Democracy Now| 21 octobre 2025
Traduction et organisation du texte, Alexandra Cyr
Introduction, avec extraits d’une vidéo et de commentaires de Andy Kroll
Amy Goodman : (…) La paralysie budgétaire du gouvernement entre dans sa troisième semaine et le puissant directeur du Bureau de gestion et du budget, Russel Vought, annonce une coupe de onze milliards de dollars au Corps des ingénieurs de l’armée pour les projets dans les villes démocrates de Baltimore, New York, San Francisco et Boston.
Ce responsable était la cheville ouvrière de l’écriture de l’ultra- conservateur projet 2025 dont le Président Trump s’est désolidarisé antérieurement. Il est maintenant le principal conseiller du Président pour le budget. Politico a rapporté récemment que le Sénateur leader de la majorité républicaine, M. John Thune, avait mis ses collègues législateurs.trices, en garde durant les négociations budgétaires : « Nous n’avons pas le contrôle de ce qu’il (R. Vought) va faire ». Au début de la fermeture (partielle) du gouvernement, D. Trump a publié une vidéo générée par intelligence artificielle rappelant la chanson classique : (Don’t Fear) The Reaper, (personnage figurant la mort) décrivant R. Vought comme le Grim Reaper de Washington D.C.
Donc, nous jetons un regard sur le « président de l’ombre » comme on le nomme parfois. (…) Andy Kroll reporter à Politico qui a visionné une vidéo d’investigation portant sur ce personnage. Il se joint à nous.
Andy Kroll : J’avais entendu le nom de Russ Vought mais il était toujours un peu hors de mon champ de vision. Et je suis tombé sur cette vidéo.
Russel Vought : Nous voulons traumatiser les bureaucrates. Nous voulons que quand ils se lèvent le matin ils n’aient pas envie de venir travailler.
A.K. : Il parle de traumatiser les fonctionnaires fédéraux comme son objectif.
R.V. : Nous voulons les traumatiser.
A.K. : Ça a semé une graine dans mon cerveau et j’ai voulu savoir qui était cette personne. Il a refusé de me donner une entrevue. J’ai donc décidé de parler à quiconque possible, de visionner des vidéos, d’écouter tous les balados. J’ai ainsi eu accès à des heures et des heures d’instructions-informations à ses supporters qui n’avaient pas encore été publiés où que ce soit.
R.V. : Les États-Unis ont vécu rien de moins qu’une révolution tranquille… Nous connaissons la CRT (Critical Race Theory) et l’inondation transgenre a déferlé dans nos écoles et nos institutions. … L’invasion à la frontière, bien franchement, c’est la colonisation à l’envers. … En ce moment, nous essayons de sauver le pays.
(…) Je pense qu’il faut réhabiliter le nationalisme chrétien … Nous avons la plus importante entreprise d’expulsion de l’histoire … nous avons bloqué le financement de Planned Parenthood (organisme de la santé des femmes n.d.t.) … Je veux être celui qui a écrasé le « Deep State » … Oui il faut introduire le traumatisme chez les bureaucraties, ils détestent le peuple américain.
A.K. : Sa vision consiste vraiment à réorienter l’histoire américaine.
R.V. : Notre devoir est envers l’avenir de notre pays, bien franchement, l’avenir de la civilisation occidentale et bien sûr de l’histoire.
A.G. : (Nous sommes donc accompagnés.es) par Andy Kroll, reporter d’investigation à Politico. Cette vidéo accompagne son dernier article intitulé : The Shadow President.
Andy, soyez le bienvenu sur Democracy Now ! Dites-nous exactement qui est Russel Vought. C’est l’homme derrière Project 2025, celui dont le Président Trump a dit qu’il n’en savait rien. Que fait R.Vought en ce moment et pourquoi les Républicains.es autant que les Démocrates en ont-ils peur ?
A.K. : Très agréable d’être ici, Amy et merci de me recevoir.
