Édition du 7 avril 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

La nouvelle vague féministe

Texte tiré du livre Fragments radiophoniques, entrevues avec Daniel Bensaïd, publié aux Éditions du Croquant en février 2020.

Il ne faut jamais manquer de remettre dans leur contexte les propos auxquels on tente de répondre. Surtout si le temps qui nous sépare de ces propos a été le témoin d’évolutions rapides, radicales et inattendues. Si internationalement le mouvement féministe est aujourd’hui un moteur de la lutte des classes, il y a dix ans, la situation était quelque peu différente. Nous étions, semble-t-il, dans le « creux de la vague », et cela est palpable dans l’interview de Daniel. À juste titre, il notait la disparition des publications féministes et le recul des collectifs combatifs, qui ont souffert de près de vingt ans d’institutionnalisation du mouvement des femmes et de récupérations néo-libérales de nos victoires.

Mais au lieu de tourner ses pensées vers l’enjeu majeur que représente l’émancipation de la moitié de l’humanité, Daniel reste, dans l’interview, dans une certaine « zone de confort ». Et c’est ainsi qu’il choisit de rendre hommage au militantisme exemplaire des féministes lutte de classes de notre courant dans les années 70 et 80 et de s’attarder sur le machisme assommant du Parti communiste français de l’après-guerre. Enfin, lorsqu’il s’agit d’établir le lien entre le féminisme et le marxisme, il réduit son propos en se concentrant exclusivement sur Marx et Engels, oubliant de citer celles qui font référence pour beaucoup de féministes d’aujourd’hui comme Clara Zetkin ou Alexandra Kollontai pour ne citer qu’elles. Il ose même un oxymore douteux en désignant Marx comme un « machiste éclairé ». Pourtant il ne devrait pas être question d’accuser ni de défendre Marx mais bien de comprendre comment les femmes de par leur place dans les méandres de la domination et de l’exploitation occupent une place centrale dans le combat pour l’émancipation. Daniel, lui aussi, comprend le mouvement féministe comme partie intégrante de la lutte des classes, ce qui lui a permis d’analyser son rôle moteur dans l’histoire. Il nous a ainsi paru à propos de prolonger sa réflexion et de porter au-devant de la scène les potentialités révolutionnaires du mouvement féministe actuel.

Le monde vit une période de crises conjuguées : destruction du vivant, changement climatique, accroissement des inégalités sociales, guerres. Nous constatons une montée spectaculaire des gouvernements d’extrême droite : Bolsonaro, Trump et Poutine forment la pierre angulaire de la réaction mondiale qui mène la guerre aux classes travailleuses, aux femmes, aux personnes racisées, aux LGBT, aux migrantes et à la planète. Dans ce chaos mondial, le mouvement féministe international renaît de façon extraordinaire. Il est le produit d’une fermentation politique, comme le dit Daniel Bensaïd. Ce mouvement prend racine dans les pays du Sud ou de la périphérie (Pologne, Argentine), puis il a progressivement atteint les pays du Nord les plus durement touchés par la crise (État espagnol, Italie) avant d’atteindre les pays les plus riches (Suisse, Belgique, France). En quelque sorte, il suit le même chemin que les marchandises à l’heure du néo-libéralisme mondial, comme si le féminisme était devenu un « virus » pour le capitalisme et qu’il cherchait à remonter à la source pour le détruire.

Oppressions combinées : « une combinaison, un bouquet, une gerbe de résistances » [1]

Nous ne pouvons pas considérer le féminisme comme un tout uniformisé qui lutterait contre « l’oppression » au singulier. Il nous faut, chaque fois que l’on cherche à cerner et détruire les oppressions, les comprendre dans leur ensemble. Les oppressions ne se succèdent, ni ne s’opposent les unes aux autres [2] Il n’existe pas, comme le signale D. Bensaïd, une contradiction principale par opposition à des contradictions secondaires. Les oppressions se combinent, se rejoignent, constituent un tout que l’on doit combattre intégralement, sans jamais privilégier l’une par rapport à l’autre. Et même lorsque la lutte internationale contre les violences faites aux femmes est propulsée sur le devant de la scène politique mondiale, cela ne veut pas dire que les autres oppressions, et les luttes qui les accompagnent, doivent disparaître de notre agenda politique : le racisme d’État et l’islamophobie continuent de faire rage, les politiques extractivistes détruisent la Terre, les LGBQTI se font assassiner quotidiennement, la violence de classe est toujours là, etc. Un féminisme conséquent se doit d’intégrer toutes ces questions et être à la fois anticapitaliste, antiraciste, internationaliste, inclusif, décolonial et éco-socialiste pour être total.

