Édition du 11 février 2020

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Terrorisme

Les attaques terroristes à Bruxelles soulèvent l'indignation pas celles d'ailleurs

L’Europe subit des attaques et le monde manifeste sa solidarité avec Bruxelles comme il l’avait fait pour Paris en novembre 2015.

Mirza Arif Beg, countercurrents.org, 23 mars 2016 | Traduction : Alexandra Cyr.

Quelques jours après l’arrestation de Salah Abdeslam, le principal suspect dans les attentats de Paris, la capitale de la Belgique et l’Union européenne ont été l’objet d’attaques horrifiantes à l’aéroport de Bruxelles et dans une station de métro tôt mardi matin. Le groupe armé État islamique en a revendiqué la responsabilité, alimentant ainsi une crise internationale stimulée par ces actes. À ce jour, les attentats de Bruxelles ont tué 30 personnes et fait beaucoup plus de blessés-es. Ces événements ont été évoqués partout de par le monde, contrairement à ce qui s’est passé pour Ankara très souvent attaquée au cours des cinq derniers mois. Le site web du New York Times international a publié au moins cinq reportages à propos des événements de Bruxelles, s’arrêtant sur chacune des informations qui en émanaient ; même comportement de la part du Guardian et du Washington Post et, pour ce faire, ils ont même mis de côté la visite historique du Président Obama à Cuba, première visite d’un président américain à Cuba depuis 88 ans.

La terreur s’est abattue sur Ankara le dimanche 20 mars 2016, en soirée. Cet attentat fait partie d’une série d’attaques violentes qui ont sévi en Turquie au cours des cinq derniers mois. La première de ces attaques a eu lieu en octobre 2015 lors d’une manifestation à Ankara, tuant 100 personnes. L’attentat d’octobre 2015 est attribué à deux personnes qui ont déclaré allégeance au groupe armé État islamique alors que les autorités turques sont convaincues que celui de ce dimanche est de la responsabilité du Parti des travailleurs kurdes (PKK) et de fait, une faction du PKK a revendiqué cette attaque.

Alors qu’Ankara était sous le feu de la terreur, les médias internationaux ont fait peu de cas de ces événements et du nombre de morts impliqués. Aux États-Unis, leur attention s’est concentrée sur les enjeux des primaires et du Super Tuesday devant se tenir deux jours plus tard. Mais pour Bruxelles, ils ont secondarisé la visite du Président Obama à Cuba.

Un autre pays a aussi été l’objet d’une attaque le dimanche 20 mars 2016 revendiqué par Al Quaïda au Mahgreb islamique implanté profondément en Afrique de l’Ouest, et ce, sans attirer l’attention des médias internationaux. Cet attentat en Côte d’Ivoire a fait 16 morts-es. Il est le dernier d’une série d’attentats perpétrés par le même groupe dans un hôtel du Mali et au Burkina Faso. Mais la côte d’Ivoire est plus connue pour son héroïque joueur de football Didier Drogba, ancien capitaine de l’équipe de Chelsea.
Ce n’est pas la première fois que les médias internationaux, les organisations et la planète ferment les yeux sur ce genre d’attaques, manifestation d’un parti pris envers certains attentats terroristes. Cette attitude nous permet d’analyser les raisons qui font que ces événements à Paris, Bruxelles ou un siège à Sydney suscitent plus d’indignation que ceux qui arrivent en Asie de l’Ouest et en Afrique.
Le 14 novembre 2015, je me suis éveillé avec la nouvelle des attaques mortelles dans la capitale française, créant véritablement une onde de choc dans le monde entier. Perpétrées à cinq endroits différents, elles ont sidéré le monde et les chefs d’État ont manifesté leur solidarité envers Paris en même temps que des millions de personnes. Facebook a démarré une campagne de solidarité en permettant à ses usagers d’ajouter un drapeau français comme fond d’écran à leur profil.
Quelques jours avant ces tragiques événements qui ont fait 140 morts-es et de nombreux-euses blessés-es, la capitale libanaise avait subi une attaque semblable avec 41 morts-es. Ce qui est frappant, c’est que le monde ait manifesté promptement autant d’empathie avec Paris alors qu’il occultait complètement les morts-es de Beyrouth.
Une variété de facteurs peut jouer un rôle dans la manière dont certains événements sont rapportés par la presse et la fréquence des incidents détermine aussi la couverture qui leur sera accordée. Dans une entrevue sur Thinkprogress.org, le professeur de neurosciences cognitives du Massachusetts Institute of Technology, M. Emile Brunue, expliquait, au lendemain des attentats de Paris, que l’impact psychologique d’un événement déclenche une réponse mondiale. L’importance de l’attaque contre le groupe local par rapport à un groupe externe joue également un rôle crucial.
Comme on a pu le voir au lendemain des attentats de Paris, il existe bien une possibilité qu’une attaque contre le groupe qui se reconnait par des parentés culturelles, religieuses, régionales et idéologiques provoque une empathie immédiate, mais des différenciations à ces mêmes paramètres ne susciteront pas la même réponse.

Autre facteur important à considérer dans l’analyse des discours (médiatiques), la réaction des chefs d’État, dont celui du Président des États-Unis, M. Obama. Il a tenu une conférence de presse immédiatement après que Paris ait subi ces attaques, déclarant que son pays était solidaire de la France en ce moment de crise. On l’a vu invoquer et insister sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une simple attaque contre une ville ou un pays, mais d’une attaque contre toute l’humanité. On peut facilement observer la différenciation entre la réponse aux attentats à Paris et à ceux de la Côte d’Ivoire. Pour toute visibilité, ces derniers n’ont bénéficié que d’un communiqué de condamnation de la part de John Kirby, porte-parole du Département d’État. Washington n’a toujours pas réagi à ceux d’Ankara.

Dans les moments qui ont suivi immédiatement les attentats de Bruxelles, la mairesse de Paris a annoncé, via Tweeter, que la tour Eiffel serait illuminée aux couleurs de la Belgique. 10 Downing Street, à Londres a immédiatement hissé le drapeau belge. Rien de tout cela ne peut être retracé après qu’Ankara ait subi, non pas un attentat, mais cinq.

La fréquence de tels événements et l’endroit où ils se passent, jouent aussi un rôle pour déterminer les réactions et l’espace de couverture dont ils bénéficieront, comme il a été dit plus tôt. Les attentats de novembre 2015 à Paris arrivaient après celui de Charlie Hebdo en janvier 2015 où 17 journalistes ont trouvé la mort. Cet attentat, à l’époque, a complètement occulté l’assassinat de 2 000 personnes à Baga dans le nord du Nigéria. L’attentat contre Charlie Hebdo a été présenté comme la dernière menace au droit de parole ; dans sa foulée, des millions de personnes ont participé à la marche pour la paix.

Alors que l’Asie de l’Ouest subissait de sérieuses attaques, la Turquie était restée en paix jusqu’aux attentats de l’an dernier et malheureusement, aucun média ni notre monde, n’a lancé quelque campagne de solidarité que ce soit avec la Turquie.
Quand le monde occidental est attaqué, nous sommes généralement inondés-es d’images, d’éditoriaux et d’articles d’opinion. Il ne s’agit en aucune façon de diminuer l’importance de l’attentat contre Charlie Hebdo ni des massacres brutaux à Paris. Ils ont fait la une des plus grands médias pendant au moins trois jours et, sans aucun doute, il en sera de même pour ceux de Bruxelles. Quoi qu’il en soit, les grands journaux comme le New York Times, le Washington Post et le Gardian demeurent dans l’obligation de publier des éditoriaux sur Ankara et Grand Bassam.

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