Édition du 26 mai 2020

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Québec

Le schisme est consacré chez les coopératives d’habitation du Québec

J’affirme qu’un schisme est devenu évident depuis la dernière Assemblée générale annuelle (AGA) de la Confédération des coopératives d’habitation en mai 2013. Ce schisme est consacré depuis la tenue de l’Assemblée générale annuelle de notre Fédération des coopératives d’habitation de Québec et ChaudièreAppalaches, la FÉCHAQC.

Si j’affirme que le schisme est consacré, c’est que lors de l’Assemblée générale annuelle de la FÉCHAQC, deux de ses principaux administrateurs (le président et le vice-président sortant) ont été réélus. Ceux-ci sont les principaux promoteurs du nouveau type de coop qui est justement l’objet du litige qui divise les coops d’habitation au Québec depuis quelques années. Si ces deux personnes, qui se sont fait de nombreux alliés, qui ont habilement manœuvré depuis des années, qui ont gagné leur pari ; n’avaient pas été réélues, peut-être aurions-nous pu remettre en question ce processus déjà bien engagé, et ainsi éviter que la FÉCHIMM quitte la Confédération québécoise des coopératives d’habitation, qui représente 45% des coopératives d’habitation au Québec. Nous n’éviterons pas ce départ dans un avenir prévisible. Deux des acteurs clés de ce schisme ont été réélus, le 25 janvier dernier.

Quelques éléments de structure chez les coopératives d’habitation

Il existe partout au Québec des coopératives d’habitation. Dans certaines régions celles-ci se sont donné des fédérations. La plus importante est celle du Montréal métropolitain, la FÉCHIMM avec plus de 460 membres. La 2e plus importante est la nôtre ici pour Québec et Chaudière-Appalaches avec 199 membres. Certaines autres régions comme l’Estrie, la Mauricie et le Centre du Québec, le Lac Saint-Jean, la Montérégie ont leur fédération. Les autres régions n’en ont pas au point où en Outaouais la confédération a ouvert un bureau pour offrir directement certains services aux coops de cette région. Vous avez compris qu’à l’échelle du Québec existe une confédération qui regroupe les fédérations régionales et qu’elle offre certains services directement aux coops dans les régions où il n’existe pas de fédération.

Contexte et chronologie des événements

En mai 2013, le point de vue qui sème la zizanie a rempoté une majorité de voix lors de l’Assemblée générale annuelle de la confédération. Seuls les représentants de la FÉCHIMM ont voté contre. À la suite de cette décision la FÉCHIMM qui souhaitait qu’aucun fond ne soit investi dans ce projet (décision d’assemblée générale, en 2012) a tenu une assemblée générale extraordinaire, en novembre 2013, où il a été décidé que : S’il n’obtenait pas satisfaction à leurs revendications elle ne renouvellerait pas son adhésion à la confédération en automne 2014. Ces principales revendications sont, d’une part, un réaménagement de la gouvernance à la confédération parce qu’actuellement celle-là a une représentation sans lien avec son poids démographique. Elle regroupe plus de 45% des coops au Québec et a entre 25 et 30% des votes en AGA de la confédération. D’autre part, la FÉCHIMM a une décision d’Assemblée générale exigeant, de la confédération, que l’ouverture aux coops de propriétaires investisseurs soit stoppée pour plutôt investir ses énergies à favoriser le développement de coops offrant du logement social.

Le fond de la question

Depuis déjà quelques années des membres de coops croient que le droit à un logement décent n’est pas de la seule responsabilité des gouvernements. Favoriser l’accès et développement de logements communautaires pour tous inclus aussi l’accès à la propriété. De là, l’idée de favoriser le développement de coopérative de propriétaires. Au moment d’adhérer à ce type de coopérative il faut acheter son logement. Il ne s’agit pas de condo parce que la coopérative demeure seule propriétaire du terrain, ce qui lui permet de vendre ses logements moins chers que les condos du voisinage parce que la valeur du terrain en est exclue. De plus, ces promoteurs de l’accès à la propriété prévoient créer une fondation qui achèterait des terrains dans le but de favoriser le développement de ce type de coopérative d’habitation. Voyez-vous l’utilisation des fonds publics, que sont les économies d’impôt qu’obtiennent les personnes qui investissent dans une fondation, qui pourraient entrer en concurrence avec les mêmes fonds publics investis dans le développement de logements sociaux. Ce qui rend les opposants furieux c’est que les fonds infinimums consentis au développement de logements sociaux sont le fruit de longues luttes citoyennes et que ces fonds pourraient être amputés aux profits de pauvres investisseurs qui souhaitent accéder à la propriété. Pour les opposants au développement de ce type de coopératives d’investisseurs où la propriété collective n’est plus de mise, ceci pervertit la nature même des coopératives d’habitation qui, par nature, collectivise la propriété.
À Québec la FÉCHAQC

