes matérialistes ou radicales ; car ce sont leurs éclairages des phénomènes sociaux qui m’ont forcé à me remettre en question le plus profondément. Mais au préalable, j’ai été orienté vers elles grâce à la force et la confiance d’autres féministes qui m’ont intimement bousculé2. Je leur suis énormément redevable, à elles et à l’ensemble des féministes.

Comme je l’ai dit précédemment, il est selon moi crucial de répondre aux attentes des féministes. Parmi ces attentes à l’égard des hommes, il y a évidemment celle que nous changions et que les hommes engagés parlent « à partir de leur place, et de leur place » (Delphy, 2013 : 8). Il y a là à mon sens un leitmotiv qu’aucun homme ne devrait oublier s’il souhaite s’engager : travailler à partir de sa place et sur sa place, comme membre de la classe dominante. Cette exigence de travailler à partir de notre place, et sur notre place, faite à ceux d’entre nous qui réfléchissent et agissent sur le genre, n’est pas sans raison : les féministes connaissent nos réflexes à parler de leur place, et à leur place. Et l’application par les hommes de ce type d’exigences posées par des féministes, et obtenue souvent après moult résistances, nous change en soi.

L’apprentissage auprès des féministes


Pour ce qui est de changer, je vais commencer ici par la base : le fait d’apprendre des féministes. Apprendre des féministes peut sembler basique tellement le niveau est individuel, mais je considère néanmoins ce point comme essentiel et qu’il est à reconduire le plus souvent possible. L’apprentissage auprès des féministes est ce qui constitue une boussole pour nous changer en profondeur. Il s’agit d’apprendre sur la condition des femmes, sur l’ampleur des inégalités et violences, et de ne pas minimiser ou ignorer le sort de plus de 50% de la population mondiale.

L’apprentissage auprès des féministes dont je parle s’entend comme une démarche assidue, volontariste et continue, avec de régulières piqûres de rappel. Nous ne devons pas attendre que cela nous tombe tout cuit et que les féministes nous offrent leurs livres favoris ou des liens internet. Nous ne devons pas chercher à obtenir des cours particuliers, alors même que les ressources qui remettent en question notre pouvoir sur les femmes sont publiquement accessibles.

Mais, évidemment, il ne s’agit pas de consommer de la littérature, des conférences ou des podcasts, ni de s’enorgueillir de le faire. Il ne s’agit pas d’apprendre comme on étudie les plantes ou une espèce distincte de la nôtre ; de façon extérieure, distanciée. Nous faisons partie des problématiques que les féministes soulèvent. Comme l’ont montré les féministes matérialistes, les sexes ne sont pas des catégories naturelles, les classes de sexe n’existent pas en dehors de leur relation. Il y a un rapport dialectique entre le masculin et le féminin, entre la virilité et la féminité, entre les hommes et les femmes. Colette Guillaumin écrit : « Lorsque nous parlons de femmes et d’hommes, il s’agit de groupes sociaux qui entretiennent une relation déterminée, et sont constitués au sein même de cette relation par des pratiques spécifiques » (Guillaumin, 1992 : 102). Et ce sont l’exploitation, l’appropriation, le contrôle, les violences subies par les femmes et les institutions sociales dirigées par les hommes qui garantissent et donnent du sens aux groupes femmes et hommes. Tous les hommes, individuellement et collectivement, nous faisons partie de ce problème.

Si je parle d’apprentissage auprès des féministes, c’est parce qu’il y a une certaine méthode à appliquer : les hommes doivent transposer les constats et les réflexions féministes pour leur place d’homme, en ayant une vigilance à ne pas dénaturer les messages et l’analyse.

Pour illustrer le processus de transposition dont je parle, j’aimerais citer ici Patrizia Romito dans son livre Un silence de mortes. Elle écrit à propos des violences systémiques : « il s’avère que tous les hommes, y compris ceux qui ne sont pas violents, récupèrent certains avantages de la violence exercée contre les femmes. Avantages tels que facilité d’accès aux relations sexuelles, gratuité des services domestiques, accession privilégiée à des postes de travail plus élevés ou mieux rétribués, avec tous les bénéfices psychologiques qui en découlent » (Romito, 2006 : 54).

