Édition du 17 septembre 2019

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Terrorisme

Le « terrorisme islamique », ce loup-garou...

Le dernier attentat en France à Strasbourg a fait resurgir le spectre du terrorisme, supposé représenter pour l’Occident une « menace majeure », en particulier s’il est d’origine « islamique ». À cette occasion, le président Macron a réitéré l’engagement « total » de la France contre ce phénomène maléfique.

Il n’est pas le premier responsable politique à condamner ainsi, en termes vagues et généraux le mouvement « terroriste ». Une foule de commentateurs chez nous comme ailleurs parle de menace diffuse contre « nos valeurs » et notre mode de vie due à l’immigration islamique, et affirment que les populations occidentales sont en plus désormais vulnérables aux risques d’attentats de la part de fanatiques religieux. Ce danger viendrait des débordements des luttes militaires se déroulant au Moyen-Orient.

Ce courant de pensée se révèle très utile pour camoufler certains intérêts occidentaux pour lesquels la stigmatisation du « terrorisme islamique » permet d’éviter toute remise en cause de certaines orientations politiques de pays occidentaux hégémoniques au Proche-Orient, à commencer par les États-Unis et Israël.

Par ailleurs, l’immigration en provenance du Proche-Orient et d’Amérique latine inquiète les bien-pensants ; dans le premier cas, ils redoutent le fanatisme religieux, dans le second la violence criminelle. Témoin, la volonté de Donald Trump d’ériger un mur à la frontière américano-mexicaine.

En fait, les bien-pensants jettent dans le même sac des phénomènes très différents, une confusion qui sert parfaitement les pouvoirs en place en ce qu’elle leur permet d’entretenir parmi leurs populations une sourde peur à l’égard de « l’Autre » (le musulman ou le latino-américain).

Tout d’abord, on doit insister sur le fait que nos sociétés occidentales bénéficient d’une paix profonde, à la différence de certaines sociétés moyen-orientales et que le taux d’homicide y est aussi beaucoup moins élevé que dans certains pays d’Amérique latine. Aucune société ouest-européenne n’endure plus d’occupation militaire ou n’est le théâtre d’affrontements armés (à la notable exception de l’Ulster de 1970 à 1998, un cas isolé). Depuis 1945, la paix générale règne en Europe de l’Ouest et depuis beaucoup plus longtemps encore en Amérique du Nord.

C’est pourquoi l’irruption d’attentats et de tueries occasionnelles dans certains de ces pays émeut tant leur opinion publique. Mais ces violences sporadiques ne mettent que davantage en évidence la relative tranquillité générale qui y règne et la liberté de mouvements qu’elle autorise à leurs citoyens et citoyennes.

Dans les pays victimes de conflits militaires, c’est l’inverse : la violence armée y constitue la règle et les périodes de trêve l’exception : elles permettent aux gens d’aller s’approvisionner, de se détendre un peu et de faire leur deuil de proches tués au combat.

Une fois faite cette mise au point, on ne doit pas confondre trois types d’action armée qualifiés de terroristes par les bien-pensants.

Le premier type concerne d’authentiques mouvements de résistance aux racines populaires étendues comme en Palestine ; le second genre regroupe des organisations assez larges qui misent sur le mécontentement populaire à l’endroit de gouvernements dictatoriaux et corrompus, comme État islamique au Proche-Orient ou Boko Haram au Nigéria ; enfin, la troisième catégorie relève plutôt de la psychiatrie et renvoie à des personnes fragiles sur le plan psychologique qui se défoulent en tirant « dans le tas ». Certaines d’entre elles se réclament de l’Islam après coup pour justifier leur crime, ce qui ne signifie cependant pas qu’elles sont commanditées par des organisations proche-orientales, même si celles-ci s’empressent souvent de les appuyer après le fait, vu leur haine de l’Occident et de la politique agressive des puissances hégémoniques au Moyen-Orient.

Depuis l’attaque du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Center orchestrée par État islamique, les tueurs de masse ont fait plus de victimes aux États-Unis que le « terrorisme islamique ». La situation est presque similaire ailleurs (l’attaque contre la Mosquée de Québec en 2017) et en Europe de l’Ouest (à l’exception des attentats contre le Bataclan à Paris et contre Charlie Hebdo). La fusillade de Strasbourg se situe dans cette continuité.

Ces meurtriers de masse illustrent tristement l’isolement, la pauvreté et des problèmes psychologiques aigus, bref un certain délitement social

CONCLUSION

La notion de terrorisme est très partisane : pour les uns, il s’agit d’une notion relevant de la criminalité, pour les autres d’un droit politique à l’exercice du droit à la résistance par les opprimés.

Dans des buts intéressés assez évidents, les classes politiques occidentales d’une part et d’autre part beaucoup de commentateurs pour des motifs idéologiques entretiennent la confusion entre ces trois phénomènes qui n’ont rien en commun : de réels mouvements de résistance populaire, qu’ils soient d’inspiration islamique ou laïc, en plus de groupes qui recueillent l’appui de sections plus ou moins étendues de la population dans des pays donnés (comme État islamique) et enfin des individus occidentaux déséquilibrés auteurs de massacres et parfois se réclamant de l’Islam.

Mais en définitive, les pays occidentaux connaissent quand même une paix profonde ce qui confère un relief saisissant aux attentats quand il s’en produit.

À l’inverse, dans les pays en guerre ou sous occupation militaire, ce sont les intervalles de trêve entre les factions ennemies qui représentent l’exception.

L’Islam comme doctrine politico-religieuse ne porte pas davantage en lui la guerre et le terrorisme que n’importe quelle autre religion ou encore que le libéralisme, le capitalisme ou le nationalisme.

Tout dépend de l’usage qu’on en fait. Question politique...

Jean-François Delisle

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