Raisonner ainsi nous aide dans la lutte contre une pensée hégémonique, figée. Une théorie et une pratique féministes qui ne seraient pas toujours en mouvement deviendraient objectivement excluantes vis-à-vis de celles qu’elles cherchent à défendre. Par ailleurs, cette théorisation doit être le fait des femmes elles-mêmes. En effet, qui mieux que les concernées peuvent décider de mettre des mots et des concepts sur les violences qu’elles subissent et pour décider du type de résistance et de combat qui leur correspond.

Production et reproduction : un processus unifié pour le capital

Le travail des femmes dans le monde capitaliste est bien souvent invisibilisé. Il est précaire, mal ou pas payé, informel. Dans tous les cas, presque complètement absent des analyses économiques bourgeoises et effacé par les politiques. En effet, en plus de la part non négligeable du salariat représenté par les femmes, tout le travail de reproduction assumé au foyer et en dehors semble tomber du ciel et faire partie de l’ordre naturel des choses. Il n’en est rien. Nous entendons souvent le mot « travail » comme le lieu, voire le moment où l’on se dédie à la production de marchandises contre un salaire. Mais le capitalisme n’a pas seulement besoin de produire des marchandises, il doit aussi produire « des individuEs ». Il faut que chacune puisse chaque jour aller travailler en pleine forme, mais il faut aussi littéralement produire de nouvelles travailleuses prêtes à rejoindre après quelques années de « soins intensifs » les rangs des entreprises. N’oublions pas que pour le capital, les enfants ne sont pas la seule et unique source de travailleurs en puissance, il y a aussi l’esclavage total ou partiel ainsi que l’immigration choisie ou forcée. La production de marchandises doit donc être comprise comme un processus unifié avec celui de la reproduction. Il n’existe pas de sphère distincte entre la production et la reproduction. Le capital contrôle la sphère de la production et ne cesse de contrôler la travailleuse lorsqu’elle dépose son tablier et rentre chez elle. C’est une terrible réalité qui offre pourtant un terrain de lutte sans limites pour celles et ceux qui comprennent alors que le privé est politique et que tous les espaces de nos vies sont potentiellement des espaces de rébellion et de construction de la lutte des classes.

Le féminisme : une direction politique légitime pour la classe

Bien entendu, le mouvement n’est pas exempt de contradictions et il ne s’agit pas de le repeindre intégralement en rouge : Natalie Portman et les femmes argentines militant pour l’avortement [3] n’évoluent pas dans la même réalité et la médiatisation du féminisme de l’une se fait bien souvent au détriment des conditions de vie de l’autre. Les potentialités révolutionnaires du féminisme ne se trouvent pas dans la recherche d’un moyen permettant à « une poignée de femmes privilégiées de gravir les échelons au sein de l’entreprise [4] » pas plus qu’elles n’ont été portées par les lois sur la parité comme le soulignait justement D. Bensaïd. Nous les trouvons plutôt à l’ombre des projecteurs : dans des assemblées de quartier dans l’État espagnol, dans les réunions de Ni Una Di Meno en Italie, dans les coordinations nationales pour préparer la grève générale du 8 mars au Chili ou dans des assemblées non mixtes de préparation de la grève générale de décembre dernier à Toulouse et Paris... Tous les cadres actuels du mouvement autonome des femmes ont en commun d’être des espaces en puissance d’élaboration d’un féminisme pour les 99% [5] : un féminisme antiraciste, anticapitaliste, éco-socialiste, internationaliste, inclusif et décolonial. Entendu ainsi, le mouvement autonome des femmes n’est plus seulement un espace non-mixte de prise de décision pour le mouvement féministe en toute indépendance des syndicats, des partis et de l’État ; il s’agit de la direction politique auto-organisée d’un mouvement revendiquant explicitement ou non une révolution sociale.

Éco-socialisme et féminisme : « Défense du corps-territoire et du territoire-Terre »

Les femmes sont parmi les principales résistantes à la déferlante de violence néolibérale contre les individu-e-s et la nature, en particulier dans le Sud global. Elles sont celles qui cultivent la terre aux Philippines ou au Bangladesh [6] ou encore celles qui résistent aux industries minières dans les montagnes guatémaltèques. Ces dernières se définissent comme des féministes communautaires et tissent une toile entre le corps, le territoire et la Terre. Leur mot d’ordre : « Défense du corps-territoire et du territoire-Terre ». Les femmes seraient donc le rempart premier pour lutter contre l’accaparement des corps et des territoires, étant donné leur position particulière dans le système production-reproduction. Elles sont celles qui souffrent le plus directement de la détérioration du climat et des expulsions de terres. Elles revendiquent d’être en première ligne des combats. Le corps-territoire fait référence aux violences sexuelles et aux féminicides qui touchent donc spécifiquement les femmes et les enfants. La vague de mobilisation internationale actuelle autour de ces sujets ne fait que confirmer l’intérêt que nous devons porter aux connaissances et à l’expérience de ces femmes. Elles établissent un rapport dialectique entre les violences et la lutte pour la défense de l’environnement : défendre la Terre sans se soucier des violences que les individues de cette même terre subissent n’aurait aucun sens.