Je dirais que Russel Vought est sans doute l’aide le plus important et le conseiller le plus important du Président Trump et de son administration en ce moment. Je sais que vos auditeurs.trices et vos téléspectateurs.trices connaissent le nom de Srephen Miller. Il est souvent perçu comme le numéro deux du Président. Mais, en ce moment précis, en plein milieu de la paralysie du gouvernement, le 21ième jour, Russ Vought est celui qui a le plus d’influence dans ce gouvernement et de loin. Il est un moteur, probablement le moteur, derrière cette paralysie et particulièrement dans la politique de licenciement de fonctionnaires fédéraux en très grand nombre, de la menace de le faire encore plus, d’utiliser cela en vue de geler des projets majeurs, de s’en servir comme levier de punition envers les Démocrates et encore une fois envers des fonctionnaires sans attaches politiques particulières.
Il est aussi le directeur du budget à la Maison Blanche. À ce titre, il est une sorte de visionnaire dans l’administration Trump, qui y va seul de temps en temps, mettant de l’avant le Project 2025 dans la rédaction duquel il a joué un rôle majeur. Et franchement, il joue un rôle non négligeable dans l’ombre en faisant avancer l’administration Trump dans son programme de politique intérieure. On le présente comme un expert en matière budgétaire comme un homme du Président de plus, mais en réalité il fait tellement plus que cela. Des sources dans le gouvernement fédéral avec qui j’ai parlé, le décrivent comme le deuxième commandant en chef, un Président de l’ombre. Sa présence a donc été, au cours des neufs premiers mois de cette présidence, viscérale avec une influence énorme.
Juan Gonzalez : (D.M) Andy, (…) il y a 40 ans, durant le premier mandat de Ronald Regan, il y avait aussi un autre directeur du budget, David Stockman, qui est devenu notoire pour avoir abaissé les impôts et taxes et spécialement le niveau de dépenses du gouvernement. Quelle différence voyez-vous entre lui et R. Vougt ?
A.K. : Oui ! Et j’aime beaucoup cette référence. J’ai beaucoup lu au sujet de D.Stockman en travaillant à ce projet, en particulier j’ai relu son ouvrage. Je pense que je vais mal citer le titre, je crois que c’est : The Triumph of Politics. Durant l’administration Reagan, au cours des premières années, il écrit et démontre que ce sont les politiques qui entravent ce qu’il veut faire, soit de fantastiques coupes de budget, faire faire d’énormes reculs dans le filet de protection sociale, dans les programmes gouvernementaux etc. etc. Ce livre ressemble à une lamentation de l’auteur qui n’a pas pu aller de l’avant avec sa vision.
Quarante ans plus tard, nous voilà avec R. Vought qui réussit d’une certaine façon là ou D. Stockman a échoué. Et il a probablement appris une ou deux leçons. Donc, pourquoi ce succès ? D’une certaine façon, il a testé (les règles) et dans certains cas, il s’est éloigné de la règle du droit, il a défié les lois adoptées par le Congrès qui disent que vous devez dépenser l’argent pour des programmes précis ; il a défié les lois du Congrès qui stipulent que vous devez être transparent à propos de l’Office of Management and Budget, qu’il dirige ce qui veut dire qu’il faut des financements, alors qu’il les gèle, quand il les retient complètement. Il est beaucoup agressif dans sa manière de mener son plan de coupes, des spectaculaires reculs qu’il fait subir à ce que le gouvernement peut faire. D. Stockman ne l’étais autant. Peut-être qu’ils se rejoignent pour ce qui est de la vision, des politiques et l’idéologie. En s’inspirant probablement du passé, R.Vought, jusqu’à maintenant, a agi de manière plus agressive pour installer sa vision. Il n’a pas laissé les lois, les jurisprudences mettre des freins à la mise en œuvre de son plan extrêmement agressivement conservateur.
