Édition du 16 juin 2020

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Politique québécoise

Nomination de PKP à Hydro-Québec : vers la berlusconisation du Parti Québécois ?

Hier, il voulait une loi spéciale pour son amphithéâtre. Aujourd’hui, il « offre ses services » et se retrouve à la tête d’Hydro-Québec. Et, demain, que va-t-il demander ? La direction du Parti Québécois ?

(tiré de l’Aut’journal) | 19 avril 2013

Indépendamment de toutes les filiations politiques, offrir à Pierre-Karl Péladeau la direction de notre principale société d’État est un non-sens et une aberration. Jour après jour, ses médias, par l’entremise de ses journalistes et de ses chroniqueurs, tirent à boulets rouges sur tout ce qui est étatique !

Au moment où la Commission Charbonneau démontre comment la privatisation de la fonction publique municipale a conduit à la mainmise de la mafia sur l’octroi des contrats publics, quel message le Parti Québécois envoie-t-il en nommant PKP à la tête d’Hydro-Québec ? Que la privatisation de la société d’État sera bientôt à l’ordre du jour ? Nous verrons bien.

Mais, à court terme, de grands projets sont dans l’air : électrification du transport, monorail, etc. Par cette nomination, veut-on envoyer le signal qu’ils seront confiés au privé ? Comme ce fut le cas, hier, pour les petits barrages et l’éolien ?

Dans un contexte où l’on s’apprête à confier un plus grand rôle à l’hydro-électricité dans l’économie québécoise, Hydro-Québéc avait besoin, pour la diriger, non pas d’un chantre du privé, mais d’un grand commis d’État, avec pour mandat de réaffirmer sa mission étatique. Difficile de croire qu’il ne s’en trouvait pas un dans le sérail péquiste !

Après Bouchard, PKP largue Legault

Sous le feu constant des médias fédéralistes de Gesca et Radio-Canada, et faute d’une presse qui lui appartienne, le Parti Québécois et la mouvance souverainiste se considèrent contraints de courtiser le patron de l’empire Québecor.

Mais, bien qu’ouvertement nationalistes, les médias de Québecor ne sont pas souverainistes. Au cours des dernières années, ils ont plutôt fait la promotion de la CAQ du tandem Sirois-Legault. En fait, la CAQ a été créée à coups de sondages douteux de Léger Marketing et de pages frontispices du Journal de Montréal et du Journal de Québec faisant la promotion de François Legault.

Nationaliste mais non souverainiste, la CAQ a des accointances avec le Parti conservateur de Stephen Harper. Charles Sirois est président du conseil d’administration de la CIBC, la deuxième banque en importance au Canada, traditionnellement associée au Parti conservateur.

Les liens de Québecor avec Stephen Harper sont bien connus. Sun Media, la branche canadienne de l’empire Québecor, a fait ouvertement campagne pour le Parti conservateur lors du dernier scrutin fédéral et appuie aujourd’hui ses politiques.

Ces liens entre conservateurs canadiens et nationalistes québécois ont plusieurs antécédents historiques. Rappelons-nous l’alliance entre Duplessis et Diefenbaker et, plus près de nous, entre le René Lévesque du « beau risque » et Brian Mulroney.

Dans cette perspective, comment interpréter aujourd’hui le rapprochement entre PKP et le Parti Québécois, consacré par sa nomination à la tête d’Hydro-Québec ? PKP vient-il de larguer François Legault, comme Lucien Bouchard l’a fait plus tôt cette semaine dans une entrevue au Devoir ?

La CAQuisation du PQ ?

Dans les cercles souverainistes et progressistes, on attribue le fait que le gouvernement soit minoritaire à la division du vote entre le Parti Québécois, Québec solidaire et Option nationale, et on parle de « convergence nationale », d’alliance électorale en vue du prochain scrutin.

Mais, dans l’entourage de la direction du Parti Québécois, on entend un autre discours. Le PQ est minoritaire, dit-on, à cause de son virage à gauche, de son appui à la lutte étudiante.

Parlez aujourd’hui à un ministre péquiste et il vous expliquera comment tous ses projets de loi sont conçus pour aller chercher l’appui de la CAQ.

Les politiques du Parti Québécois ont d’ailleurs une forte odeur caquiste : pensons à l’objectif du déficit zéro, les compressions dans les commissions scolaires, les suppressions de poste à Hydro-Québec, les coupures à l’aide sociale. Tout est conçu pour plaire à l’électorat caquiste.

Avec la CAQ qui ne décolle pas dans les sondages et le rapprochement entre le PQ-PKP, faudrait peut-être envisager la possibilité d’une alliance entre le PQ et la CAQ comme plus probable qu’une alliance PQ-QS-ON !

Avant la Berluscanisation du Parti Québécois, assistera-t-on à sa CAQuisation ?