Il va de soi que lorsqu’on a compris la logique vis-à-vis des violences, on peut aisément l’appliquer à l’ensemble des thématiques traitées par les féministes : Si la pornographie et le système prostitutionnel affectent l’ensemble des femmes, en quoi facilitent-elles mon quotidien ? et pourquoi je pourrais m’en satisfaire ? Si le lesbianisme est une résistance à la domination masculine, l’homosexualité masculine peut-elle l’être aussi ? Si les mouvements masculinistes s’opposent et ralentissent les féministes, comment faire en sorte que mes agissements n’aient pas cet effet ? Et ainsi de suite, pour l’accaparement de l’espace, la contraception, les tâches domestiques, etc., etc…

Pour ce qui est de l’article d’Audre Lorde auquel fait référence le titre de cette journée3, la transposition consiste à ne pas parasiter « le besoin et le désir » des femmes « à se nourrir les unes des autres » (Lorde, 2003 : 120). Nous ne devons pas reproduire le racisme et la lesbophobie qui sont des armes pour diviser et affaiblir le mouvement des femmes. Et il s’agit bien évidement de respecter « le besoin et le désir » de non-mixité des femmes pour aller zamper.

La transposition de vos savoirs féministes pour notre position d’homme n’est donc pas une énième excroissance nombriliste masculine, ni une symétrisation du type : les hommes souffrent aussi, la misandrie existe comme pendant social de la misogynie, comme vous l’entendez régulièrement. La transposition des savoirs pour les hommes oblige à reconnaitre l’importance des femmes et des féministes dans nos vies et nos parcours. Elle consiste en une intériorisation des savoirs en évitant une appropriation prétentieuse, car elle nous habitue à penser à partir de notre position sociale masculine. La transposition oblige à mesurer nos privilèges et à aller au-delà d’une application mécanique – déjà intéressante en soi – de comportements attendus par les féministes.

Mais cette transposition des savoirs féministes nécessite au préalable que nous ayons l’honnêteté de reconnaitre notre appartenance à la classe dominante. Nous allons résister car ce constat fait vaciller nos illusions d’harmonie ou d’égalité entre les sexes, et il contient aussi l’implicite d’associer une image négative au fait d’être un homme. Nous allons donc chercher à nier, relativiser ou minimiser notre appartenance à la classe dominante. Nous allons chercher individuellement à ne pas être perçu comme tel. Nous allons faire en sorte de ne pas nous penser comme faisant partie du groupe hommes.

Certains d’entre nous par exemple insisteront répétitivement pour être perçus comme d’abord dominé et exploité, par exemple par la norme hétérosexuelle ou par le capitalisme. D’autres diaboliseront certains groupes d’hommes pour se dédouaner des critiques les concernant, en pointant les masculinistes, les musulmans ou les « racailles des cités ». D’autres, spécialement dans la jeune gauche radicale ou libertaire4, choisiront la solution qui consiste à s’auto-désigner comme « non-binaire » ou « gender fluid », ou « ni homme ni femme », ou encore avec l’appellation floue de « trans ». Ayant découvert une nouvelle palette de possibles, via une certaine lecture du féminisme bénéfique pour eux, ils choisiront d’endosser quelques attributs féminins dans l’espoir d’être perçus comme non-dominant – cette « féminisation » ne me dérange absolument pas en soi, et je crois m’en être imprégné aussi, mais je ne pense pas que ce soit la direction la plus utile aux féministes. Par ailleurs, ce choix ne travaille pas le pouvoir et l’avantage social des hommes sur les femmes ; il en est même dans une certaine mesure l’expression.

La transposition avancée ici ne peut pas s’appliquer avec la supposée « fluidité des genres » car celle-ci empêche une pleine mesure du pouvoir des hommes sur les femmes ; ni avec la position trans en vogue actuellement, à partir de laquelle des « ex-hommes » « trans-femmes » revendiquent d’être considérées comme femmes à part entière. Camoufler sa socialisation masculine et les acquis qui s’y rattachent est une forme de résistance classique et n’est vraiment pas une méthode susceptible de remettre en question la virilité introduite dans les neurones, d’autant plus quand des personnes s’auto-désignent comme « trans » sous couvert d’un simple travestissement. L’auto-désignation n’est pas un coup de baguette magique qui efface les réflexes masculins – misogynes ou anti-féministes. Que des féministes deviennent les cibles prioritaires de la haine des « trans-activistes », comme nous l’avons largement documenté sur Tradfem, en est l’illustration. Quant à l’appellation « non-binaire », elle ne renseigne en rien puisque toute vie humaine – même la plus conforme – comporte toujours une part rétive de non-adéquation avec les attentes sociales sexués, voire avec ses propres définitions personnelles du masculin et du féminin (si tant est qu’elles importent).

