Édition du 7 décembre 2021

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Politique québécoise

Il y a de très bonnes raisons de sonner l'alarme sur la forêt québécoise

La semaine dernière, l’Institut économique de Montréal (IEDM) publiait une vidéo de six minutes sur les « bienfaits » des coupes forestières au nord du Lac St-Jean (http://www.iedm.org/fr/46008-l-etat-de-la-foret-au-quebec(, dénonçant du même coup le « discours alarmiste » face à l’état de notre forêt. Cette vidéo, qui prétend présenter l’ « État de la forêt québécoise », a un mérite : elle ramène le dossier de la forêt en avant-plan, ce dossier qui malheureusement tombe entre les craques du tapis médiatique depuis trop longtemps. Or, ce coup de marketing témoigne d’une profonde déconnexion entre le milieu de la recherche et le discours de l’industrie forestière (ou de ceux qui sont à leur solde).

L’auteur est Directeur de Greenpeace au Québec.

Alors que se multiplient les études scientifiques démontrant les réels impacts des coupes forestières et de la fragmentation du territoire, le pamphlet de l’IEDM passe complètement sous silence les nombreux avertissements du milieu académique quant aux répercussions de l’exploitation industrielle sur nos forêts. Que ce soit les impacts qu’ont les coupes à blanc sur l’écosystème, la menace qui pèse sur la biodiversité et certaines espèces comme le caribou forestier, la disparition des forêts vierges, le rajeunissement des peuplements forestiers, le manque d’aires protégées, le respect des revendications autochtones, l’amélioration des pratiques de récolte, l’importance de voir la forêt comme un écosystème complexe et diversifié plutôt qu’un champ d’arbres prêt à récolter, etc., la littérature scientifique abonde. Il suffit de bien vouloir la lire.

Le dernier rapport scientifique sur l’état du caribou forestier en territoire Cris (Nord-du-Québec et nord du Lac-Saint-Jean) (http://chaireafd.uqat.ca/publication/articlePDF/2012RapportFinalCaribouForestierBaieJames_EeyouIstchee.pdf) est un bon exemple. Les chercheurs mandatés par le ministère des Ressources naturelles et le Grand Conseil des Cris concluent que l’habitat de cette espèce (les vieilles forêts et les zones sans perturbation humaine) est rendu si rare que toute activité industrielle additionnelle provoquera un déclin de l’espèce et ainsi menacé sa survie. Ce même rapport conclut que les coupes forestières doivent cesser et que de grandes aires protégées doivent être créées rapidement afin d’éviter la disparition de l’espèce dans cette région.

La veille de la parution de l’« infopub » de l’IEDM, Greenpeace publiait des images satellites démontrant l’empreinte de l’industrie forestière vue de l’espace entre 1984 et 2012 (http://www.greenpeace.org/canada/fr/Blog/le-lac-st-jean-coup-blanc-vido-satellite/blog/46835/). Ces images au nord du Lac St-Jean ne mentent pas : la course de l’industrie forestière vers le nord et la montée des chemins et coupes forestières a pris des proportions titanesques. À l’échelle de la forêt québécoise, les analyses satellitaires montrent que prêt de 90% du territoire au sud de la limite nordique des coupes forestières (51e parallèle) a été coupé ou fragmenté. Alors que le Québec protège à peine 5% de ce territoire forestier (et 9% pour l’ensemble de la province), oui il y a matière à sonner l’alarme. De prétendre le contraire peut bien sûr plaire à la grande industrie en quête d’écoblanchiment, mais ça n’aide en rien à régler les grands défis du monde forestier québécois.

S’il y a place à l’exploitation forestière et que certaines avancées importantes ont été faites dans les dernières années, il reste encore beaucoup de chemin à faire afin de garantir la santé de nos forêts. Les solutions sont multiples, allant de la création de grandes aires protégées à la mise en place de techniques de coupe moins agressives, du respect des visées autochtones à la diversification de l’économie régionale. Nous sommes convaincus que pour régler la crise écologique, sociale et économique en forêt, il vaut mieux faire face aux problèmes plutôt que de dépeindre un portrait rose bonbon de la situation.

Nicolas Mainville

Greenpeace Canada

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