Édition du 11 mai 2021

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Politique canadienne

F-35 scandale : Nous avons besoin d'un printemps au Canada, maintenant plus que jamais

La dernière bombe qui a frappé à Ottawa, c’ est le scandale du F-35. Après avoir comparu devant le comité des comptes publics plus tôt aujourd’hui, le vérificateur général Michael Ferguson a déclaré aux médias que le gouvernement Harper « aurait dû avoir » des informations sur le coût réel des avions de chasse en mars 2011 lorsque le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a publié son rapport sur l’augmentation des coûts du F-35.

Rabble.ca | 6 avril 2012

En d’autres termes, aujourd’hui, le vérificateur général a confirmé ce que tout observateur averti avait déjà conclu : Harper et ses ministres devaient savoir que le coût réel des F-35 était au moins $ 10 milliards de plus que ce qu’ils disaient au public.

Pour comprendre la pleine signification de ce fait, il est important de se rappeler la chronologie des événements. En juillet 2010, Harper et Peter MacKay ont annoncé - sans avoir tenu le moindre processus d’appel d’offres ouvert - que l’achat de 65 avions de chasse F-35 de Lockheed Martin coûterait 16 milliards de dollars, y compris les travaux d’entretien. En octobre 2010, la vérificatrice générale, Sheila Fraser, prédisait déjà que le coût réel serait beaucoup plus élevé. Puis, le 20 mars 2011, Kevin Page a publié son rapport estimant leur prix à 28,5 milliards de dollars. Le gouvernement Harper a publiquement attaqué les chiffres de Page, et a insisté pour défendre leur estimation initiale. Et tout cela a contribué au déclenchement de la dernière élection fédérale.

Le 25 mars 2011, le gouvernement Harper a reconnu, après un vote de non-confiance qu’il était coupable d’outrage au Parlement pour avoir refusé de divulguer des informations complètes sur les coûts des avions de combat, ainsi que sur les coûts de leur législation concernant la criminalité.

Tout au long de la campagne électorale, Stephen Harper a insisté sur une estimation allant de 14 à 16 milliards de dollars. Mais, aux plus hauts niveaux, ils devaient savoir que cela était faux.

Donc, ils ont menti. Harper savait, et Harper a menti. Harper a menti avant, pendant et après la campagne électorale qui lui a permis d’obtenir un gouvernement majoritaire.

Jour après jour, pendant la campagne électorale pour un gouvernement majoritaire tant recherché – que ce soit lors de ses apparitions à la télévision et dans les débats entre candidats - Harper a menti à plusieurs reprises à propos du coût des F-35. Et les avions de chasse n’étaient pas une question marginale, ils ont sans doute été un élément central de la campagne électorale.

Rappel

Pour un rappel de la façon dont cela s’est présenté au cours de la 41e élection fédérale au Canada, jetez un coup d’’oeil sur le vidéo du début du mois d’avril 2011 de la campagne d’Harper. Il y affiche sa marque de commerce, celle d’une personne sachant se contrôler. Il y insiste sur le fait que"le contrat que nous avons signé nous met à l’abri de toute augmentation de ces types de coûts" et qu’il était « très confiant dans l’estimation de ces coûts" .

Cette semaine, Harper, ses ministres Harper et leurs porte-parole ont fait un tournant à 180 degrés. Ils insistent sur le fait qu’ « aucun contrat n’a été signé" pour le F-35 et qu’ils ne peuvent tout simplement pas « recommencer » le processus d’appel d’offres.

Je dis que s’il n’y avait pas de contrat, et si le coût présenté par Harper était un mensonge, alors il n’a pas de mandat. Le gouvernement Harper est illégitime. Nous avons besoin de « refaire » le gouvernement, si vous voulez. Je pense que plus de Canadiens que jamais voient ceci ou au moins le sentent, mais néanmoins je n’ai aucune illusion que M. Harper soit renversé à la Chambre des communes de sitôt.

Pour que cela se fasse, nous aurions besoin d’un mouvement de masse en dehors du Parlement, afin de changer l’équilibre des forces politiques dans ce pays, et de dénoncer non seulement la forme mais le contenu de la corruption du gouvernement Harper. Et le contenu réel derrière le scandale des avions de chasse, c’est que le gouvernement sert le militarisme et le pouvoir des entreprises.

Il n’y aurait pas de scandale des F-35 si le gouvernement Harper n’était pas déterminé à poursuivre une politique étrangère agressive, dans le cadre de l’OTAN et de mener des interventions ayant une envergure de plus en plus importante.

Pour modifier un cliché politique américain : « C’est le complexe militaro-industriel, stupide »

Les rapports de ce gouvernement aux entreprises dans le cadre de la militarisation ne sont pas difficiles à trouver. En fait, vous pouvez les trouver en la personne de Nigel Wright, chef actuel du bureau de Stephen Harper. C’est pourquoi la première information signalée il y a deux ans sur les connexions entre Wright et Lockheed Martin n’a pas été soulevée par le bureau de la presse à Ottawa.

"Le nouveau chef du bureau du Premier ministre Stephen Harper, Nigel Wright est déjà l’objet de questions troublantes en raison de ses liens concernant la plus grande acquisition de matériel militaire dans l’histoire du Canada.

"En tant que chef de bureau du premier ministre, M. Wright a une énorme influence sur l’aéronautique, la défense et la politique énergétique - des zones où il a également un intérêt commercial personnel important. La critique libérale du Conseil du Trésor, Siobhan Coady (St. John-Sud-Mount Pearl ) a déclaré : "Cela pourrait poser un conflit d’intérêts et doit être soumis à une enquête complète".

Wright est un dirigeant de Hawker Beechcraft Inc, un partenaire de Lockheed Martin, qui vend les chasseurs furtifs F-35 au Canada pour 16 milliards de dollars dans un contrat sans appel d’offres. Onex a acheté Hawker Beechcraft pour 3,8 milliards de dollars. "

Je sais que nous parlons ici des bombardiers furtifs, mais je ne sais pas comment les liens de Wright avec Lockheed Martin ont réussi à rester à l’abri des radars dans ce scandale.

Tout cela vient s’ajouter aux scandales des appels robotisés – alors qu’Élections Canada enquête sur les incidents dans 200 circonscriptions – ce qui démontre l’étendue de la fraude électorale réalisée par les personnes liées au Parti conservateur.

La force nécessaire pour vaincre ce gouvernement, et remettre en question ses objectifs, devra être construite dans tout le pays - dans les rues, dans les salles de réunions et sur nos places publiques.

Nous n’avons jamais eu tant besoin d’un printemps canadien, plus, nous en avons besoin dès maintenant.


Derrick O’Keefe est un écrivain et un militant pour la justice de Vancouver, en Colombie-Britannique. Derrick est le co-président de la Coalition de Vancouver StopWar et de l’Alliance canadienne pour la paix, le plus grand réseau de groupes anti-guerre du pays. Il est l’auteur d’un nouveau livre publié chez Verso, Michael Ignatieff : The Lesser Evil ? et a collaboré au mémoire politique de la députée afghane Malalai Joya, A Woman Among Warlords : The Extraordinary Story on an Afghan Who Dared to Raise Her Voice. Derrick a travaillé en tant que rédacteur à rabble.ca de 2007 à 2009. Parmi les sujets abordés sur ce blog, il y a des articles sur la guerre en Afghanistan et la politique étrangère, la politique canadienne, l’analyse des médias, la justice climatique et l’écologie. Vous pouvez le suivre à http://twitter.com/derrickokeefe.

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