Édition du 16 juin 2020

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Politique québécoise

IEDM : un PDG mieux rémunéré que le premier ministre

L’Agence du revenu du Canada a beau reconnaître le statut officiel d’organisme de bienfaisance à l’Institut économique de Montréal (IEDM), son président et directeur général, Michel Kelly-Gagnon, ne fait pas dans la charité pour autant. En tout cas, pour ce qui est de son salaire.

Pendant que le salaire minimum est trop élevé pour les autres…

En effet, la consultation de la Déclaration annuelle faite par l’IEDM à l’Agence du revenu du Canada en 2010 permet d’apprendre que son PDG a touché, cette année-là, un salaire se situant entre 200 000 $ et 250 000 $. Comme quoi, il a beau diriger les destinées d’un organisme de « bienfaisance », le grand patron de l’Institut est loin d’être la « Mère Teresa » du Québec…

Avec seulement cinq employés sous sa supervision, le PDG de l’IEDM est mieux rémunéré que le premier ministre du Québec qui, en 2011, recevra 175 045 $ de l’État québécois. Pas mal pour le PDG d’un organisme qui milite pour l’abolition du salaire minimum, le jugeant encore « trop élevé » et « non mérité » pour bien « des jeunes, des femmes et des chômeurs sans expérience et tous ceux dont la productivité est trop faible » (dixit Nathalie Elgrably-Lévy, économiste à l’IEDM).

Des syndiqués du secteur public revendiquent « le ventre plein »…

Le mépris de l’économiste ne s’arrête pas là puisque dans sa chronique publiée le 18 mars 2010 dans le Journal de Montréal, soit 48 heures avant le grand rassemblement des syndiqués du secteur public tenu à Montréal dans le cadre des dernières négociations du secteur public, elle reprochait aux fonctionnaires et aux professionnels de manifester « le ventre plein ». Quant aux personnes qui pourraient être choquées de constater que la rémunération moyenne des PDG des 500 plus grandes entreprises s’élève à 12,8 millions de dollars, selon le magazine Forbes, Nathalie Elgrably-Lévy rejette ces critiques du revers de la main en laissant sous-entendre que cela vient de gens « envieux ».

Il ne faut pas « envier » les millions des dirigeants d’entreprise méritants

Le plus ironique est que l’économiste de l’IEDM pousse sa défense de l’indéfendable en soutenant que la rémunération des dirigeants d’entreprise n’est pas l’affaire du commun des mortels puisqu’il s’agit d’ententes privées négociées entre deux parties consentantes. « Et si on accepte qu’une tierce partie s’immisce dans une négociation privée à laquelle elle n’est pas conviée, où cela s’arrêtera-t-il ? », demande-t-elle. Malheureusement, Nathalie Elgrably-Lévy ne démontre pas la même discrétion lorsqu’il s’agit des négociations dans le secteur public ou de l’augmentation du salaire minimum pour les gens qui sont parmi les moins privilégiés de notre société…

L’économiste de l’IEDM sachant très bien que lorsqu’on est à court d’arguments, la meilleure défense demeure toujours l’attaque, elle s’empresse de terminer sa réflexion sur la rémunération des dirigeants d’entreprise en écrivant ce qui suit : « On pourrait aussi se demander pourquoi personne ne s’intéresse à la rémunération des présidents des centrales syndicales. Ces chiffres permettraient pourtant de faire des comparaisons intéressantes ! »

Des chefs syndicaux loin derrière

Belle manœuvre de diversion, mais qui ne tient pas la route. Les salaires des chefs syndicaux sont infimes comparativement à ceux versés aux dirigeants des grandes entreprises. La majorité des chefs syndicaux gagnent à peine la moitié de la rémunération versée au PDG de l’IEDM. Nathalie Elgrably-Lévy n’a qu’à relire à ce sujet un reportage réalisé par un journaliste de Quebecor, à la demande de ses grands patrons, pour tenter de discréditer les porte-parole du Front commun lors du lancement des dernières négociations dans le secteur public. Force lui sera alors de reconnaître la réalité.

Tout s’explique

On comprend maintenant beaucoup mieux que l’IEDM ait retenu comme slogan Des idées pour « enrichir » le Québec quand on découvre le salaire versé à son PDG. C’est ce qu’on appelle mettre en pratique… ce que l’on prêche. Mais pour ce qui est des grandes leçons de morale économique au reste du Québec, disons que la crédibilité de l’IEDM n’est pas au mieux.

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