Pour la plupart des hommes, la non-conformité à une masculinité-type suffirait à relativiser leur appartenance à la classe dominante, voire à l’enlever. Au point que les supposées non-conformité masculines – « non-binaire » et autre – autorisent à reconduire des pratiques viriles les plus classiques : opposition aux féministes, jalousie du possédant, extorsion de ressources des « copines cis », accaparement ou parasitage des espaces militants, etc., etc. La non-conformité, souvent constatée de façon très sélective, sert tantôt à se penser comme non-concerné-par-les-critiques-féministes, et tantôt à créer l’illusion d’une implication réelle en faveur de la justice et de l’égalité.

Mais parfois, au fur et à mesure que les hommes apprennent des féministes, ils relisent l’ensemble des interactions sociales et aussi leur propre parcours – familial, amical ou professionnel – et ils constatent alors la pertinence des savoirs féministes. (Difficile d’être aveugles aux violences après la déferlante #metoo). Ils découvrent que leur sentiment d’être des personnes toutes singulières est un mythe5. Au contact du féminisme, tout homme apprend finalement que, sous divers angles, il est un cliché ambulant. Il constatera l’imprégnation du genre dans ses comportements les plus anodins de la vie courante. Il se saura explicitement et intimement membre du groupe oppresseur. Les critiques qu’il reçoit et qu’il commence à accepter provoquent en lui une crainte d’impasse comportementale, voire un vide ou une impasse existentielle, tant le genre est fondamental dans nos vies. Il devra travailler d’abord à ne plus être ce qu’il est et à ne plus faire ce qui constituait sa vie.

Moi-même, pour relativiser mon appartenance à la classe dominante, je me suis par exemple reposé sur certaines particularités contraires aux modèles de masculinité classique – ma timidité, qui avaient pour effet que les femmes travaillaient pour moi. Et face au fait d’être un cliché ambulant, j’ai cru pendant longtemps que je ne devais rien faire sur les questions féministes tant que je n’avais pas atteint dans mon quotidien un certain stade de cohérence, voire LA cohérence, celle de ne plus être un dominant. Autant vous dire, que cette quête de cohérence envisagée strictement à un niveau individuel est illusoire, et propice sur le long terme à s’isoler des autres plus qu’à provoquer le changement social soi-disant voulu. Le non-genre-ici-et-maintenant est un mirage prétentieux et croire atteindre le degré zéro-privilège-masculin débouche sur une impasse mortifère, car il est certains privilèges sur lesquels nous n’avons aucune prise. Par exemple, nous ne sommes pas soupçonnés d’un manque d’objectivité dans notre engagement d’allié, ou encore, je ne suis pas confronté à des violences misogynes dans mon métier d’aide-soignant. Le fait est que, quels que soit notre engagement ou notre exemplarité, nous restons des hommes, donc des membres du groupe oppresseur. C’est toute la difficulté et l’aspect problématique de l’engagement proféministe.

En fait, la régulière auto-satisfaction masculine sur nos « transgressions du genre » ou sur l’avancée de nos « déconstructions » confirme surtout la permanence de ce que Léo Thiers-Vidal a appelé « l’égocentrisme affectif, psychologique et politique masculin » (Thiers-Vidal, 2013 : 109), qui est l’incarnation de la structure sociale androcentrique. C’est cet égocentrisme que les hommes doivent détruire en eux s’ils souhaitent réellement participer au changement.

Au passage, je rappelle que sa thèse défend l’idée que les hommes de façon générale ont « conscience »6 (Thiers-Vidal, 2010 : 131) de dominer les femmes. Le présupposé de la supériorité des hommes sur les femmes et sur leurs savoirs est encastré en nous et nous devons l’extirper. Notre tendance première à nous opposer, à prétendre mieux savoir ou à défier ce que disent les féministes est à mon sens un aveu supplémentaire de notre sentiment de supériorité. C’est d’ailleurs pour cette raison que je trouve maintenant surprenant que le travail d’entrée dans le féminisme de certains universitaires hommes s’attache à s’opposer aux analyses de femmes.

