Édition du 29 novembre 2022

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Europe

L’état désastreux de l’armée russe, reflet fidèle des tares du poutinisme agonisant

Pourquoi Poutine bombarde-t-il maintenant « massivement » les villes ukrainiennes ? Pourquoi envoie-t-il ses missiles contre leurs infrastructures et leurs populations ? Pourquoi massacre-t-il les civils ? Mais, tout simplement parce qu’il a déjà perdu la guerre ! Parce que son armée n’arrive pas à briser la résistance des Ukrainiens. Ou plutôt, parce que son armée recule, accumule les défaites, est démoralisée et risque de s’effondrer.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Alors, en désespoir de cause, Poutine limoge l’un après l’autre ses généraux et change de tactique. Il emploie les « grands moyens » avec un seul objectif : briser le moral des Ukrainiens, de la population ukrainienne. Peine perdue. La preuve ? Voici deux précédents historiques (de taille) parmi tant d’autres : Les Américains l’ont fait au Vietnam avant lui, et de façon bien plus meurtrière, mais ils n’ont fait que renforcer la détermination et la combativité de ce petit peuple martyrisé. Et avant eux, Adolphe Hitler l’a fait systématiquement rasant Coventry et en partie Londres, sans que le moral des Britanniques soit brisé. Pourquoi ? Mais, parce que ces populations croyaient profondément à la justesse de leur combat, et en plus avaient les moyens matériels (une bonne organisation et une bonne armée) pour résister et pour vaincre. Exactement comme les Ukrainiens aujourd’hui…

Cependant, ni le courage, le talent, la bonne organisation et la détermination des Ukrainiens, ni leur armement par les occidentaux ne suffiraient pour provoquer l’actuel naufrage des projets impérialistes de Poutine s’il n’y avait pas une réalité totalement inattendue : l’état véritablement catastrophique de l’armée russe. Pourquoi « inattendue » ? Mais, parce ce n’est pas seulement Poutine qui est surpris par les performances lamentables de l’armée russe. Surpris également sont tous les gouvernants et surtout tous les stratèges occidentaux, qui avaient une haute idée de l’armée russe, de son armement, de sa direction et de ses troupes.

Tout d’abord, l’armement de cette armée russe laisse terriblement à désirer étant insuffisant et vieilli. A qui la faute ? Mais, manifestement à la corruption de ses responsables qui cachaient la vérité tout en empochant les crédits en hausse continue investis par le Kremlin à la nécessaire modernisation de ses forces armées. C’est comme ça que quelques mois de guerre ont suffi pour que l’armée russe manque de munitions, et soit contrainte d’en acheter à la Corée du Nord (des obus, des balles…) et à l’Iran (des drones) ou d’en « emprunter » à la Biélorussie (des blindés).

Mais, ce n’est pas tout. Ça fait maintenant des mois que l’armée russe envoie au combat des blindés des années 70 ou même 60 (!) et lance contre les villes ukrainiennes des missiles datant de l’époque soviétique, qui ont le défaut de viser des objectifs de manière très approximative et avec des énormes marges d’erreur. En général, la logistique de l’armée russe est plus que problématique et ce n’est pas le chef propagandiste et journaliste personnel de Poutine, le tristement célèbre Vladimir Soloviev qui nous démentirait, quand, soir après soir dans son émission phare de la télévision russe, il peste dernièrement contre « ceux du ministère de la défense », les tenant responsables de l’état pitoyable des militaires russes qui manquent carrément de tout, même de nourriture, d’armes et d’uniformes !

Voici donc une des raisons qui font que le Kremlin fait de plus en plus appel à des milices privées pour faire la guerre en lieu et place de ses forces armées. Il s’agit tout d’abord du groupe de mercenaires « Wagner » de l’ancien braqueur de banques et prisonnier de droit commun Prigojine, qui s’est enrichi en obtenant (de Poutine) le privilège d’approvisionner le Kremlin mais aussi l’armée russe par sa société de restauration ! Prigojine qui insulte régulièrement les généraux russes et leur ministre de la défense, n’hésitant pas à demander leur mise à la retraite ou même leur exécution, a défrayé dernièrement la chronique en envoyant aux médias de longues vidéos où il se met en scène par exemple dans la cour d’une prison au milieu des dizaines de prisonniers de droit commun qu’il recrute en leur promettant, dans un langage très vulgaire et cru, une pension s’ils arrivent… à survivre après six mois de service dans les rangs de « Wagner » !(La video : https://information.tv5monde.com/video/russie-le-chef-de-wagner-recrute-des-prisonniers).Toutefois, le recours de Poutine aux services des mercenaires de Prigojine ou du Tchetchen Kadyrov n’est pas sans danger : ces deux truands devenus seigneurs de guerre, ne manquent pas d’ambition politique et ne cachent plus qu’ils voudraient prendre le contrôle du ministère de la défense ou même… devenir calife à la place du calife…