Durant l’année qui a précédé l’Assemblée générale annuelle du 25 janvier, nous avons eu droit à deux assemblées d’information où seul le point de vue des promoteurs de cette ouverture à la diversité des coopératives a été présenté comme une vertu incontournable. Aucune place n’y a été faite au point de vue critique de ceux qui s’y opposent. De plus, notez qu’il s’agissait d’assemblées d’information et non pas d’assemblées délibérantes où le débat aurait pu avoir lieu. Et, ces assemblées d’information continuent, et elles sont ouvertes au grand public… Ce qui fait en sorte que bien des gens qui rêvent d’accéder à la propriété verront ainsi un moyen « à rabais » d’accéder au statut de propriétaire en expérimentant un moyen de le devenir sans devoir en assumer, seul, tous les risques et les aléas inhérent à la jungle de la spéculation foncière. Ce n’est pas d’hier que la FÉCHAQC répugne à faire la promotion du développement du logement social. En conséquence, de nombreuses coops de la région, parmi les plus militantes, ne participent plus aux activités de leur fédération depuis de nombreuses années. Par exemple, lors de l’Assemblée générale du 25 janvier dernier seulement 20 personnes, représentant leurs coopératives membres, ont participé à l’élection des administrateurs sur un potentiel de199 membres… Pour vous exposer jusqu’où la FÉCHAQC est loin de faire la promotion du logement social, deux exemples :
1) d’abord l’an passé une action de mobilisation nationale pour le développement de logements sociaux a été organisée principalement par le Front d’action populaire en réaménagement urbain, le FRAPRU, ici à Québec. Il y avait une bannière de la FÉCHIMM, dont les membres sont venus de Montréal, et aucune visibilité de la FÉCHAQC. Cette action a eu lieu à environ 200 mètres du siège social de la FÉCHAQC.

2) En assemblée générale lors de la période de question à la suite de la présentation du Rapport annuel de la fédération par la directrice générale, j’ai affirmé avoir l’impression que l’expression même de logement social n’apparaissait pas une seule fois dans ce rapport, elle m’a donné raison. Ceci même si la très grande majorité des 199 membres de la FÉCHAQC offre du logement social…

Communications FÉCHAQC et /ou Confédération

Dans le cadre d’une chronique que je tiens à l’émission Le grain de sable à CKRL, 89,1 MF, le samedi à 13H, émission produite par ATTAC-Capitale nationale, je voulais présenter le point de vue de ceux qui favorisent l’ouverture à la diversité des types de coopératives. Il s’agit du point de vue qui a remporté une majorité de votes lors de l’AGA de la confédération. J’ai fait une demande d’entrevue à la FÉCHAQC. Après un Conseil d’administration leur réponse, sous le prétexte qu’il s’agit d’une question d’envergure nationale, fut de me référer à la confédération qui a son siège social ici à Québec sur la rue Raoul Jobin. Quand j’y ai placé un appel, on m’a référé à une personne responsable des communications à Montréal, qui n’a jamais retourné mon appel… Pourquoi à Montréal ?, ceci parce que le responsable des communications de la confédération à Québec, a démissionné.

--- J’ajoute qu’un responsable des communications qui aime son travail ne démissionne pas… Sauf que, quand son rôle est de répéter une seule ligne de mots très bien formater, et rien de plus, cela peut devenir rapidement intenable…

— - Il faut que j’ajoute aussi qu’au CA de la FÉCHAQC viennent de se voir renouveler leurs mandats d’administrateurs, pour 2 ans, le président et le vice-président sortant. Notez que ces 2 messieurs sont également administrateurs à la confédération. De plus, ces 2 messieurs durant l’AGA de la FÉCHAQC, le 25 janvier dernier, ont très convenablement défendu et représenté le point de vue des promoteurs de cette ouverture à la diversité des coopératives qui prévoit faire place à la réalisation de coopérative d’habitation dites d’accès à la propriété en achetant son logement. Ceux-ci sont les principaux agents promoteurs de cette idée, mais n’ont pas voulu participer à une courte entrevue pour présenter leur point de vue... Je les soupçonne de ne pas vouloir que le débat soit réouvert, dans la mesure où, pour eux, ils ont gagné et le débat est terminé.

Quelques conséquences de ce schisme

Les conséquences de ce schisme sont très importantes. Par exemple, les membres de coopérative d’habitation ont droit à une « carte multiservice » qui est en fait un regroupement d’achats qui nous permet d’obtenir des rabais chez différents fournisseurs. Avec le départ de 45% des coops membres, ce regroupement perd de sa valeur pour les commerçants qui ont accepté d’offrir ces rabais. Pour les membres de la FÉCHIMM qui, elle, ne renouvellera pas son adhésion à la confédération en novembre prochain, je dis qu’elle quittera parce que les acteurs en place n’ont pas changé et que leur intransigeance ne changera pas dans un avenir prévisible. Aussi, comme la FÉCHIMM d’un côté voit les promoteurs de ce type de coop de propriétaires comme des intégristes du libéralisme tandis que les promoteurs de ce type de coop d’investisseurs voient les membres de la FÉCHIMM comme un ramassis de doctrinaires sans ouverture au compromis… Les conséquences seront désastreux et pour longtemps.

Notez, en terminant, que la confédération prévoit offrir aux coopératives actuellement membre de la FÉCHIMM, de devenir membre directement de la confédération, comme c’est le cas dans les régions qui n’ont pas de fédération. De là à vouloir se débarrasser d’acteurs encombrants, il n’y a qu’un pas de souris… Aussi, sachez qu’il existe un périodique édité par la confédération (L’Écho-Hop !) où des membres de la FÉCHIMM étaient membres du comité de la rédaction et ont récemment quitté le magazine. J’ai entendu au micro lors de l’AGA de la FÉCHAQC quelqu’un qui a dit que le magazine en question deviendrait la Pravda des promoteurs des coopératives de propriétaires investisseurs… Je sais qu’il y a des acteurs importants dans le regroupement des coops d’habitation au Québec, qui croient qu’il existe un juste milieu auquel toutes les coopératives pourraient se rallier pour éviter ce schisme. Ceux-ci n’ont pas réussis, à ce jour, à faire valoir leur vision conciliante.


Renaud Blais est administrateur de sa coopérative d’habitation depuis des années. Il en est à son septième mandat comme administrateur, sur 10 ans d’existence de sa coop, et à un cinquième mandat comme président. Il s’agit de la coopérative d’habitation Un toit à toi, à Sainte-Foy. Cette coop fut la première à voir le jour après les fusions municipales, après sept ans de lutte…

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