La promotion d’un nationalisme de droite

Au lendemain de la nomination de PKP à la tête d’Hydro-Québec, Richard Le Hir, un des principaux animateurs du site Internet souverainiste Vigile, saluait son alliance avec le Parti Québécois en vantant « sa sensibilité à l’intérêt collectif des Québécois ». Auteur d’un best-seller sur l’empire Desmarais, Le Hir nous dit que Péladeau « a le cœur à la bonne place, ce qui va trancher singulièrement sur ces prédateurs du genre Desmarais ou Sirois ».

Nul doute que ce point de vue sera largement partagé dans les milieux souverainistes. Car la présence de PKP dans le mouvement souverainiste est extrêmement importante. Il soutient financièrement plusieurs activités et organismes. Mais, surtout, par le biais de ses médias, ses imprimeries, son réseau de distribution, PKP exerce une très grande influence, apparente mais souvent aussi plus discrète. On prendra la mesure de cette influence par les réactions – ou l’absence de réactions – à sa nomination.

De toute évidence, PKP aspire à jouer un rôle dans le milieu souverainiste du même ordre que celui qu’il exerce sur le milieu culturel, où il bâtit et détruit des carrières. Par le choix des chroniqueurs qu’il embauche, on décèle l’orientation qu’il veut donner au discours souverainiste.

Par exemple, sur la question fondamentale de l’enseignement de l’histoire, les Mathieu Bock-Côté et Éric Bédard, deux poulains de l’écurie Péladeau, proposent une interprétation historique qui nie la Grande Noirceur sous Duplessis et décrie la Révolution tranquille. À l’interprétation sociale de l’histoire, promue depuis plusieurs années par des historiens fédéralistes, ils opposent une interprétation nationale de droite ! Tout un choix !

Un antisyndicalisme militant

On ne peut évidemment pas parler de PKP en faisant abstraction de son antisyndicalisme. En 14 ans, il a été à l’origine de 14 lockouts, dont les plus spectaculaires ont touché le Journal de Québec et le Journal de Montréal. Dans ces deux conflits, il a violé l’esprit d’un article fondamental du Code du travail, la loi anti-scabs, adoptée par le premier gouvernement de René Lévesque.

Dans le programme de la CAQ, qu’il a soutenu, on prône un changement majeur au processus de syndicalisation avec l’introduction du « vote obligatoire ». Une disposition, en vigueur aux États-Unis, qui rend extrêmement difficile la syndicalisation.

On imagine facilement que les médias de Québecor se feront un malin plaisir de monter en épingle les dépenses syndicales pour de l’action politique lorsque la loi sur la « transparence » syndicale du gouvernement Harper entrera en vigueur après son adoption par le Sénat.

De l’avis général, cette loi n’est qu’un premier pas vers la remise en cause de la formule Rand, qui autorise le prélèvement automatique des cotisations syndicales, et qui constitue la pierre de touche du mouvement syndical.

Dans son plus récent pamphlet, intitulé « Libérez-nous des syndicats ! », un des chroniqueurs vedettes du réseau Québecor, Éric Duhaime, énonce le programme antisyndical, largement partagé par de nombreux autres chroniqueurs de l’Empire : vote obligatoire, abolition de la loi anti-scabs, loi sur la « transparence » syndicale, abolition de la formule Rand, fin de la sécurité d’emploi dans la fonction publique, abolition des déductions fiscales pour les fonds de travailleurs.

« Celui qui paie, commande la musique ».

Il y aura 29 ans, le Premier Mai prochain, paraissait le premier numéro de l’aut’journal. À l’époque, nous justifiions sa création par la nécessité d’un point de vue indépendant face à la concentration de la presse.

Il y a avait alors trois grands groupes qui se partageaient la presque totalité de la presse écrite : Québecor, Power Corporation et Unimédia, propriétés respectivement des familles Péladeau, Desmarais et de Conrad Black.

Force est de constater aujourd’hui que la situation s’est grandement détériorée. Non seulement nous nous retrouvons avec seulement deux grands groupes dans la presse écrite, Québecor et Gesca de Power Corporation, mais ceux-ci sont devenus des empires encore plus puissants avec le phénomène de la convergence entre les médias électroniques (TV, Internet, etc.) et la presse écrite.

Les réactions à la nomination de Pierre-Karl Péladeau à la direction d’Hydro-Québec illustrent parfaitement les effets de cette concentration sur la liberté de la presse. Dans La Presse du 19 avril, l’éditorialiste en chef André Pratte s’incline devant le fait que « le PQ nomme son monde ». Difficile pour lui de réagir autrement, étant donné la présence sur le conseil d’administration d’Hydro-Québec d’un représentant de Power Corporation.

Dans Le Devoir, le directeur Bernard Descôteaux y va d’une timide mise en garde. Difficile là aussi d’oublier que Québecor imprime et distribue Le Devoir.

Quant aux journalistes, chroniqueurs et blogueurs du Journal de Montréal, ils illustreront à merveille par leurs écrits, au cours des prochaines jours, le proverbe bulgare : « Celui qui paie, commande la musique ».

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