Édition du 11 mai 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique canadienne

Billet sur le gouvernement Harper

L’art de gouverner en nivelant vers le bas

Il existe des êtres si petits que l’idée même de grandeur ne saurait effleurer leur esprit. C’est comme une tare génétique irréversible. Mais il y a plus taré encore : ceux qui sont si petits qu’ils rapetissent tout ce qu’ils touchent. Stephen Harper et ses acolytes sont de cet acabit. En nivelant vers le bas tout ce qui logiquement devrait plutôt élever le niveau de sécurité et de qualité de vie des citoyens, ils compromettent la pérennité des structures et institutions susceptibles de nous assurer un maximum de sérénité et de confiance dans notre quête du bonheur via le labeur quotidien, les relations personnelles et sociales et les services publics.

N’est-ce pas ce qui s’est produit dans la catastrophe de Mégantic ! En rabaissant au plus strict minimum les règles de sécurité ferroviaire pour complaire à certains intérêts, la table était mise pour un drame inéluctable, ce n’était qu’une question de temps et de circonstances. D’entrée de jeu, l’ex-ministre des transports Lebel a déclaré que les conservatives avaient respecté toutes les normes de sécurité et n’avaient donc rien à se reprocher, omettant évidemment d’admettre que ces normes inadéquates avaient justement été maintenues en place par eux-mêmes en dépit de multiples démarches de diverses instances pour les convaincre de renforcer la règlementation dans les transports ferroviaires, prioritairement sur quelques lignes dramatiquement déficientes. À maintes reprises au fil des dernières années, le NPD et le Parti Vert du Canada ainsi que les syndicats, Greenpeace et le Bureau de la sécurité des transports, avaient réitéré leurs recommandations et revendications en ce sens. Mais les conservatives, qui savent tout mieux que tout le monde, n’avaient pas bronché. Comme par hasard, les nouvelles règles annoncées récemment corrigent justement celles mises en cause dans la catastrophe de Mégantic.

Quant au temps de réaction des conservatives pour annoncer une aide à la région touchée, on a bien vu que le ministre Paradis, député de la région éprouvée, était lui-même mal à l’aise de prétexter la lourdeur bureaucratique pour justifier le long délai de dix-sept jours, ajoutant qu’il n’y avait pas au départ de budget pour ce genre de situation. Comme si le gouvernement ne disposait pas de budgets discrétionnaires pour faire face à des urgences découlant d’accidents majeurs naturels ou autres ! Pour les inondations de Calgary, temps de réaction : 24 heures. Mégantic : 17 jours. L’équation est facile à faire. Il aura fallu les visites d’un Prime Minister, de deux ministres successifs des transports et d’un député-ministre de la région pour aboutir à un 60 millions consenti du bout des lèvres. Ce qui n’a pas empêché le ministre Paradis de glorifier la célérité de son gouvernement.

Quand la situation ne nous convient pas, on attend que les secours se mettent en branle de toutes parts et on applique notre procédure habituelle d’attentisme et de mimétisme pour sauver la face. Rappelons-nous ce qui s’est passé lors de la dernière guerre de Beyrouth. Alors que tous les pays concernés procédaient déjà au rapatriement de leurs citoyens coincés à Beyrouth, nos ti-clins tergiversaient encore sur la pertinence de le faire, à tel point que les Canadiens devaient quémander l’aide des autres nations pour se tirer d’affaire. Et le ti-clin en chef avait tenté de sauver la face en faisant un crochet par Chypre pour prendre à son bord quelques réfugiés et faire bonne figure.

Écoeurement d’un océan à l’autre

Les conservatives ont écoeuré tout ce qui pouvait être écoeuré d’un océan à l’autre : les producteurs de blé, les travailleurs saisonniers, les travailleurs syndiqués, les chômeurs, les diplomates, les professeurs et étudiants, les pêcheurs, les mineurs, les statisticiens, les coopératives de logements sociaux, les politiciens, les juristes et avocats, les ONG, les défenseurs des droits humains, les autochtones, les chefs de police et les victimes d’actes criminels, les professionnels travaillant en prévention du crime et de la toxicomanie, les associations de défense des droits des femmes, les Canadiens mal pris à l’étranger, les environnementalistes, toutes les provinces sauf l’Alberta bien sûr, les parlementaires…, et même les scientifiques en coupant dans presque tous les programmes de recherche. Faut-il s’étonner de ce dernier point, quant on sait que le ti-clin a été capable de nommer Ministre délégué à la science un créationniste qui croit que l’univers fut créé en six jours il y a quelque 35 000 ans, ceci à l’encontre de toutes les sciences, de l’astrophysique à la génétique, en passant par l’archéologie, la géologie, la glaciologie, etc.!

Même la Cour Suprême ne peut plus s’empêcher d’exprimer son exaspération face aux mesures abusives et dilatoires de ce gouvernement qui la considère comme un outil de gouvernance plutôt que comme un instrument de justice.