Par ailleurs, comme chaque homme a la domination des femmes dans sa conscience, je considère que s’adresser prioritairement aux féministes pour montrer qu’on est différent – parce que « conscient » et en désaccord avec l’ordre actuel – me semble insuffisant et surtout propice, au pire, à gagner des bons points (ce dont nous n’avons absolument pas besoin) ou, au mieux, à essuyer un recadrage bien mérité de féministes, avec pour elles une perte de temps et d’énergie (ce dont elles n’ont absolument pas besoin non plus). Je vais à ce titre citer Andrea Dworkin dans son magistral « Je veux une trêve de 24 heures durant laquelle il n’y aura pas de viol » : « [Ne] me le dites pas à moi. Dites-le aux pornographes. Dites-le aux macs. Dites-le aux faiseurs de guerre. Dites-le à ceux qui font l’apologie du viol et à ceux qui célèbrent le viol et aux idéologues pro-viol. Dites-le aux romanciers qui pensent que le viol est merveilleux » (Dworkin, 2017 : 159). Voilà une autre consigne qui nous est proposée. Nous avons à interpeller et contredire les forces de l’ordre masculin. J’y reviendrai.

L’apprentissage prolongé et continu dont j’ai parlé vise à développer un principe de responsabilité à l’égard des conditions de vie réservées aux femmes. C’est certes un exercice individuel – et peut donc paraitre ridicule face au poids des institutions sociales – mais il s’agit d’ancrer les analyses féministes chez les hommes pour qu’elles irriguent nos actes, y compris à l’égard des institutions sociales. Ces analyses doivent réorienter nos priorités, y compris dans notre manière de dialoguer avec autrui et d’utiliser notre énergie, notre temps ou notre argent7.

Voilà pourquoi je ne considère pas que l’idée d’apprendre des féministes soit sur un niveau strictement individuel. L’apprentissage sert à asseoir ce que John Stoltenberg a appelé « l’identité morale » (Stoltenberg, 2013 : 246), une identité distincte de « l’identité masculine » et opposée à elle. Une identité masculine, y compris celles qualifiées d’alternative ou de marginale, s’inscrit dans un système nécessairement hiérarchique avec une identité féminine. L’identité masculine impliquent nécessairement une césure avec les femmes, quels que soient les comportements ou les mots pour l’affirmer ; elle en vient nécessairement à trahir les priorités féministes. Par contre, « l’identité morale » en tant que capacité à agir en faveur de la justice et l’égalité présuppose et implique de ne pas trahir les femmes mobilisées contre leur oppression. Et le déploiement de « l’identité morale » dont parle Stoltenberg viendra compenser les impasses comportementales ou le vide existentiel dont j’ai parlé.

Pour l’apprentissage, personnellement, j’affectionne particulièrement les lectures parce que, contrairement aux discussions, elles épuisent moins les féministes qui nous entourent.

Comme je l’ai dit, l’apprentissage doit être assidu et continu. A titre indicatif, John Stoltenberg dans son article « Vers la justice de genre » parle d’une année minimum de lecture à temps plein. L’apprentissage est, hélas, toujours trop lent et trop tardif. Mais il doit en définitive déboucher sur des actes qui expriment et défendent les convictions politiques, au-delà de la seule sphère dite privée. C’est ce passage aux actes qui est la « transgression » rarement effectuée par les hommes ; elle est même plutôt refusée à mesure qu’augmente le niveau d’implication personnelle des actes envisagés.

« Auxiliaire des féministes », traduction et convictions politiques


Conscient des travers de proféministes connus, conscient d’être membre du groupe dominant, conscient de ses erreurs passées, conscient de ses contradictions présentes, toute activité d’allié en vient à être mise en doute. Un flux continu traverse le corps et enfle le circuit neuronal des « hommes conscientisés », c’est une suite de « je-suis-un-dominant-je suis-un-dominant ». Ce flux continu produit un arc réflexe qui fige et paralyse : « je ne dois pas intervenir publiquement car je suis un dominant », « Je ne peux pas répondre à cette blague sexiste car je suis un dominant [je confirmerais mon statut de mâle-protecteur] ».

Plusieurs formes de culpabilités existent chez les proféministes et elles ne sont pas toutes paralysantes. La culpabilité d’être un cliché ambulant peut être un prélude pour modifier nos comportements et affiner nos réflexions, c’est une prise de responsabilité. Celle qui est rattachée au fait d’avoir pris autant de temps pour enfin tenter de répondre aux urgences féministes peut nous inciter à redoubler d’effort ; tout comme le fait de continuer à jouir de privilèges malgré notre engagement. Et notre réflexivité sur la culpabilité pourra aussi nous être utile dans notre manière de dialoguer avec les hommes. Mais l’autre culpabilité, celle présente dans l’arc réflexe, nous enferme dans une apathie stérile.

