Photo : François Guay, pour Mycosphaera.
Le rapport, réalisé par Mycosphaera en partenariat avec Nature Québec, souligne par ailleurs la présence de 13 espèces avec un statut de conservation préoccupant selon NatureServe et de 2 espèces considérées en péril au Québec : l’hygrophore pur (Humidicutis pura) et le mycène de Swartz (Rickenella swartzii).
La forêt dans laquelle a été réalisé l’inventaire abrite une grande concentration de forêts anciennes peu ou jamais exploitées. Elle est à l’étude par le gouvernement du Québec pour devenir une aire protégée, mais en l’absence de mesures temporaires de protection pendant l’analyse gouvernementale, certains secteurs inventoriés ont déjà été affectés par des coupes forestières. D’autres sites de même intérêt écologique pourraient l’être dans le futur.
« Ces résultats, obtenus sur une seule saison, sur un nombre limité de secteurs d’inventaire et malgré des conditions particulièrement sèches, témoignent d’une diversité fongique remarquable et viennent appuyer le dossier de candidature de ce territoire à titre d’aire protégée », explique Jonathan Cazabonne, président et cofondateur de Mycosphaera.
Une biodiversité exceptionnelle, mais vulnérable
Les vieilles forêts, comme celles retrouvées dans la Seigneurie de Lotbinière, constituent des habitats de prédilection pour plusieurs champignons, souvent rares et menacés. Or, avec la fragmentation et le recul des vieilles forêts à l’échelle du paysage, les coupes forestières menacent cette composante riche mais encore largement méconnue du patrimoine naturel québécois, et ce, malgré les multiples rôles écologiques que la fonge joue dans les écosystèmes forestiers.
« Ce qui se passe dans la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière illustre un problème plus large. Partout au Québec, des territoires d’exception dont la valeur écologique est reconnue sont exposés à diverses menaces pendant que leur protection est à l’étude ; c’est un non-sens », ajoute Marie-Audrey Nadeau Fortin, analyste Biodiversité de Nature Québec.
Elle appelle du même souffle le gouvernement du Québec à mettre en place des mesures ciblées permettant de préserver l’intégrité écologique de ces territoires, le temps que le processus d’analyse soit complété.
Un angle mort de la conservation à combler
Ce constat est d’autant plus préoccupant qu’aucune espèce fongique n’est inscrite sous la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables, et que les données sur la diversité fongique demeurent très limitées au Québec.
« D’autres inventaires de biodiversité fongique doivent être menés au Québec afin de combler nos lacunes de connaissances et permettre à la fonge d’occuper enfin la place qui lui revient dans les politiques de conservation de la biodiversité et d’aménagement du territoire forestier, avant que les forêts qui l’abritent ne disparaissent avec elle », concluent les organisations signataires.
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