Environnement

Ils accusent ceux qui s’opposent à leurs politiques anti-écologiques d’être des éco-terroristes à la solde d’intérêts étrangers et de ternir l’image du Canada. Comme si les conservatives avaient besoin de quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes pour salir le Canada, alors qu’ils nous ont fait le déshonneur de nous retirer du Protocole de Kyoto sous divers prétextes, quand la seule raison en était de pouvoir augmenter drastiquement l’exploitation des sales sables bitumineux ; alors qu’ils nous ont fait le déshonneur d’être le seul état à se retirer du traité international de lutte à la désertification ; alors qu’ils nous ont fait le déshonneur d’être refusé comme membre du Conseil de sécurité de l’ONU à cause de leur mépris affiché pour cette organisation. Après ça, on se demande bien quels pourraient être les intérêts étrangers intéressés à payer qui que ce soit pour ternir l’image du Canada !

Selon la nouvelle stratégie antiterroriste du gouvernement Harper, s’opposer aux conservatives en matière d’exploitation des ressources naturelles est désormais considéré comme un crime économique et une trahison contre le pays. Comme s’il n’y avait plus place en ce pays pour l’opposition, le débat, la diversité des politiques et des modes de gouvernance, la démocratie en somme. Ils vont même jusqu’à menacer les opposants de poursuites judiciaires, ce qui ravale le gouvernement canadien au rang des initiateurs de poursuites bâillon, comme la multinationale Produits forestiers Résolu et son action de sept millions contre Greenpeace, type de poursuite contre lequel le Gouvernement québécois a voté une loi en 2009 pour protéger la liberté d’expression contre ces procédés d’intimidation et de dissuasion. Exemple de plus démontrant que les conservatives confondent Canada et parti conservateur, valeurs canadiennes et valeurs conservative !

Ils ont saboté tous les outils législatifs et administratifs de protection de l’environnement mis en place au cours des quelque vingt dernières années, réduisant à néant toute possibilité légale d’empêcher les compagnies et le gouvernement lui-même de saccager à volonté la faune, la flore, l’air, l’eau et les sols, au profit de quelques uns et au détriment de l’ensemble des citoyens.

D’une main, ils créent le Parc national de L’île de sable et de l’autre ils autorisent Exxon Mobil à forer dans ce parc. Ils autorisent aussi le forage à proximité du Parc Gros-Morne, mettant ainsi en péril l’intégrité même de ce parc et son classement éventuel au Patrimoine de l’humanité de l’UNESCO. L’exploitant Black Spruce Exploration dit se conformer à la lettre au processus de révision environnementale, ce processus créé par les conservatives qui n’est qu’un nivellement vers le bas de toute réglementation antérieure pour prioriser les intérêts industriels plutôt que la protection réelle de l’environnement. Tout comme ils ont totalement déréglementé l’exploitation des sales sables bitumineux.

Récemment, en réponse à l’exigence du Président Obama concernant son approbation possible du pipeline Keystone XL, à savoir que ce projet n’implique aucune augmentation des GES, le ministre Oliver déclarait que ce projet ne produirait aucune augmentation de ces gaz. Même le chimpanzé le moins doué verrait tout de suite l’illogisme d’un tel raisonnement, puisque le Keystone est une condition pour accroître drastiquement la production du pétrole des sables bitumineux, ce qui implique nécessairement une augmentation phénoménale de GES, tant lors de l’extraction elle-même que lors de la consommation de ce pétrole connu pour être plus polluant que le pétrole conventionnel. Malheureusement pour nous, nous ne sommes pas gouvernés par des chimpanzés, mais par des conservatives bornés, ignares et arrogants.

Et après toutes ces merdouilles écologiques et anti-démocratiques, ils poussent le cynisme jusqu’à dépenser seize millions de fonds publics en publicité pour tenter de nous faire croire qu’ils respectent l’environnement et la volonté citoyenne, claironnant qu’ils ont augmenté les amendes pour des infractions qui, à toutes fins pratiques, n’existeront plus, les conservatives ayant totalement nivelé vers le bas les normes et les règlementations à respecter.

Protection et réhabilitation des enfants-soldats

Alors que son grand ami Georges the Butcher, en mentant à son propre peuple et à tous ses alliés incluant le Canada, a envoyé à la mort des milliers de jeunes américains et quelques centaines de milliers d’Iraquiens, dont une grande proportion d’enfants, sans que Harper ne réprouve en aucune façon ce crime de guerre contre l’humanité, ti-clin a dépensé jusqu’à présent plus de cinquante millions de dollars pour parvenir à ne pas respecter les droits fondamentaux d’un enfant soldat citoyen canadien, ceci en irrespect flagrant des obligations du Canada envers le traité international sur la protection et la réhabilitation des enfants soldats. Et comble du mépris, en échange du respect de son droit au rapatriement, ils ont tenté de convaincre Khadr de renoncer à cet autre droit de poursuivre le gouvernement pour le non respect de ses droits, en sachant bien que poursuite il y aura un jour et que cette poursuite mettra en lumière toutes leurs ignominies.