J.G. : Et qu’en est-il de la réponse de la majorité républicaine au Sénat à ce qui n’est pas qu’un petit démantèlement mais une véritable destruction du pouvoir du Congrès sur les finances du gouvernement fédéral ?
A.K. : Ouais ! C’est quelque chose de remarquable à observer. Je dirais qu’il y a une très grande différence entre aujourd’hui et l’époque Reagan. Durant ces années nous avions un Congrès qui agissait pour et par lui-même pour assumer ses responsabilités constitutionnelles définies à l’article 1 soit, de contrôler les finances. C’est que le Congrès doit faire. Et l’article 11 stipule que l’exécutif va s’assurer de mettre en œuvre les lois que le Congrès adopte.
R. Vought fait maintenant ce que l’administration Reagan n’a pas fait ou du moins pas avec l’ampleur de ce que fait l’administration Trump soit, essentiellement passer outre aux pouvoirs que le Congrès détient en vertu de l’article 1. C’est élémentaire dans le droit constitutionnel, digne d’un cour 101, pouvoirs et contre- pouvoirs, (cheks and balances), la séparation des pouvoirs. R. Vought a fondamentalement déclaré au Congrès : « Je vais vous retirer votre pouvoir constitutionnel sur les finances, Je vais geler les financements que vous avez attribués en vertu de la loi. Je vais bloquer les programmes pour lesquels, vous du Congrès, Républicains.es, Démocrates, avez voté des financements. Allez-y faites quelque chose ! Défiez- moi » !
Et le Congrès n’a rien fait. La majorité républicaine à la Chambre des représentants et au Sénat ont laissé R. Vought et la Maison blanche de D. Trump les fouler aux pieds. On observe des demies-mesures, des commentaires mous de la part du leader de la majorité au Sénat, M. Thune, et du speaker de la Chambre M. Johnson : « Nous ne savons pas vraiment si nous n’aimons pas ce que fait M. Vought ». Mais ils n’ont jamais affirmé leur autorité en vertu de l’article 1. Et au cours du processus, la Maison blanche les a bafoués et réduits en miettes les trois parties du système démocratique dont nous disposons dans ces opérations. C’est vraiment étonnant et remarquable d’observer cela en temps réel.
A.G. : Dans votre vidéo ProPiblica, vous diffusez un segment d’une conférence de R. Vought au Vought’s Center for Renewing America. Il est sur scène avec Steve Bannon l’allié de D. Trump :
Steve Bannon : Je me rends compte qu’il y a des gens qui questionnent Trump. Mais à voir la performance de commandement d’hier soir, c’est comme (si c’était) Charlemagne. Comme un chef viking debout là. Russ peut … c’est un instrument très imparfait, d’accord ? Mais c’est l’instrument de Dieu. C’est l’instrument de Dieu pour accomplir sa vengeance. D’accord ?
A.G. : « Il est l’instrument de Dieu pour accomplir sa vengeance », a dit S. Bannon à propos de R. Vought assis juste à côté de lui. Andy Kroll, qu’elle signification donnez-vous à ce qu’il fait ? Voyez-vous quelque chose qui pourrait l’arrêter y compris la Cour suprême ? Le feront ils d’ailleurs ?
A.K. : Je pense que c’est là que vont conduire ces batailles à propos de actions extrêmement agressives de ce personnage avec sa vision de cet exécutif isolé et ultra puissant ; c’est déjà déféré devant les tribunaux et ultimement devant la Cour suprême : des causes portant sur la capacité du Président à confisquer les fonds fédéraux, sur son pouvoir de congédier unilatéralement des centaines de milliers de fonctionnaires fédéraux et de casser le pouvoir des syndicats au passage. Nous nous acheminons vers une gigantesque bataille juridique et de décisions des tribunaux. Je dirais, que dans les prochains un ou deux ans, nous pourrions devoir changer radicalement la façon dont nous concevons le fonctionnement de notre démocratie représentative.
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