Édition du 15 septembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Ha ! Si j’avais beaucoup d’imagination, j’aurais aimé écrire une série d’émissions sur les Autochtones

La série Unité 9 télédiffusée à Radio-Canada est très intéressante, car elle nous permet d’avoir une meilleure compréhension de ce que peut être la vie en prison, brisant ainsi de nombreux préjugés. En écoutant cette série, je me suis dit que si j’avais eu le talent, beaucoup d’imagination, et accès aux médias, j’aurais aimé écrire une série d’émissions sur les Autochtones qui aurait pu être fort instructive sur l’histoire passée et actuelle des peuples qui composent le Canada.

Au tout début de la série, on aurait appris comment les colonisateurs français et anglais s’y sont pris pour entrer dans la maison des premiers habitants de cette terre qui deviendra plus tard notre pays, comment ils ont associé entre autres les nations Iroquoises et Huronnes à leurs guerres de conquêtes pour en exploiter les ressources… puis comment a commencé l’extermination des Amérindiens par les maladies des blancs d’abord, puis ensuite par les armes jusqu’à la pendaison de leurs leaders comme celle de Louis Riel lorsque la politique d’assimilation ne fonctionnait pas.

À mesure que se développeraient les intrigues, on apprendrait que Dollard des Ormeaux n’était pas un homme courageux qui protégeait les bourgades contre les méchants Iroquois, mais plutôt un chasseur de têtes qui les massacrait grâce aux armes supérieures dont il disposait. Que les missionnaires qui devaient apporter la bonne nouvelle n’étaient pas des martyres au cou desquels on attachait des haches rougies au feu de la haine, mais plutôt les responsables de la conquête idéologique visant à faire reconnaître à ces âmes primitives que le roi était le digne représentant de Dieu et qu’ils devaient se soumettre à son autorité… et céder leurs terres !

Au cours d’autres émissions, on verrait que les blancs sont maintenant bien établis d’un océan à l’autre et qu’ils sont les plus compétents pour développer le pays. Bien sûr les « Indiens » auraient des territoires bien à eux que l’on appellerait des réserves régies par la Loi de 1876 dite « l’acte des Sauvages » qui stipule que les résidents des réserves ont un statut de mineurs sous la tutelle du gouvernement fédéral ! De ces réserves on enlèverait les enfants pour les amener à l’école des blancs en leur coupant les cheveux, en leur enlevant leurs vêtements primitifs, en leur interdisant de parler leur langue, bref en éliminant toute trace de leur culture. On verrait dans cette portion de la série comment les descendants des colonisateurs les ont affamés, violés, battus et rendus malades. On y verrait comment 50% de ces enfants ont trouvé la mort dans ces « camps d’extermination » suite à ces traitements ignobles, et aussi comment les survivants vivent et souffrent encore aujourd’hui.

Dans un autre épisode plus récent, nous verrions certaines jeunes autochtones quitter l’enfer des réserves, ces ghettos où ces peuples ont été confinés, où la boisson et la drogue produites par les blancs a remplacé la chasse et la pêche. On apprendrait comment la violence des réserves, pour celles qui arrivent en ville, est remplacée par la violence de la prostitution et comment des dizaines d’entre elles ont été assassinées dans l’indifférence générale des habitants de ce beau pays.

Vers la fin de cette prenante série, on apprendrait qu’ils ne comprennent pas qu’on les accuse de mauvaise gestion alors que leurs terres ancestrales ont été prises et massacrées par l’exploitation des mines, des forêts et des cours d’eau. Eux qui croyaient avoir seulement cédé un droit de passage ! Que les blancs, en bon gestionnaires, puissent dépenser 25 milliards par année pour des armes qui serviront à conquérir de nouvelles ressources dans d’autres pays… alors qu’eux doivent vivre sur des réserves où l’eau a été contaminée, où les maisons sont dans un état lamentable, où l’éducation n’est pas accessible. On comprendra finalement pourquoi ils sont indignés de cette triste histoire d’autant plus que le chef blanc, digne représentant de la reine au Canada, tarde autant avant de leur accorder une quelconque attention... Idle no more ! L’apathie c’est fini !
Pierre Lavergne

Mots-clés : Canada
Pierre Lavergne

Pierre Lavergne, La Gazette de la Mauricie, Trois-Rivières, mai 2012

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