Édition du 16 juin 2026

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Le Monde

Intervention d'André Frappier à la soirée de solidarité avec les prisonniers politiques et déserteurs russes

Voici le vidéo et le texte de l’allocution d’André Frappier présentée le 19 janvier 2026 dans le cadre de la conférence à Paris à laquelle il a été invité. Cette date est symbolique dans la tradition russe : ce jour-là, en 2009, des nazis ont assassiné le célèbre avocat antifasciste Stanislav Markelov, et la jeune journaliste Nastya Baburova. Depuis, chaque année à cette date, des militants de gauche, des antifascistes et des démocrates organisent des commémorations en hommage aux victimes des violences d’extrême droite et de la répression d’État.

Bonjour
Je me présente, André Frappier. Syndicaliste de longue date, je suis également militant au sein du parti de gauche Québec solidaire, et je suis membre des comités de rédaction de deux revues progressistes : Presse-toi à gauche et Canadian Dimension.

Je vous parle au nom de la Campagne de solidarité internationale Boris Kagarlitsky, qui, comme l’indique notre objectif, « lutte pour la liberté de tous les militants et militantes politiques anti-guerre dans la Fédération russe et les territoires occupés, qu’ils soient bien connus, comme Boris Kagarlitsky lui-même, ou partiellement ou totalement inconnus »

C’est un honneur pour notre Campagne de pouvoir s’adresser à cette réunion, tenue en mémoire de Stanislav Markelov et Anastasia Baburova, dont la lutte a été dramatiquement interrompue par les mêmes forces qui ont emprisonné Kagarlitski et des milliers d’autres prisonniers politiques — souvent dans les conditions les plus dures imaginables.

Selon OVD-info, projet indépendant qui lutte pour les droits humains et contre la répression en Russie, en mars 2025 on comptait 1 566 détenus. Nous dénonçons fermement la répression dont sont victimes les militants et militantes russes qui se sont opposés à l’invasion de l’Ukraine. Dans un livre intitulé « Voices against Putin’s war », l’éditeur Simon Pirani explique que « l’opposition à la guerre de Poutine est largement répandue. Ce qui frappe chez ces personnes, c’est leur diversité qui démontre que, malgré l’absence de manifestations publiques et l’impossibilité réelle d’organiser un mouvement pacifiste ouvert en Russie, un tel mouvement existe bel et bien. Il englobe un large éventail de la société russe, ainsi que des populations des territoires occupés. »

Entre autres activités, le comité de solidarité avec Boris Kagarlitsky a parrainé une pétition faisant appel à leur libération. À ce jour 18 800 personnes provenant de 121 pays l’ont signé, notamment Jean-Luc Mélenchon, Jeremy Corbyn, Naomi Klein, Slavoj Žižek, Yanis Varoufakis, Walden Bello et John McDonnell.

Nous saluons ces camarades qui se sont unis pour soutenir Boris et toutes les autres victimes de la répression du régime de Poutine contre la dissidence.

Notre campagne fonctionne dans le même esprit — tous les personnes qui défendent des droits des prisonniers politiques anti-guerre du Kremlin sont invités à contribuer.

Comme certains et certaines d’entre vous le savent sans doute, Boris Kagarlitsky, en plus d’être sociologue mondialement reconnu pour ses livres — dont le plus récent, The Long Retreat, qui fut publié alors qu’il était déjà incarcéré dans la colonie pénitentiaire de Torzhok — est également le fondateur et rédacteur en chef du site web de Rabkor et directeur de l’Institut pour la mondialisation et les mouvements sociaux.

Voix critique de l’impérialisme, du gouvernement de la Fédération de Russie et de la guerre déclenchée par Vladimir Poutine avec l’invasion de l’Ukraine, Kagarlitsky a été condamné dans un premier temps à une amende de plus de 600 000 roubles pour la publication de la vidéo dans laquelle il commentait l’attaque du pont reliant la Crimée. Les autorités russes ont fait appel de la sentence comme étant « trop clémente ». Il a écopé d’une peine de cinq ans de prison, prononcée par une cour d’appel militaire. La défense de Kagarlitsky a fait appel de cette sentence, mais l’appel a été totalement rejeté et la peine d’emprisonnement confirmée. Mais ce qui est réellement en jeu sont les critiques que Kagarlitsky a formulées à l’égard de la politique de guerre menée par le Kremlin.

Amnesty International est catégorique : « cette condamnation et la nature à huis clos de son procès sont un autre exemple flagrant du traitement réservé aux dissidents politiques en Russie.

Notre comité a travaillé à différentes stratégies afin d’aider Boris. En premier lieu nous avons tenté de le faire sortir de Russie. Nous avions trouvé certaines universités dans divers pays comme aux États-Unis et au Brésil, qui acceptaient d’engager Boris comme professeur. Nous avions évalué que de cette façon Vladimir Poutine n’y verrait pas d’objection puisque Boris ne serait plus une épine dans le pied en Russie pour Poutine.