Lorena Cabnal [7] considère le corps comme « une puissance politique pour l’émancipation ». Le corps des femmes est le terrain de jeu de toutes les oppressions et il faut donc le considérer en soi comme sujet de résistance. C’est donc ces corps, en lutte, qui vont s’affronter à l’État, aux militaires et aux narcotrafiquants. Ces corps qui subissent la violence sont dans le même temps l’instrument premier de libération des femmes. Les femmes et le corps des femmes sont donc intimement liées à la Terre. Elles la cultivent, et sont les premières victimes de la propriété privée et des politiques de destruction de l’environnement. Elles font front contre la nouvelle vague de dépossession des biens communs. Elles sont le sujet politique majeur du projet éco-socialiste, et nous devons prendre soin de les d’inclure chaque fois que possible aux processus de réflexion et de décision qui s’offrent à nous.

Les femmes : un sujet politique pour renverser l’hégémonie capitaliste

Daniel Bensaïd rappelle la vitalité de la presse féministe des années 70. Aujourd’hui, elle a presque disparu en France. En Amérique Latine et dans l’État espagnol, nous voyons fleurir de nombreuses revues et fanzines féministes (la plupart en ligne et auto-produits) où se mêlent réflexion politique, littérature, dessin et poésie. Le développement d’internet permet une diffusion rapide et à large échelle du calendrier politique mondial de nos luttes mais également l’avancée des travaux des réflexions des unes et des autres. Cela favorise des échanges plus réguliers et variés entre les expériences et les pensées des féministes du Sud et du Nord. Nous devons comprendre la force d’internet et du mouvement féministe international lorsqu’une simple chorégraphie [8] de militantes féministes contre l’État et les viols perpétués par les carabiniers chiliens fait le tour du monde formant une vague de solidarité entre femmes de mouvement féministe à mouvement féministe.

D. Bensaïd évoque « des effets en profondeur qui continuent à faire leur chemin ». En faisant de la préparation de la grève du 8 mars un processus permettant un « état d’agitation féministe permanent », les cadres d’auto-organisation féministe partout dans le monde mènent la guerre de position face à l‘hégémonie néolibérale, gagnant les murs des grandes villes, les rayons des bibliothèques, les esprits des nouvelles générations. La prégnance du féminisme et l’accumulation d’actions ou de cadres de discussion à toutes les échelles permettent de créer un climat propice à la prise de conscience féministe par toutes les femmes et à la construction d’un sujet politique.

Lever les obstacles à gauche : vers un « état d’agitation féministe permanent »

Comme nous l’avons évoqué plus tôt, le mouvement féministe auto-organisé a ressurgi de manière spectaculaire dans des contextes différents mais où s’observent des caractéristiques communes. Une de celles-ci est l’existence d’une mobilisation spécifique contre les violences faites aux femmes et les féminicides ou pour la défense du droit à l’avortement. Une autre est la résistance et parfois l’affrontement avec des parties du mouvement ouvrier traditionnel qui se méfient de la résurgence d’un mouvement qu’il n’a jamais pu contrôler. Nous donnerons comme exemple l’attitude des centrales syndicales de l’État Espagnol qui ont appelé seulement la veille, à une grève de 24 heures pour le 8 mars 2019, sous la pression de centaines de milliers de travailleuses qui avaient annoncé qu’elles se mettraient en grève avec ou sans leur aval.

Nous nous intéressons également au rôle de Nous Toutes en France. Impulsé par Caroline De Haas à l’été 2018 dans le sillon du mouvement MeToo, ce collectif est soutenu par les restes de la sociale démocratie, les syndicats et une large partie de la société civile. Il bénéficie de relais politiques, médiatiques et économiques. Le collectif joue un rôle contradictoire dans le développement d’un mouvement féministe de masse en France.