Cette forme de culpabilité diffère de celle plus ou moins dense, réelle et non feinte, qui nait en chaque homme qui sonde son parcours à la lumière du féminisme – car même lorsque des changements ou des « réparations » ont été faites sur les mauvais agissements du passé, l’arc réflexe, lui, résiste et demeure. L’enchainement masculin dans un contexte collectif mixte peut être le suivant : « Si je tente une sortie de l’arc réflexe, je vais peut-être fauter, prétendre être indemne d’erreurs et faillir à mon « travailler à partir de ma position sociale masculine et surelle ». Sans doute aussi que des féministes sont présentes et vont mieux réagir que moi face au sexisme ou à l’antiféminisme. En plus, elles auront peut-être envers les hommes d’autres attentes que le « à partir de… et sur… ». Si j’interviens, elles vont juger que je suis en faute, je ne serai pas un allié à leurs yeux ; je serai encore l’homme qui occupe encore l’espace. Alors, à quoi bon sortir de l’arc réflexe ? Mieux vaut le ménager pour me ménager. » Les hommes en arrivent alors à simplement reconduire ce qui semble être le mec plus ultra du comportement proféministe ; à savoir adopter une simple posture d’extériorité, dénuée de toute conviction assumée.

Cet arc réflexe peut masquer la crainte de nous opposer aux défenseurs des intérêts masculins, avec la crainte de subir un retour de bâton – des trolls anonymes d’internet, des anti-féministes membres de nos syndicats, de nos partis. Mais il nous sert avant tout à garder un confort sans risque. L’égocentrisme masculin est encore indemne, avec pour corollaire l’absence d’un principe de solidarité vis-à-vis des femmes. Nous les laissons avec ce que le groupe dont nous sommes membre produit pour elles, sans même chercher à produire autre chose. Nous vous trahissons.

Bien qu’ayant été moi-même enlisé dans cet arc réflexe pendant longtemps, je suis aujourd’hui surpris de voir comment la culpabilité contenue dans le « je-suis-un-dominant » inonde le cerveau d’« hommes conscientisés », au point de dissoudre totalement une deuxième culpabilité, la culpabilité que devraient éprouver les hommes de ne rien faire contre les violences masculines et l’exploitation des femmes. Car en définitive, la paralysie de l’arc réflexe fait le lit des harceleurs sexuels, des incesteurs, des prostitueurs, etc., etc.

Comme le dit si justement Andrea Dworkin : « Vous avez le temps de vous sentir coupable. Nous n’avons pas le temps que vous vous sentiez coupables. Votre culpabilité est une forme d’acquiescement à ce qui continue d’arriver. Votre culpabilité aide à maintenir les choses telles qu’elles sont » (Dworkin, 2017 : 156).

Comme je l’ai dit en introduction, j’ai effectué pendant plusieurs années un travail d’« auxiliaire » pour l’association Questions d’égalité. Pour les hommes qui découvrent le féminisme, le travail d’auxiliaire peut aussi s’intégrer à l’apprentissage dont je parlais précédemment. Il s’agit de faciliter matériellement les activités féministes pour celles qui le souhaitent ; cela a consisté pour moi à : faire diverses courses, dispatcher les affiches en villes, relayer les informations sur les sites internet, tenir des tables de presse, classer des documents pour la comptabilité, mixer l’enregistrement des conférences pour les mettre en ligne, financer la structure ou des projets, etc. Les possibilités de faire des choses ne manquaient pas au point que mon travail consistait aussi à tenter de rallier d’autres hommes vers ces taches. Les compétences ou les disponibilités déployées sont toutes nécessairement colorées avec le paramètre d’être un homme mais elles sont destinées aux initiatives féministes.

