Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

La chronique de Donald Cuccioletta

La gauche américaine et Sanders

En général, les divers mouvements de gauche et progressistes aux États-Unis sont investis dans la campagne de Bernard Sanders. Cette gauche par ailleurs n’a pas une stature nationale, même si elle peut être très active au niveau local (municipal) ou dans certains secteurs de la société.

On l’a déjà dit, le discours de Sanders amène un vent de fraicheur. Il fait sortir au grand jour des thèmes et des idées qui se démarquent de la « grande noirceur » qui sévit dans ce pays de la répression et du spectacle. Explicitement, son message fustige le 1% et Wall Street. Il met clairement de l’avant les revendications populaires les plus importantes comme le salaire minimum à 15$ et les frais de scolarité gratuits dans les universités d’État. Sanders ose même parler de la nécessité d’une révolution politique qui mettrait à terre le système pourri fait et pour les milliardaires qui se présentent comme la « démocratie ». Il est maintenant évident que sa critique porte et atteint de vases secteurs des classes populaires et moyennes. Du jamais vu depuis la campagne du syndicaliste et socialiste Eugene V. Debs au début du 20e siècle.

Quelques courants de gauche n’embarquent pas dans cette approche. Sanders, disent-ils, ne serait pas un « vrai socialiste ». Sanders ne parle que du « socialisme démocratique » (qui est en fait la social-démocratie), plutôt que du socialisme « authentique » de Marx et de Lénine. C’est un peu comique d’entendre cela, dans un pays où le mot même de socialisme est un tabou. En fait, Sanders est en train de réhabiliter cette idée, sous une forme certes modérée, mais qui ouvre des portes. Selon le Boston Globe, 31% de la population dans les États du nord-est se disent socialistes, comme 39% des démocrates en Caroline du Sud. Quand on distingue des groupes d’âge dans ces sondages, on constate que le pourcentage des gens qui n’ont pas peur du mot « socialisme » est beaucoup plus élevé chez les jeunes de 30 ans et moins. Ce n’est pas une petite avancée dans ce pays du capitalisme « pur et dur ».

Une gauche sectaire (notamment le Socialist Eguality Party) reproche à Sanders d’avoir longtemps frayé avec les Démocrates (il était élu sous la bannière indépendante, mais plus souvent qu’autrement, il votait avec les Démocrates contre la droite républicaine). On le critique aussi pour s’être présenté dans les primaires démocrates au lieu de participer au processus sur une base indépendante. Mais en réalité, c’était le seul choix réaliste pour que son nom apparaisse sur les bulletins de vote. Sanders n’a pas la machine ni surtout le cash pour faire une campagne sur ses propres bases, contrairement à des milliardaires comme Ross Perrot (il s’était présenté aux élections de 1998 comme indépendant), Michael Bloomberg (ancien maire richissime de New York) et Donald Trump. Sans participer aux primaires démocrates, Sanders serait resté à l’écart et son message aurait rejoint 100 fois moins de gens.

Une chance que ce point de vue sectaire n’est pas majoritaire au sein de la gauche américaine. Par exemple Hshama Sawant, la conseillère municipale récemment réélue (Seattle) mobilise pour Sanders. Elle affirme en même temps la nécessité de mettre en place un Parti socialiste bien organisé à travers le pays. Elle voit cependant la campagne de Sanders comme une chose positive qui prépare le terrain. Elle comme la majorité des militant-es de gauche pense qu’il faut parler au monde au lieu de se parler à soi-même, d’y aller à petits pas dans un parcours qui demande la patience et la force de marathoniens.

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