Mais ce n’était pas la perspective de Boris, la lutte qu’il menait était une lutte politique pour la démocratie en Russie et pour la défense de l’Ukraine. En novembre 2024, il a publié une lettre ouverte exigeant qu’il ne participe à aucun échange de prisonniers qui le ferait quitter la Russie.

Boris est aussi l’inspirateur de la campagne Freedom Zone, qui organise des événements à travers le monde en soutien aux prisonniers politiques et à leurs familles.

Nous avons organisé un colloque académique internationale virtuel d’une journée le 5 octobre 2024 qui a connu un fort succès avec la participation de professeur.es et de personnes chercheuses connues dont plusieurs camarades russes. Cet événement, parrainé par une vingtaine de médias et de maisons d’édition de gauche, et incluant un discours liminaire de Nancy Fraser, abordait différents thèmes dont une discussion du dernier livre de Boris The Long Retreat, une présentation de la situation pour la gauche en Russie, et des analyses de l’impérialisme contemporain.

Le comité a également créé un site web à freeboris.info dans lequel vous trouverez comment écrire une lettre aux prisonniers politiques russes, suivre les événements que nous organisons et lire les dernières nouvelles. Je vous invite à le consulter.

Le comité de soutien à Boris Kagarlitsky poursuit son travail. Nous envisageons présentement, malgré les embuches, une tournée nord-américaine aux États-Unis et au Canada avec Kseniia Kagarlitskaya, la fille de Boris. Nous envisageons également une délégation au congrès antifasciste de Puerto Allegre en mars prochain incluant Kseenia, moi-même et d’autres camarades.

La solidarité internationale est une priorité et dans cette perspective la présentation de conférences de solidarité internationale telle que vous l’organisez aujourd’hui est primordiale, c’est une initiative qu’il faut multiplier.

Je vous vous remercie de m’avoir donné l’occasion d’y prendre la parole. Au plaisir de vous rencontrer dans un proche avenir.

Vive la solidarité internationale !

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SOIRÉE DE SOLIDARITÉ AVEC LES PRISONNIERS POLITIQUES ET LES DÉSERTEURS RUSSES

LUNDI 19 JANVIER de 18 heures à 21 heures Bourse du travail de Paris, salle Jean Jaurès 3 rue du Château d’Eau, 75010 Paris Participation sur inscription à n Le 19 janvier, date anniversaire de l’assassinat en 2009 à Moscou des antifascistes Stanislav Markelov et Anastasia Baburova, est l’occasion en Russie et dans l’émigration de saluer leur mémoire et d’affirmer notre solidarité face au fascisme et à la répression d’Etat.

n Les membres d’un cercle marxiste en Russie ont été récemment condamnés à des peines allant de 16 à 22 ans, condamnations parmi les plus lourdes de la Russie contemporaine.

Nous exigeons la liberté pour ces militants, mais ce n’est qu’une partie d’une large campagne de répression contre les dissidents et contre la classe ouvrière.

Notre solidarité doit être plus forte que les murs des prisons ! Chaque voix contre les répressions est un coup porté à l’autoritarisme, en Russie et au-delà de ses frontières.

Lors de cette soirée de solidarité dont ARTHUR KLESHCH sera le modérateur, interviendront :

KARINE CLÉMENT, sociologue : la vie et l’héritage de Stas Markelov.
ALEXEÏ SAKHNINE, journaliste, membre de « La paix par en bas » : évolution des répressions politiques en Russie pendant la guerre.
ANDRÉ FRAPPIER, militant de gauche : campagne en défense du marxiste Boris Kagarlitski, détenu depuis trois ans dans les prisons russes.
ANDREÏ DEMIDOV, militant de « Gauche post-soviétique » : répressions contre la gauche russe, et l’affaire des « marxistes d’Oufa ».
ILIA ZARIPOV, déserteur russe : témoignage sur l’ampleur cachée des désertions.
LIZA SMIRNOVA, membre de « La paix par en bas » : montée de la violence d’extrême droite en Russie et son lien avec la violence policière.
ANDREÏ KONOVALOV, militant ukrainien de « Gauche post-soviétique » : la situation en Ukraine. UN REPRÉSENTANT DU CICR (Comité International Contre la Répression) : campagnes d’hier et d’aujourd’hui en défense des prisonniers politiques en Russie.
UN MILITANT DE GAUCHE RUSSE : comment la répression est habillée de justifications frauduleuses.
SOPHIA CHIKIROU, députée France insoumise.
DES RESPONSABLES SYNDICAUX ET POLITIQUES défenseurs des libertés démocratiques.
NON AUX RÉPRESSIONS POLITIQUES ! NON À LA GUERRE ET À LA DICTATURE !

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André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il est membre du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et de Canadian Dimension.

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