La position d’auxiliaire est en général plutôt souterraine. Le degré d’implication personnel y est bas dans le sens où l’expression des convictions politiques est laissée à la charge des féministes. Néanmoins cette position bouscule une chose importante chez les hommes ; au-delà du fait que ce ne sont pas nous qui sommes aux postes de direction. En effet, être auxiliaire nous invite à agir de manière plutôt inhabituelle vis-à-vis des femmes : nous avons à leur rendre des comptes sur nos activités. Le fait de rendre des comptes est ce qu’on nomme la reddition de comptes (Cohen, 2013). C’est une chose que les hommes dans leur quotidien rechignent à faire à l’égard des femmes – alors que l’inverse est répandu. Et nous avons plutôt tendance à nous y opposer quand vous nous demandez de le faire, car la reddition de compte vient limiter notre pouvoir sur vous. Si nous rendons des comptes aux femmes sur ce que nous faisons ou envisageons de faire, comment continuer à tromper nos compagnes, comment continuer à jouir des complicités machistes, comment continuer à magouiller sur votre dos ? En fait, une considération pleine et entière à l’égard des êtres avec qui nous sommes en interaction implique que nous effectuons une reddition de comptes.

Mon implication au sein de Tradfem, la collective de traduction que j’ai déjà citée, est un travail à la fois d’auxiliaire et d’agitation politique. Les compétences de traductions sont mises au service de féministes8. C’est un travail à la fois pointilleux, studieux mais aussi très formateur quant à la pensée féministe. L’intention avec Tradfem est de rendre disponible et d’augmenter l’audience de féministes peu connues en francophonie. Les textes que nous mettons en ligne traitent principalement de l’actualité. Ils analysent les ressorts de la prostitution, de la misogynie et des violences masculines. Et ils renseignent aussi sur les dangers qui pèsent sur le mouvement féministe ; dans le but de faire entendre les voix de celles qui cherchent à maintenir son autonomie, et donc sa radicalité. Je pense en particulier ici à nos traductions d’articles qui analysent et dénoncent les attaques répétées, parfois physiques, contre des féministes par un courant trans bruyant et menaçant, qui est loin d’être représentatif des transexuel-les.

J’aimerais faire ici 2 petites parenthèses sur le fait qu’un homme, moi en l’occurrence, traduise de tels textes. La première concerne le fait que je suis reconnu pour ce travail bien que je ne fasse que traduire. Et je vais donc insister sur ce point : je ne fais que traduire ; loin de moi l’idée d’usurper une place et de prétendre à des qualités d’analyses que je n’ai pas. Deuxième point : c’est devenu une banalité que de dire « Traduire c’est trahir ». Et parallèlement, comme vous le savez, être allié consiste à ne pas trahir les féministes. Il y a là encore une tension qui attise mes efforts et mes exigences.

Le travail des alliés est d’appuyer les revendications et les principes féministes en étant en lien avec celles qui bataillent déjà pour les faire appliquer et qui souhaitent notre activisme. Mais nous avons aussi à décortiquer notre sexisme et à dialoguer avec les hommes. Nous avons à prévenir leurs violences, à y répondre, voire à nous interposer dans des situations particulièrement extrêmes. Nous avons aussi à les orienter vers l’apprentissage dont j’ai parlé et à les tirer vers des pratiques concrètes d’alliés, loin des discours intellectuels jargonnants9. Pour ma part j’ai pu aller dernièrement dans des groupes non-mixtes-hommes de réflexions sur la masculinité avec cette seule intention. Et pour toucher au mieux nos interlocuteurs, il est utile que nous sollicitions notre parcours et le regard critique que nous lui portons. Notre intervention est d’inciter les hommes à sortir de l’égocentrisme, de l’absence de reddition de compte et de l’arc réflexe. Nos choix de vies ou nos activités d’alliés doivent être des formes d’illustrations pour inspirer d’autres hommes. Notre travail est de pousser d’autres hommes à devenir des traitres à leur classe de sexe et à se désolidariser publiquement des forces de l’ordre masculin.

Une des raisons qui m’a poussé à écrire un article sur le système prostitutionnel (Lagadeuc-Ygouf, 2015), c’est qu’autour de moi des hommes de gauche disaient qu’il était « proféministement » impossible de traiter de cette question. J’ai voulu montrer en pratique que c’était une erreur. Ma boussole a été de soupeser le maintien du pouvoir masculin contre les femmes qu’autorisent telle ou telle option – du « féminisme pute » à l’abolitionnisme. J’ai fait une critique du livre Les luttes des putes de Thierry Schaffauser, animateur principal du malnommé Syndicat du Travail Sexuel. J’ai bien sur reçu une partie des critiques que toute personne mobilisée contre le système prostitutionnel connait : insultes, ostracisme, etc. Mais, chose importante, je constate que ma position d’homme limite les tentatives d’intimidation et les violences des défenseurs du système prostitueur à mon égard. Aussi surprenant que ça puisse paraitre pour nous – les alliés évidemment si doux et inoffensifs – notre position d’homme nous protège ; car les défenseurs de l’ordre masculin ont aussi intégré la règle patriarcale selon laquelle les hommes doivent se craindre les uns des autres.

