Par Bleck D.Desroses
En effet, la transformation du système international après 1945, marquée par l’émergence des États-Unis comme puissance hégémonique, a conféré au Moyen-Orient une centralité stratégique en raison de ses ressources énergétiques et de sa position géographique au point de considérer cette région comme le pivot de la géopolitique mondiale.
Comme le souligne Zbigniew Brzezinski, « qui contrôle l’Eurasie contrôle le destin du monde ». Dans cette perspective, le Moyen-Orient apparaît comme un pivot énergétique et géopolitique majeur abritant 60% des réserves pétrolières mondiales. Le contrôle des routes maritimes et des réserves d’hydrocarbures devient alors un levier fondamental de puissance.
Dans cette perspective, la politique étrangère des puissances occidentales particulièrement les États-Unis dans la région s’articule autour de trois objectifs fondamentaux : garantir l’accès aux ressources énergétiques, préserver la stabilité des régimes clients (ou alliés) et contenir l’influence des puissances rivales, notamment celle de la Chine et de la Russie.
L’ordre énergétique et financier international : fondement de l’hégémonie américaine
À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis s’imposent comme la principale puissance économique et militaire mondiale. Les démonstrations de force consécutives à la chute des deux bombes atomiques sur le Japon en août 1945, ainsi que la prise en charge de la reconstruction de l’Europe dans le cadre du plan Marshall, constituent des faits particulièrement révélateurs. Le système des Accords de Bretton Woods en 1944 institue le dollar comme pilier du système financier international, initialement adossé à l’or.
La rupture intervient en 1971 lorsque le président Richard Nixon décide de suspendre la convertibilité du dollar en or. Cette mesure donne naissance à un système monétaire dominé par le dollar.
Pour consolider cette domination, Washington met en place le système du pétrodollar, reposant sur des accords stratégiques avec l’Arabie saoudite. Comme l’explique Henry Kissinger, « le contrôle de l’énergie est une condition essentielle du leadership mondial ». Le commerce international du pétrole en dollars renforce ainsi la centralité de la monnaie américaine et l’influence globale des États-Unis. Car, tous les pays doivent se procurer du dollar pour s’approvisionner en produits pétroliers.
L’Israël : allié stratégique dans l’architecture géopolitique régionale
Cette politique hégémonique des États-Unis, pour son soutien régional, trouve dans l’État hébreux une belle complicité. En effet, la création de l’État d’Israël en 1948 constitue un tournant majeur dans la géopolitique du Moyen-Orient. Soutenu par les puissances occidentales, l’Israël devient progressivement un allié stratégique des États-Unis dans la région.
Dans une lecture réaliste, développée notamment par John Mearsheimer, les alliances internationales sont guidées par des considérations de puissance et de sécurité plutôt que par des principes idéologiques. L’Israël apparaît ainsi comme un acteur clé dans la projection de puissance américaine au Moyen-Orient. En ce sens, l’auteur affirme que les puissances ne cherchent pas seulement à survivre, mais à dominer leur région, car c’est le meilleur moyen de garantir leur sécurité.
Les interventions militaires et la recomposition régionale
Le Moyen-Orient est une région très agitée. Depuis le début du XXIe siècle, il a été le théâtre de nombreuses interventions et conflits militaires : la Guerre d’Irak entrainant la chute de Saddam Hussein (2006), l’intervention de l’OTAN en Libye provoquant l’effondrement du régime de Mouammar Kadafi (2011), la Guerre civile syrienne occasionnant l’écoulement de la dynastie des Assad (2024), etc.
Ces conflits ont profondément déstabilisé la région, entraînant des conséquences majeures : groupes armés, fragmentation des États, crises humanitaires et reconfiguration des équilibres de puissance. Comme le note Kenneth Waltz, « l’anarchie du système international pousse les États à rechercher leur sécurité par la puissance ».
L’Iran : puissance de contestation et stratégie asymétrique
Face aux ambitions hégémoniques régionales d’Israël et la supériorité militaire conventionnelle des États-Unis, la République islamique d’Iran a développé une stratégie de guerre asymétrique, fondée sur plusieurs piliers : capacités balistiques, drones militaires, réseaux d’alliés régionaux, contrôle stratégique du détroit d’Ormuz.
Ce détroit représente un point névralgique du commerce mondial, par lequel transite plus de 20 % du pétrole mondial. Cette position confère à Téhéran un levier stratégique majeur.
Les sanctions et pression géopolitique
En réaction au renforcement de la puissance régionale d’Iran, Washington ne tarde pas à développer sa batterie de sanctions. Celles-ci constituent un instrument central de la stratégie américaine. L’État islamique fait alors l’objet de mesures restrictives visant à limiter son accès au système financier international et à contenir son influence régionale. En ce sens, Robert Keohane soutient que : « les institutions et les mécanismes économiques sont devenus des instruments essentiels de pouvoir dans les relations internationales ».
Vers une recomposition de l’ordre mondial
La rivalité entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran s’inscrit dans une transition plus large du système international marquée par l’émergence de nouvelles puissances et alliances, notamment les BRICS.
Dans ce contexte, le régime des Mollahs se positionne comme un acteur de contestation de l’ordre occidental né après 1945 , en renforçant ses relations avec la Chine et la Russie. Cette dynamique illustre le passage progressif d’un ordre unipolaire dominé par l’Amérique à un système multipolaire.
L’affrontement entre ces trois États dépasse le cadre d’un simple conflit régional. Il reflète une lutte plus profonde pour le contrôle des ressources, des routes stratégiques et des normes de gouvernance mondiale. Comme l’affirme John Mearsheimer, « les grandes puissances sont condamnées à rivaliser pour la domination régionale ». Dans cette logique, l’Iran apparaît comme un acteur clé de la contestation de l’hégémonie occidentale, tandis que les États-Unis et leurs alliés cherchent à préserver leur position dominante.
L’évolution de cette rivalité dépendra largement de la capacité des acteurs à contenir l’escalade et à s’adapter à un ordre international en mutation. Car, d’après Brzezinski, il est impératif pour les États-Unis d’isoler la Russie sur ses marches, par le suivi de la politique de l’endiguement, en évitant trois gros dangers : reconstitution d’un nouvel empire russe, un désordre incontrôlé en Asie centrale et une coalition des États voyous.
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :











Un message, un commentaire ?