Édition du 16 juin 2026

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Afrique

Guinée : une élection pour la galerie

Ce simulacre d’élection permet au pays de retrouver une apparente normalité constitutionnelle, même si, dans les faits, c’est une dictature qui est confortée avec le soutien de la France.

Sans grande surprise, Mamady Doumbouya a remporté l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 avec 86,72 % des voix. Une campagne électorale singulière, puisqu’il n’a tenu aucune réunion publique et, lors des rares meetings auxquels il a assisté, il est resté silencieux.

Éliminer les oppositions

Rien d’étonnant à cela  : le scrutin a été préparé de longue date afin d’assurer la victoire de celui qui s’est emparé du pouvoir par un coup d’État le 5 septembre 2021, prétextant répondre à la mobilisation populaire contre le troisième mandat du président Alpha Condé.
Bien évidemment, lors du putsch, l’ancien caporal-chef de la Légion étrangère française avait promis de restaurer la démocratie et de ne pas se présenter à la future élection présidentielle. Ces promesses, inscrites dans la Charte de la transition, ont rapidement été balayées.

Doumbouya est désormais président, et les violations des droits humains sont devenues systématiques. Les disparitions forcées frappent les opposants  ; les manifestations sont réprimées dans le sang. Les putschistes s’en prennent même aux familles, comme dans le cas du chanteur de reggae Elie Kamano, dont deux enfants ont été enlevés. Les tortures en prison sont systématiques.

Cette élection s’est tenue sans les trois principaux opposants, qui représentent 95 % de l’électorat et dont les partis ont été suspendus. Même le Bloc libéral qui a choisi de jouer le jeu de cette parodie électorale, a vu son directeur de campagne, Massa Douago Guilavogui enlevé.

L’objectif de ce scrutin était de rétablir formellement l’ordre constitutionnel et de parer le pouvoir d’une légalité purement fictive.

Le soutien discret de la France

Mamady Doumbouya fait référence à Sékou Touré, le père de l’indépendance, qui osa défier De Gaulle en 1958 en appelant à voter «  non  » à la communauté franco-africaine. Son régime sombra rapidement dans une féroce dictature. Revendiquer cet héritage permet à Doumbouya d’endosser les habits d’un panafricaniste et d’un souverainiste.

Mais derrière cet affichage, les faits sont autres. L’armée française maintient une présence discrète à travers une coopération militaire. Les instructeurs français forment le Groupement des forces spéciales et du Groupement des forces d’intervention rapide, véritable garde prétorienne du régime. Ces troupes sont accusées d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions d’opposants, comme Foniké Menguè et Billo, membres du Front national pour la défense de la Constitution.

Paris ferme les yeux sur les exactions, espérant ainsi éviter d’être mis hors-jeu comme il l’a été au Mali, au Niger, au Burkina Faso ou au Tchad.

La discrétion de cette collaboration arrange les présidences des deux pays et permet à chacun de se pourvoir d’une vertu usurpée, Doumbouya en souverainiste et Emmanuel Macron en démocrate.

Paul Martial

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