J’ai débuté le blog Scènes de l’avis quotidien il y a quelques années pour essayer de diffuser des outils de réflexions pour les proféministes ; sur la sexualité, l’antiféminisme ou les violences masculines. J’y publie des traductions, des articles ou des extraits de livres qui sont susceptibles de remettre en question les certitudes masculines. Certains textes s’attachent à décortiquer et à renseigner sur les manœuvres masculines qui font barrage aux avancées féministes10. D’autres pointent nos contradictions et proposent des réponses ou des pistes de réflexions. J’essaye à la mesure de mes moyens de faire « caisse de résonance » pour des auteur-es femmes ou hommes qui généreusement m’autorisent à publier leurs travaux et dont les propos remettent en question la hiérarchie des sexes. Les comptes-rendus d’ouvrages ou les interviews de féministes que j’ai pu faire ont aussi cette intention de faire « caisse de résonance ». Mon blog est une manière d’assumer individuellement les convictions que je porte. J’ai peur que les hommes utilisent parfois la signature de collectif mixte dans lesquels ils sont pour éviter de prendre pleinement leurs responsabilités quant aux convictions portées. Les groupes-mixtes-féministes non regardant sur le sexe de leurs membres servent parfois aussi aux hommes à diluer leur place particulière, à masquer leurs préoccupations particulières qu’ils imposent parfois au groupe des femmes, et qu’ils font endosser sur l’extérieur.

Par ailleurs, parce que nous sommes des hommes, nous avons accès à des entre-soi masculins où le féminisme est inexistant ; dans ces cadres nous n’avons pas à attendre que des féministes arrivent et fassent tout le travail. C’est en ce sens que j’écris parfois pour un zine punk tenu par un homme, pour y distiller les prémisses et les revendications féministes qui y sont très largement secondaires.

Certains hommes fuiront ces différentes taches en direction des hommes car ce serait favoriser ou déclencher un « combat de coqs ». Il est vrai que nous devons être vigilants pour ne pas céder à cette dérive potentielle ; la difficulté étant d’atteindre le centre névralgique de chaque homme, tout en veillant à ne pas provoquer une surenchère ou une crispation virile – que les hommes aiment éprouver et comparer entre eux. C’est là aussi acrobatique et délicat. Cependant, le soupçon du « combat de coqs » professé par les hommes est à mon sens une tentative pour incruster l’arc réflexe chez ceux qui refusent le laisser-faire. Il garde les privilèges masculins intacts, à la fois ceux de l’énonciateur et ceux du groupe des hommes. Ce soupçon du « combat de coqs » est une solution de facilité, un prétexte, pour maintenir du commun dans la classe dominante, pour ne pas se confronter au réel des résistances masculines, pour prétendre s’être « déconstruit » davantage que d’autres hommes – en supposant que leurs actes d’opposition au sexisme seront nécessairement une défense de la virilité. Et ce soupçon du « combat de coqs » est aussi un prétexte pour ne pas devoir travailler nos propres manques, par exemple nos manques d’arguments lorsque nous sommes en discussion. Par expérience, je suis persuadé que faire savoir ses positions à un impact bien plus efficace que le retranchement qui consiste à fuir et à taxer plus tard l’autre homme de beauf.

En fait, le soupçon du « combat de coqs » contient le même implicite de mépris pour les femmes et leur vie. Et c’est en m’extirpant petit à petit de l’arc réflexe que j’ai pu pleinement mesurer ça. Être allié implique nécessairement de rompre avec les solidarités et les connivences masculines qui nous protègent, nous et notre pouvoir sur les femmes. Nous avons nos responsabilités à prendre aussi bien vis-à-vis de la blague sexiste, du système prostitutionnel que des écarts de salaire.

Conclusion


« Mes outils » pour abattre la maison du maitre sont inspirés des travaux féministes, en particulier des féministes radicales ou matérialistes. Si j’insiste sur ces sources, c’est qu’elles provoquent une remise en question profonde de notre condition et qu’elles répondent aux dérives contre-productives des hommes qui relativisent ou nient leur appartenance au groupe oppresseur. La demande faite aux hommes de travailler à partir de notre position sociale et sur elle est vous l’aurez compris mon leitmotiv.