Immigration

En matière d’immigration, ils ont saboté les mécanismes de décision et d’appel pour les demandeurs d’asile au Canada, prétendant réduire ainsi le temps d’attente et favoriser un meilleur traitement des dossiers, alors que dans les faits leurs nouvelles règles ne leur servent qu’à expulser rapidement et sans discernement un plus grand nombre de personnes, mettant dans le même paquet les quelques criminels potentiels et la grande majorité de véritables réfugiés. L’ex-ministre de la sécurité publique Toews a même autorisé la production et le financement public d’une émission de télé-réalité filmant jusque dans leur demeure les personnes ainsi mises en arrêt, sans aucun égard pour leur intimité et leur dignité. Une autre démonstration flagrante de la petitesse mesquine conservative est le cas de la famille française Barlagne qui a failli être expulsée parce que leur fillette est légèrement handicapée, alors que cette famille est bien établie au pays et financièrement autonome. Cheap and mean as usual !

Palette de couleurs et valeurs canadiennes

Ils disent ne pas s’opposer à l’avortement mais coupent les vivres aux ONG qui incluent l’avortement dans leur programme de planning familial auprès de populations défavorisées, et ce même si la valeur canadienne sur ce sujet est que l’avortement est légal au Canada, en plus de favoriser les ONG à caractère évangélique au détriment des ONG laïques. Ils nient être homophobes, mais financent sans condition des collèges privés dont le code de conduite est ouvertement homophobe, alors que la valeur canadienne réprouve l’homophobie, sans compter que le ti-clin en chef adhère à un mouvement évangélique qui considère l’homosexualité comme un crime. Ils disent ne pas être pour la peine de mort, mais lorsque l’ex-ministre Cannon a dû s’expliquer sur le refus du gouvernement Harper de demander la grâce d’un Canadien condamné à mort aux USA, il n’a rien trouvé de mieux que de déclarer « La grâce, ça se mérite » ; et bien sûr, ce sont les valeurs des ti-clins conservatives qui servent de référence pour évaluer le mérite et non la valeur canadienne qui est contre la peine de mort. Ils déclarent à outrance être du côté des victimes d’actes criminels, mais refusent d’entendre celles-ci qui leur demandent de ne pas détruire le registre des armes. Les valeurs canadiennes déclarent illégales l’usage de certaines armes d’assaut, mais les ti-clins approuvent la fabrication de ces armes au Canada et leur vente à l’étranger. Ils disent diminuer le budget militaire, mais font tout pour cacher aux élus, donc aux citoyens, les dépassements de coût faramineux pour l’achat des F-35. Et ainsi de suite ad nauseam !

Et ils osent prétendre que leur comité bidon censé défendre la liberté de religion dans le monde fera aussi la promotion des valeurs canadiennes à l’étranger. Quelles valeurs ! Pleutrerie et fourberie, cynisme, détournement de démocratie, irrespect des droits humains, intégrisme chrétien, destruction de l’environnement tous azimuts, mépris envers le parlementarisme ! Si les valeurs conservatives correspondaient aux vraies valeurs canadiennes, les ti-clins n’auraient pas à constamment tenter de sauver la face, ils assumeraient et appliqueraient leurs valeurs ouvertement et franchement.

Au lieu de ça, si vous dites à un conservative qu’il peint en vert, il vous répondra à coup sûr : « Au contraire, j’utilise un mélange de bleu et de jaune », ce qui est la même chose. Ils me font penser à ces chiots qui, après avoir fait une crotte sur le parquet, regardent n’importe où sauf vers leur maître, l’air de se dire : « Si je ne le regarde pas, il ne me verra pas ! » Hé bien justement, nous les voyons, nous vous voyons, les ti-clins ! Vos principes et vos arguments sont si pathétiquement grotesques et insignifiants, avec votre air de vous croire vous-mêmes, qu’on serait tenté d’en rire et même de vous prendre en pitié si vous n’étiez si dangereux pour la sécurité et le bien-être des citoyens.

Points sur les i et jugeotte

Dans mon coin de pays, pour décrire une personne ayant fait du tort et le niant malgré toutes les preuves et évidences, les gens avaient une expression du terroir savoureuse et on ne peut plus significative. On disait : « Assez ch !en pour faire le mal pis trop ch !eux pour l’admettre ! » Évidemment, les points d’exclamation ne servent qu’à atténuer l’apparente véhémence des points sur les i, mais le concept même reflète cette valeur toute simple qu’on appelle avoir de la jugeotte, ce mélange de bon sens et de bonne foi qui fait totalement défaut aux conservatives.
Et dire que nous devons les supporter jusqu’en 2015 ! Vivement les élections qu’on puisse leur botter le cul hors du pouvoir !

Robert Duchesne, Trois-Rivières

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