Édition du 22 juin 2021

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Féminisme

Le procès Gomeschi, le procès de toutes les femmes victimes de violence

Le procès très médiatisé de Gomeschi accusé de violence faite à ses partenaires vient de se terminer à son avantage. Il est reconnu innocent. Innocent d’avoir tiré les cheveux, d’avoir frappé, d’avoir utiliser la force sans avoir demandé le consentement. Innocent d’avoir jeté le blâme sur ses anciennes amies. Là réside toute la force du patriarcat.

Le procès de toutes les femmes victimes de violence

Piégées, les femmes.

Les femmes victimes de violence conjugale retournent plusieurs fois avec leur mari ou leur conjoint avant de comprendre la nécessité de la rupture pour mettre fin au cycle de la violence. Et souvent elles le quittent tout en gardant des sentiments forts pour lui. La domination des hommes sur les femmes se fait par la violence physique ou la menace ... et par la violence psychologique genre chantage par les sentiments.

Briser ce cycle est loin d’être évident.

Au procès de Gomeshi, cette réalité a fait place à la logique machiste de la défense à savoir que les femmes ont dû aimer cela puisqu’elles ont continué leurs liens courriel et sentimental avec lui (comme si ce lien effaçait la violence commise). Et, en plus, quand elles se sont senties rejetées , elles ont comploté entre elles. Les femmes sont vraiment méchantes et capables de monter des complots. Elles font du harcèlement sur leur ex par vengeance. Et voilà toute la soupe misogyne étalée au grand jour.

Pourquoi rejeter et mépriser des femmes qui se réconfortent entre elles avant de poursuivre leur agresseur ? Pourquoi focaliser sur les femmes au lieu d’interroger les actes de l’homme agresseur ? Les femmes ont toutes dit avoir subi de la violence. Trois personnes contre une. Mais c’est lui qui réussit à détourner l’attention vers ses victimes. C’est fort le patriarcat. Les femmes y sont piégées.

Un seul son de cloche

Tous les commentaires entendus durant ce procès ont été les arguments de la défense et les attaques à la crédibilité des plaignantes. Les arguments de la Couronne ont été peu avancés : toutes les femmes affirment la même chose soit la violence. Ce spectacle médiatique a servi à renforcer la méfiance envers les femmes et la misogynie. Le procès s’est d’abord déroulé sur la place publique avant que le jugement ne soit rendu dans la cour de justice. Ne nous étonnons donc pas si les femmes à l’avenir vont hésiter à intenter des poursuites contre leurs agresseurs. Se faire déchirer sur la place publique est un bon leitmotiv pour endurer ses bleus.

Il nous reste à nous organiser

Le procès Gomeschi est un bon exemple de la force du patriarcat et de l’organisation systémique de la violence faite aux femmes. Pour lutter contre cela , les femmes ont besoin de soutien, de s’organiser entre elles pour défendre leurs droits et leur vision de la réalité. Le gouvernement Harper a coupé les subventions aux groupes de femmes au Canada-Anglais depuis des années. On voit les conséquences sur les femmes et sur les discours machistes lors de tels événements médiatiques. Les femmes sont seules, isolées et subissent l’opprobre général.

Contre un poing, une menace ou un chantage, il faut plus qu’un mot pour se défendre. Il faut la solidarité de toutes les femmes.

Chloé Matte Gagné

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