Édition du 16 avril 2019

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Asie/Proche-Orient

Les caméras, armes de combat des Palestiniens

tiré de : https://orientxxi.info/magazine/les-cameras-armes-de-combat-des-palestiniens,2875

Que le gouvernement israélien voudrait interdire · Depuis plusieurs années, les réseaux sociaux sont submergés de vidéos montrant les violences des forces israéliennes contre les Palestiniens. Face à ce qu’il considère comme autant d’« atteintes à la sûreté de l’État » et autant de tentatives de délégitimer son image, le gouvernement israélien a validé une proposition de loi déposée le 17 juin -2018, qui prévoit jusqu’à dix ans de prison pour toute personne photographiant ou filmant des soldats israéliens.

Mehdi Belmecheri-Rozental > 28 janvier 2019

Le 24 mars 2016, une vidéo se répand comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux. Des millions d’internautes la visionnent alors qu’elle est reprise et diffusée par les médias du monde entier. Elle avait été tournée le jour même à Hébron, au cœur de la Cisjordanie. On y voit un soldat s’approcher d’un Palestinien gisant au sol et lui tirer une balle dans la tête. L’image montre clairement le sang qui s’écoule de la tête de la victime. Le soldat responsable de ce crime se nomme Elor Azaria, un sergent franco-israélien de l’armée israélienne et membre d’une unité paramédicale. Le Palestinien assassiné s’appelait Abdel Fattah Al-Sharif.

C’est un militant de l’ONG israélienne B’Tselem présent sur place qui a filmé la scène. Sa vidéo provoque des réactions jusqu’au sein de l’ONU, le Haut Commissariat aux droits de l’homme qualifiant le crime d’« apparente exécution extrajudiciaire ». Elle sert d’ailleurs d’argument lors du dépôt de plainte et du procès ; pourtant Elor Azaria n’est finalement condamné qu’à 18 mois de prison. Toutefois, cette affaire a permis de mettre en valeur l’usage singulier de la vidéo, utilisée depuis 2007 dans les territoires occupés pour témoigner notamment de la vie sous occupation. Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a réitéré plusieurs fois son soutien à Elor Azaria, mais le gouvernement israélien se serait bien passé d’un document qui écorche l’image de « l’armée la plus morale du monde ».

Pour sortir de l’ombre

B’Tselem, centre d’information israélien pour la défense des droits humains dans les territoires occupés, avait lancé dès janvier 2007 le « Projet Caméra » , grâce auquel elle avait équipé des dizaines de familles palestiniennes de caméras pour leur permettre de filmer les attaques qu’elles subissaient à l’ombre des regards. L’ONG a également formé les familles à utiliser les caméras, en leur apprenant à cadrer, à suivre l’action ou encore à zoomer sur les visages pour pouvoir identifier les protagonistes. Aujourd’hui, des centaines de familles sont équipées de petites caméras numériques. B’Tselem a comme objectif de faire prendre conscience à la société israélienne ainsi qu’au reste du monde de la violence de son armée et de ses colons. Son porte-parole définit ce projet comme « l’un de nos projets phares, qui nous aide à exposer la réalité de la vie quotidienne et les violations des droits de l’homme sous l’occupation. »

L’accélération progressive de l’usage de ces vidéos militantes s’inscrit dans un contexte régional spécifique. À partir de 2011, le monde arabe est fortement ébranlé par des mouvements inédits issus des sociétés qui contestent les gouvernements autoritaires auxquels elles sont soumises. Les révoltes arabes partent de Tunisie, puis surgissent en Égypte ainsi que dans plusieurs pays du Maghreb et du Proche-Orient. Confrontés à des régimes autocratiques exerçant un contrôle des médias locaux en même temps qu’une répression d’une extrême violence, les peuples de ces pays se soulèvent. La vidéo joue alors un rôle central pour témoigner des luttes des différents mouvements nationaux. Cette mobilisation par l’image a certainement influencé son usage militant dans les territoires palestiniens occupés. En Palestine, comme en Égypte ou en Tunisie, les caméras permettront dès lors de construire un autre récit que celui de ces régimes autoritaires ou coloniaux, de faire entendre d’autres voix, dissidentes et contestataires.

La guerre des images

Nabi Saleh est un petit village situé au nord de Jérusalem. Le comité populaire de Nabi Saleh utilise de manière singulièrement performante l’outil vidéo et est aujourd’hui à la pointe de ce que Paul Moreira appelle « la guerre des images » dans son documentaire Voyage dans une guerre invisible.

Comme de nombreux villages de Cisjordanie, Nabi Saleh fait face à Halamish, une colonie illégale qui s’étend depuis 1977 à la fois sur ses terres et celles d’un autre village : Deir Nitham. Dès cette date, les colons ont entrepris de bâtir dans la zone de manière illégale, détruisant des biens et des terrains agricoles palestiniens. Petit à petit, les villageois ont perdu le contrôle de leurs terres. Aujourd’hui, sur les 5 km2 appartenant aux habitants de Nabi Saleh, 60 % des terres ont été confisquées ou expropriées.

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