En effet, Nous Toutes diffuse à une très large échelle la réalité crue des violences faites aux femmes, permettant une accélération de la conscientisation féministe dans le pays. Mais il ne souhaite pas développer un « état d’agitation féministe permanent » parce qu’il tend à un féminisme mainstream compatible avec les institutions dont le point culminant serait l’élection d’une présidente. Ainsi, Nous Toutes ne pousse ni à la construction de cadres d’auto-organisation ni à la construction de mouvements d’ensemble [9] qui permettraient de considérer le féminisme comme une lutte globale. A contrario, les militantes féministes marxistes révolutionnaires doivent s’atteler sincèrement et pleinement à la construction d’un mouvement féministe anticapitaliste, internationaliste, décolonial, antiraciste et inclusif, et ainsi, contribuer à l’émergence d’un sujet politique femme capable d’être l’accélérateur de la lutte des classes.

Le féminisme au Chili : un accélérateur de la lutte des classes

L’exemple de l’insurrection populaire chilienne actuelle et du rôle central de la coordination féministe 8M (CF8M) en son sein est à ce sujet remarquable. La mobilisation féministe contre les violences sexuelles initiée par des étudiantes en avril 2018 a permis à des milliers de chiliennes de prendre conscience de leur force, de leur capacité d’action « dans la lutte et par la lutte, au cours de la révolution en marche » pour reprendre une formule de Rosa Luxembourg. Dans l’année qui a suivi, l’auto-organisation des femmes dans la CF8M et la préparation de la grève du 8 mars ont maintenu « l’état d’agitation féministe permanent » en proposant des cadres d’action collectifs, loin de l’individualisme néolibéral, en d’autres termes de se constituer en sujet politique capable d’entraîner le reste de la classe. Cela a constitué une « fermentation, une montée en puissance » [10] pour que le féminisme se hisse comme vecteur de la reconstruction de la conscience de classe, via la méthode de la grève. Et cela s’est vérifié le 21 octobre 2019 : nous avons pu observer une conjonction du soulèvement spontané des classes prolétaires chiliennes paralysant de fait le pays et de l’accumulation d’expériences et des outils de mobilisation impulsés par la CF8M et obligeant le reste du mouvement social et syndical à faire de même.

Il serait faux de considérer que le mouvement féministe est acquis à la nécessité de la révolution éco-socialiste. Pourtant, cette nouvelle vague émerge des résistances de celles qui ont décidé de faire corps, ensemble, contre les violences machistes et néo-libérales et qui choisissent de revendiquer la sororité internationale face à la concurrence sauvage individualiste. Notons que ces mouvements se battent pour l’extension des droits individuels et collectifs à l’heure d’un recul historique des droits humains au profit du capital [11] Notons aussi qu’à l’échelle internationale le mouvement a choisi comme stratégie de lutte la grève générale féministe, bousculant les codes de compréhension traditionnels du mouvement ouvrier. Pourtant, c’est bien d’une grève qu’il s’agit au sens traditionnel du terme. Il est impossible de penser un soulèvement mondial sans inclure la force de travail des femmes et des enfants. La grève féministe s’entend comme un processus de destruction des rapports d’exploitation et d’oppression qui touchent tous les espaces de nos vies [12]. Les problématiques mises en évidence par la grève amènent à la remise en question du patriarcat et du capitalisme comme origine et moteur de l’aliénation.


[1D. Bensaïd dans l’épisode « 26 août 70 », p. 93 du présent ouvrage.

[2Voir à ce sujet, L. Vogel, Marxism and the Oppression of Women : Toward a Unitary Theory, ou, plus récemment, les travaux de Cinzia Arruzza.

[33. La lutte pour le droit à l’avortement est une lutte de notre classe. Ainsi en Argentine, si le droit à l’IVG est très restrictif, il l’est d’autant plus pour celles qui n’ont pas les moyens d’aller à l’étranger.

[44. C. Arruzza, T. Battacharya, N. Fraser, Féminisme pour les 99 %, un manifeste, p.25.

[55. Nous renvoyons par exemple aux deux manifestes pour la grève du 8 mars de 2018 et 2019 dans lesquels toutes ces dimensions étaient présentes. Bien que combattue par les féministes libérales et une partie de la social-démocratie, cette orientation a permis de mettre des millions de femmes dans la rue.

[680 % des cultures vivrières dans le Sud global sont produites par des femmes.

[7Féministe communautaire guatémaltèque.

[8« Un violador en tu camino » du collectif Las Tesis.

[99. Lutte contre la réforme des retraites, lutte contre la précarité et la loi Travail, mouvement de solidarité avec les migrantes, marche contre l’islamophobie, etc.

[10D. Bensaïd , voir page 93 de ce livre.

[11Nous pensons notamment aux luttes pour le droit à l’avortement, pour l’égalité des droits, pour une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, pour la défense des services publics, pour le droit et la défense de la Terre.

[12Travail, consommation, sexualité, « care », territoire, éducation, travail domestique.

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