Cependant, ce n’est pas seulement Prigojine et les siens qui recrutent leurs mercenaires dans les prisons et les bas-fonds de la société. L’État russe et son armée font de même allant jusqu’à publier des petites annonces promettant réductions de peines et autres avantages aux intéressés ! Et tout ça bien avant la récente« mobilisation partielle » qui a révélé aux yeux de tout le monde, la réalité d’une armée russe, véritable repoussoir pour la jeunesse du pays. En effet, rien de plus éloquent que le spectacle de ces centaines de milliers de jeunes russes qui fuient par tous les moyens leur patrie, préférant s’exiler plutôt que servir dans une armée délabrée et qui traite – traditionnellement – ses soldats avec sadisme, pire que des animaux !

Le résultat de tout ça est actuellement devant nos yeux en Ukraine : des soldats russes qui offrent de plus en plus l’image de soldats démoralisés, indisciplinés, mal équipés, abandonnés à leur sort par leurs supérieurs, souvent affamés et ivres-morts, qui pillent, violent et massacrent des civils. Connaissant les objections – parfois véhémentes – de certains quand ils entendent parler des viols des civiles commis par des soldats russes, nous nous empressons d’y répondre d’avance : malheureusement, ce qui est une tradition dans toutes les armées du monde, a pris parmi les militaires russes des dimensions cauchemardesques. Un exemple historique mais de taille : « le nombre de femmes violées en Allemagne en 1945 par des soldats de l’Armée Rouge est estimé à près de deux millions » [1]. Des viols de masse qui se terminaient souvent avec l’assassinat atroce des victimes, tandis que les supérieurs des soldats « toléraient » ou même encourageaient parfois leurs actes.

Il y a eu une exception qui confirme ce qui était la règle : le fameux général soviétique Koniev, fit fusiller 40 de ses soldats-violeurs devant tous les autres, et le résultat a été qu’« il n’y a eu aucun cas de viol après ça ». Connaissant de nouveau d’avance les objections de certains, du genre « tout ça est de la propagande occidentale », nous répondons que les principaux témoignages concernant ces viols de masse proviennent des militaires soviétiques qui en étaient les témoins oculaires. Un des plus connus de ces témoins oculaires a été Lev Kopolev, alors capitaine de l’Armée Rouge en fonction à Berlin, qui a eu le courage de dénoncer, en plein stalinisme, ces viols de masse et autres exactions contre des civils commis pas les militaires de l’Armée Rouge. « Détail » plus que éloquent : Pour son acte héroïque, Lev Kopelev, a été condamné à 10 ans de Goulag pour… « propagation d’humanisme bourgeois et pitié envers l’ennemi » !!!

Mais, diront les habituels « incrédules », c’est normal qu’un des dissidents les plus connus comme Lev Kopelev dénigre l’Armée Rouge. Le problème pour ces éternels « incrédules » est que Kopelev a été jusqu’à la fin dissident mais aussi communiste (il a demandé sa réintégration dans le PC après sa réhabilitation en 1956). Et s’ils persistent à objecter, il y a un autre témoignage, encore plus accablant, celui d’un autre officier mais aussi journaliste de l’Armée Rouge, qui a fait toute la campagne de guerre, de Stalingrad à Berlin. Il s’agit de celui qui a été peut être le plus grand écrivain soviétique, de Vassili Grossman qui a dépeint comme nul autre dans plusieurs de ses livres tant la grandeur et l’héroïsme que les crimes de guerre de l’Armée Rouge.

Finalement, au-delà de toutes ses perversions et tares gravissimes, ce qui manque le plus aujourd’hui à l’armée russe c’est la conviction de se battre pour une cause juste. Et il va de soi que l’évocation par Poutine des droits prétendument historiques de la Grande Russie éternelle sur l’Ukraine, ou pire, la désignation des Ukrainiens par les amis de Poutine comme « satanistes », « diaboliques », « sorciers » et autres « démons » qui doivent être exterminés, ne peut inspirer que ceux qui sont déjà convaincus. C’est-à-dire les chauvins grand-russes racistes, fascistes, obscurantistes d’un autre âge et néo-staliniens qui forment la clientèle du régime poutinien.

Raison de plus qui nous pousse à poser encore et encore une question qui reste sans réponse : mais, que font, dans cette galère archi-reactionnaire, criminelle et en perdition, des gens qui se disent de gauche ?…

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Viols_durant_l%27occupation_de_l%27Allemagne

Yorgos Mitralias

Yorgos Mitralias

Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.

http://www.contra-xreos.gr

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