La position d’allié nécessite de se penser comme membre de la classe oppressive. Evidemment, cela ne signifie pas qu’on va s’introduire dans les espaces féministes pour y consolider nos avantages financiers ou sexuels. Cela ne signifie pas qu’on va critiquer la méfiance féministe à notre égard, ni qu’on va détourner les ressources toujours trop insuffisantes destinées aux femmes pour nos propres initiatives proféministes. Nous avons des vigilances à avoir, et la position d’allié ne peut pas être un acquis sur lequel les hommes peuvent se reposer.

Comme vous le savez sans doute, la plupart des hommes qui sont investis sur les questions féministes ont ou ont eu un militantisme sur d’autres thématiques – l’anticapitalisme, l’écologie, les luttes LGBT ou antispécistes. C’est pourquoi je crois important d’insister sur la vigilance particulière que nous devons avoir de ne pas détourner le féminisme – sous couvert d’une convergence des luttes fantasmée ou d’un pseudo-marchandage « donnant-donnant » – vers ces autres préoccupations, aussi légitimes qu’elles soient. Les alliés considèrent le féminisme comme suffisamment légitime en soi. De la même manière, dans les débats parfois houleux au sein du féminisme, si les hommes gardent comme boussole la lutte contre la domination masculine, leurs autres préoccupations communes avec certaines femmes ne devraient pas peser dans la balance, que ce soit l’abolition de la prison ou la préservation des tritons crêtés.

Notre défense de la justice et de l’égalité doit être concrète et en lien direct avec les féministes mobilisées, afin de ne pas saboter leurs initiatives et les politiques défendues. Quant à notre travail en direction des hommes, il est de leur rendre insupportables les conditions qui sont faites aux femmes. Il est de rendre insupportable le fait que, depuis que j’ai commencé à vous parler, 6 femmes auront été violées en France. Il est de rendre insupportable le laisser-faire attendu par la classe masculine. Pour ce faire, nous avons à combiner à la fois la raison féministe, une nécessaire humilité liée à notre parcours et une certaine pédagogie issue de l’apprentissage.

Quant à la reddition de comptes que nous effectuons, elle est à la fois une garantie et une reconnaissance de l’autonomie du mouvement et des directions que les féministes souhaitent lui donner. Si nous sommes vraiment engagés à remettre en question notre pouvoir institué, collectif et individuel, sur les femmes, la reddition de comptes s’effectuera auprès de celles qui ne le ménagent pas ; et qui au contraire travaillent à détruire ce pouvoir.

J’aimerais citer encore une fois John Stoltenberg. Il écrit à propos de son livre Refuser d’être un homme : « Tout en étant conçu comme une théorie de la libération, ce livre est, à certains égards, bien meilleur que ma vie. Je n’ai pas toujours été à la hauteur des valeurs qu’il endosse » (Stoltenberg, 2013 : 30). Cela signifie que nos vies d’alliés sont aussi faites de contradictions. Il ne s’agit évidemment pas de s’en satisfaire ni de les minimiser – car les contradictions d’un oppresseur ne sont pas celle d’une opprimée, et leurs effets ne sont pas les mêmes – mais elles ne nous empêchent pas d’agir pour nous améliorer et tenter d’améliorer le monde autour de nous. Dans mes activités d’allié, comme je le dis souvent, plutôt que de jouir innocemment des privilèges masculins, ma tâche consiste à utiliser ces privilèges pour les détruire, tout en freinant l’acquisition de nouveaux privilèges. Je suis persuadé qu’un engagement proféministe public et nominatif alimente et affine nos exigences – car il rend palpable nos manques et nos contradictions, qui deviennent alors d’autant plus « travaillables ». C’est pourquoi, je considère que l’engagement n’est pas un aboutissement en soi mais un moyen.

La position d’allié est acrobatique. Elle est faite de tension, de remise en question et de vigilance ; d’isolement aussi parfois. J’invite néanmoins les hommes à y tendre comme j’essaye d’y tendre ; car c’est prendre la direction qui importe, c’est opter pour l’humain au lieu du masculin.

Yeun Lagadeuc-Ygouf

Note : Ce travail n’aurait pu voir le jour sans la stimulation, la clairvoyance et la présence des ami-es de Rennes, Rouen, Paris, Lausanne, Montréal et ailleurs ; je vous remercie toutes et tous.

https://scenesdelavisquotidien.com

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