Tiré de MondAfrique.
Selon la lettre Africa Intelligence, Washington envisage de renforcer sa coopération sécuritaire dans l’Extrême-Nord du Cameroun face à la menace de Boko Haram. Au Nigeria, des militaires américains sont de nouveau déployés pour des missions de formation et de renseignement. En Côte d’Ivoire, les exercices militaires conjoints se multiplient. Même le Niger, qui avait obtenu le départ des forces américaines de leur base de drones d’Agadez en 2024, reçoit à nouveau des équipements militaires.
Ces initiatives récentes donnent l’impression d’un regain d’intérêt des États-Unis pour l’Afrique. Pourtant, au même moment, l’administration Trump poursuit l’un des plus vastes démantèlements d’outils d’influence jamais engagés par Washington sur le continent. Ce paradoxe illustre un changement de méthode plus qu’un changement de cap.
Washington ferme le robinet
Entre janvier et février 2025, l’administration Trump a gelé puis supprimé entre 83 et 90 % des programmes de l’USAID. Plus de 5 800 contrats ont été résiliés, ainsi que plusieurs milliers de subventions du Département d’État. L’agence, longtemps symbole de la présence civile américaine à travers le monde, a été largement démantelée.
L’Afrique subsaharienne est l’une des premières victimes de cette politique. Avant les coupes budgétaires, elle recevait près de 40 % du budget mondial de l’USAID, soit environ 12 milliards de dollars en 2024. Dans plusieurs pays, les financements ont été réduits d’environ 83 %. Les secteurs touchés dessinent à eux seuls l’ancien périmètre de l’influence américaine : santé, nutrition, lutte contre le VIH, paludisme, tuberculose, éducation, gouvernance, climat ou encore aide aux réfugiés.
Les conséquences sont déjà visibles. Des centres de soins ferment, des programmes de prévention sont suspendus, des milliers d’emplois dans le secteur humanitaire disparaissent tandis que plusieurs organisations alertent sur les effets sanitaires potentiellement dévastateurs de ces décisions.
Washington ferme les portes
Mais le désengagement ne s’arrête pas là : la diplomatie est également durement frappée. Selon plusieurs projets étudiés par l’administration américaine, près d’une trentaine d’ambassades et de consulats pourraient être fermés ou voir leurs activités fortement réduites. L’Afrique figure parmi les régions les plus concernées. Lesotho, Érythrée, République centrafricaine, Congo, Gambie, Soudan du Sud : autant de postes diplomatiques susceptibles d’être touchés. Les consulats américains de Douala au Cameroun et de Durban en Afrique du Sud figurent également parmi les structures visées.
Parallèlement, Washington envisage de réduire drastiquement ses centres de traitement des visas sur le continent, passant d’une cinquantaine à une vingtaine de plateformes régionales. Plusieurs postes d’ambassadeurs restent vacants. Les programmes d’échanges universitaires et culturels sont réduits. Les financements destinés à Voice of America et aux instruments de diplomatie publique sont revus à la baisse.
Les militaires avancent leurs bottes
Dans le même temps, le commandement militaire pour l’Afrique s’active. En mai dernier, devant le Congrès, le général Dagvin Anderson, commandant des forces américaines pour l’Afrique, a donné le ton. Selon lui, l’Afrique de l’Ouest est devenue « le centre de gravité du djihadisme mondial ». Ce constat justifie à lui seul un renforcement des partenariats sécuritaires. Au Nigeria, des militaires américains ont été redéployés afin d’appuyer la lutte contre Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Les ventes d’armes et les transferts d’équipements se poursuivent.
Au Cameroun, Washington prépare son retour dans une région qu’il connaît bien. Dès 2015, plusieurs centaines de militaires américains avaient été déployés à Garoua afin de fournir du renseignement et des capacités de surveillance aux forces engagées contre Boko Haram. Dix ans plus tard, les mêmes recettes réapparaissent. La Côte d’Ivoire s’impose également comme l’un des partenaires privilégiés de cette nouvelle séquence. Les exercices Flintlock 2026, les programmes de formation et les coopérations logistiques témoignent d’une volonté américaine de renforcer les États côtiers du Golfe de Guinée face aux menaces venues du Sahel.
Les États de l’AES courtisés
Mais Washington ne se contente pas de consolider ses positions sur le littoral. Dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), pourtant devenus le symbole du recul occidental, les autorités militaires font l’objet d’un patient travail de reconquête.
Au Mali, Reuters révélait en mars dernier que les États-Unis étaient sur le point de conclure un accord permettant la reprise de certaines opérations de renseignement. Au Burkina Faso, les discussions en sont encore au stade exploratoire. Elles portent notamment sur la coopération antiterroriste et sur un éventuel assouplissement des restrictions pesant sur les ventes d’équipements militaires, une demande récurrente de Ouagadougou. Lorsqu’il s’agit de faire revenir les brebis égarées au bercail, Washington remobilise l’aide !
Ainsi, en février 2026, Washington et Ouagadougou ont signé un protocole de coopération sanitaire de cinq ans. L’accord prévoit jusqu’à 147 millions de dollars de financement américain afin de renforcer la lutte contre le VIH, le paludisme et les futures épidémies. Au Niger après la fermeture de la base d’Agadez en 2024, le réengagement américain s’annonce timidement. En mai 2026, Washington a livré aux forces armées nigériennes neuf conteneurs d’équipements militaires d’une valeur de 2,3 millions de dollars. Et là encore, l’assistance sécuritaire s’accompagne d’un volet civil. En février, les deux pays ont signé u mémorandum d’entente sanitaire de cinq ans. Cet accord d’environ 178 millions de dollars illustre surtout la volonté américaine de maintenir des points d’ancrage dans un pays que le Pentagone croyait définitivement perdu.
Le retour de la doctrine Obama
Malgré son rejet affiché de l’héritage de Barack Obama, Donald Trump reprend en Afrique l’une des principales doctrines sécuritaires élaborées durant les années 2010 : le light footprint ou « empreinte légère ». L’idée est simple : éviter les interventions massives et coûteuses en s’appuyant sur le renseignement, les drones, les forces spéciales et les armées locales plutôt que sur de grands déploiements de troupes américaines. Non seulement cette approche coûte moins cher mais, plus discrète, elle limite les phénomènes de rejet que suscitent les interventions étrangères. Elle offre en outre un avantage supplémentaire : lorsque la situation sécuritaire se dégrade, la puissance étrangère évite le coût politique d’un engagement direct. – Au passage, il est intéressant de noter qu’Emmanuel Macron, après bien des mésaventures, a lui aussi découvert les vertus de l’empreinte légère et tente désormais d’appliquer la recette. –
Sous Obama, cette présence militaire discrète s’inscrivait dans un dispositif beaucoup plus large associant aide au développement, diplomatie, et soutien aux sociétés civiles. Hard power et soft power fonctionnaient alors de concert. L’administration Trump fait le pari que l’un fonctionnera sans l’autre. Rien n’est moins certain. D’autant que la Chine et la Russie renforcent leurs dispositifs d’influence en Afrique et jouent, elles, sur tous les tableaux.










Un message, un commentaire ?