Lors de son témoignage en octobre dernier, le président du SFPQ, Christian Daigle, a martelé que la fonction publique dans son ensemble souffre d’un déficit récurrent en ressources internes en informatique et devient dépendante des firmes privées. « Le gouvernement de la CAQ doit faire sienne cette recommandation du commissaire Gallant. Le MCN doit rapidement embaucher le personnel nécessaire et offrir des conditions salariales compétitives au secteur privé. Rappelons que la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) a fait part de taux horaires pour les sous-traitants équivalents à près de sept fois le taux horaire maximum dans la fonction publique. La hausse fulgurante des coûts des projets est ainsi directement tributaire de la pénurie de travailleuses et travailleurs en informatique dans la fonction publique. Comme si ce n’était pas suffisant, le gouvernement de la CAQ impose l’austérité et le gel d’embauches. En choisissant encore et toujours la voie de la sous‑traitance, la commission confirme nos constats : il en coûte de plus en plus cher aux contribuables et témoigne d’une grossière incompétence dans la gestion de fonds publics », constate Christian Daigle, président général du SFPQ.
Contrôle des firmes
Dans son rapport, la CESIS constate que la SAAQ, à l’instar d’autres ministères et organismes, ne fait pas les efforts nécessaires pour rapatrier à l’interne des activités récurrentes, rappelle le SFPQ et ainsi maintenir une expertise minimale dans les projets informatiques. Ce manque d’expertise favorise également le brouillage de la frontière entre le public et le privé. « Nos membres se font parfois demander par leur gestionnaire d’obéir aux directives des sous‑traitants, qui prennent alors le contrôle du projet, faute de compétence. Il advient alors une inversion des rapports entre le contractant et le donneur d’ouvrage qui est malsaine, non seulement pour le contrôle des coûts, mais également pour la saine affectation des effectifs et le maintien de l’imputabilité des gestionnaires. Le déficit d’expertise interne favorise ainsi une situation de dépendance à celle des fournisseurs externes, qui s’en donnent à cœur joie pour surfacturer la SAAQ et les autres ministères. Les fournisseurs externes entretiennent parfois cette dépendance en refusant de céder la propriété intellectuelle de leurs développements et intégrations. En recommandant l’imposition d’un plafonnement de la durée des contrats de service, la CESIS reconnait l’importance de se départir de la dépendance aux firmes privées », mentionne monsieur Daigle.
Également, la « muraille de Chine » qui devrait exister entre les intérêts publics et les intérêts privés n’est définitivement pas assez étanche, en particulier en ce qui a trait aux technologies informatiques. « On constate que des personnes directrices des services informatiques dans la fonction publique participent au phénomène de portes tournantes, allant et revenant du secteur public au secteur privé quelques fois dans leur carrière. Ce manque d’étanchéité est inquiétant. Les allers-retours entre le public et le privé favorisent grandement le risque de collusion, ce qu’il faut éviter à tout prix », déplore Christian Daigle.
Enfin, le SFPQ rappelle l’importance de mettre en place des mécanismes de suivis des recommandations de la commission afin que celles-ci ne tombent pas dans l’oubli. « Le rapport parle abondamment du principe de responsabilité gouvernementale. Il va falloir que le gouvernement fasse rapidement ses devoirs en la matière, et ce, pour être certain de ne pas faire les mêmes erreurs dans l’ensemble des autres projets informatiques actuels », conclut Christian Daigle.
Rappelons que le SFPQ défend environ 2 000 travailleuses et travailleurs de la SAAQ. C’est ainsi qu’en février 2023, nos membres ont été témoins des nombreuses conséquences délétères de la transition numérique de la SAAQ et se sont retrouvés, malgré eux, en première ligne de ce fiasco. En plus de ne pas avoir été adéquatement préparée pour offrir ses services à la population, la SAAQ n’a pas su protéger son personnel d’une manière suffisante, déplore le Syndicat.


Un message, un commentaire ?