Édition du 24 novembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le Bloc québécois sera en mode survie

La performance du Bloc québécois n’a pas été à la hauteur des espérances qu’il avait créées chez ses sympathisantEs. Le Bloc québécois a raté la cible des 12 députéEs qui lui aurait permis d’être reconnue comme parti officiel avec tous les avantages rattachés à ce statut. Avec 19 % des votes, le Bloc réalise sa pire performance depuis sa naissance.(voir l’article d’Yves Bergeron dans ce numéro http://www.pressegauche.org/spip.php?article23802). La deuxième défaite de Gilles Duceppe dans Laurier-Ste-Marie et sa probable démission comme chef du parti viennent jeter une douche froide sur les perspectives de reconstruction de ce parti. La question de sa pertinence n’a pas fini d’être posée.

Une campagne démagogique qui prend le NPD comme cible principale

La campagne du Bloc n’a pas été centrée sur l’indépendance du Québec et sur la défense de notre droit à l’autodétermination. Alors que Justin Trudeau a affirmé qu’il refuserait de reconnaître un vote de 50%+1 pour l’indépendance et que Mulcair réaffirmait son engagement à le faire, la campagne du Bloc québécois n’a pas ciblé Justin Trudeau sur ce thème. La campagne du Bloc a laissé le chef libéral s’en tirer facilement de cette prise de position radicalement antidémocratique. En effet, l’ennemi à défaire c’était d’abord le NPD.. Sa campagne a visé essentiellement le NPD.

Sur la question de la construction des oléoducs au Québec, Gilles Duceppe a d’abord dénoncé les hésitations et les atermoiements de Mulcair sur la question et non les politiques du Parti conservateur ou du Parti libéral de Trudeau qui se sont faits des défenseurs inconditionnels de la production des énergies fossiles et de leur exportation sur le marché mondial. D’ailleurs, la volonté exprimée par le Bloc de s’opposer aux oléoducs durant cette campagne contrastait avec son silence total quand le gouvernement Marois, non seulement soutenait le passage au Québec des oléoducs en provenance de l’Alberta mais subventionnait l’exploitation pétrolière sur Anticosti.

Le Bloc québécois a surfé sur deux thèmes de la campagne du Parti de Stephen Harper.

Sur la question des frappes de l’aviation canadienne en Irak et en Syrie, Gilles Duceppe n’a pas hésité à soutenir cette politique du gouvernement conservateur. Alors que ces guerres désastreuses au Moyen-Orient visent d’abord à imposer le contrôle des puissances occidentales sur les richesses pétrolières de la région, la campagne du Bloc québécois a repris le discours démagogique sur l’aide qu’apporterait la coalition militaire occidentale aux populations. Plus, le Bloc québécois en a même rajouté en défendant qu’il serait nécessaire d’envoyer des troupes au sol pour vraiment en finir avec l’État islamique. En ce domaine également, le NPD a été ciblé. Le Bloc a dénoncé le caractère utopique de la demande de retrait des bombardiers canadiens et soutenu l’importance d’un soutien indéfectible aux alliés du Canada dans cette aventure militaire.

En reprenant à son compte la campagne démagogique des conservateurs sur le niqab, le Bloc québécois a encore une fois couvert la démagogie du Parti conservateur qui a utilisé cette histoire fabriquée de toute pièce pour éviter que soit tiré un véritable bilan de ses politiques. Duceppe a osé prétendre que la défense de l’assermentation à visage découvert constituait une lutte pour l’égalité des hommes et des femmes au Canada. Le bilan conservateur sur cette question n’a pas été l’objet d’une campagne significative de la part du Bloc québécois. . En reprenant cette campagne conservatrice à son compte, le Bloc a participé à développer des sentiments islamophobes dans la population québécoise. Le Bloc a joué la corde du nationalisme identitaire et a nourri les craintes et les préjugés sur l’immigration. Cela n’a en rien aider à renforcer le soutien à la souveraineté dans les minorités culturelles.

La campagne du Bloc a réussi à masquer complètement l’axe gauche-droite dans ses élections.

Si l’effondrement du NPD a été, pour une grande partie, le choix d’un recentrage qui a permis à la démagogie libérale de se déployer sans vergogne, la ligne du Bloc québécois, de centrer ses attaques contre le NPD a contribué à laisser le champ libre à une remontée du Parti libéral de Justin Trudeau.

L’incompréhension de la volonté de la population de chasser Harper a placé le Bloc en porte-à-faux face à cette aspiration durant une grande partie de sa campagne. En début de campagne, Gilles Duceppe a même souligné la possibilité d’un soutien à un gouvernement Harper à la condition que le Québec puisse en tirer un certain profit. Ce n’est qu’en fin de campagne, alors que le soutien au PLC au Québec prenait son envol que Gilles Duceppe devait corriger le tir à cet égard.

Ce que reflète cette incompréhension, c’est que la logique du nationalisme étroit véhiculée par le Bloc l’empêche de comprendre l’offensive à laquelle font face les classes ouvrières et populaires dans l’État canadien de la part de l’oligarchie dominante. Elle reflète l’aveuglement sur les alliances possibles entre les organisations syndicales, féministes, populaires, écologistes qui oeuvrent au Québec et dans le reste du Canada pour résister aux projets de la classe dominante que les conservateurs reprenaient à leur compte.

Et s’il y a une leçon que l’on peut tirer de l’histoire, c’est que le PLC au pouvoir, malgré ses promesses, refusera de reprendre à son compte les politiques néolibérales que forcé et contraint par de vastes mobilisations populaires.

Construire une véritable alternative pancanadienne dans la rue et pour les prochaines élections

Par sa campagne basée sur un nationalisme identitaire, promilitariste, centrée contre le NPD ; le Bloc québécois n’a pas identifié la lutte pour l’indépendance comme une lutte pour la liberté et la justice sociale. Il n’a donc pas permis d’élargir le soutien à la perspective d’émancipation nationale. Il n’a pas démontré sa pertinence dans le combat pour la justice sociale et dans une lutte effective contre les attaques de l’État fédéral. C’est pourquoi il risque de fonctionner en mode survie, incapable de répondre aux défis réels posés tant aux indépendantistes qu’aux mouvements sociaux s’opposant aux politiques néolibérales qui resteront, sous le régime du Parti libéral de Trudeau encore à l’ordre du jour au niveau de l’État canadien.

Le NPD a échoué à s’opposer clairement aux politiques néolibérales et s’est montré incapable de reconnaître les luttes des nations opprimées par l’État canadien (Québec, Premières Nations…) pour leur libération. Construire un parti pancanadien à la gauche du NPD est une tâche politique incontournable. Travailler sur le terrain des luttes à unifier à l’échelle pancanadienne les combats contre les politiques néolibérales est ne condition essentielle à la perspective de construire une alternative politique à ce niveau. Dans ce contexte, le Bloc québécois représente un vestige d’un passé révolu, un obstacle sur la route des combats qui sont devant nous.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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