Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Fonds Monétaire International

Les coups terribles portés contre les conditions de vie du peuple grec sont mis en scène, afin de les faire accepter comme une fatalité.

Non aux plans du FMI

SARTZEKIS Andreas, GILARDI Paolo, AFP

Les institutions grecques et l’Union européenne (UE) font tout pour exclure la possibilité d’une protestation radicale face à leurs attaques contre la population. De leur côté, les journaux étrangers n’en finissent pas de radoter sur « les Grecs » qui « truquent les chiffres » et « vivent au-dessus de leurs moyens », ou sur la « tragédie grecque » à l’œuvre, avec l’impossibilité d’échapper aux spéculateurs. Quant au Premier ministre Georges Papandréou (Pasok), il a choisi le joli port d’une petite île pour demander l’activation du programme de prêts de l’UE (30 milliards d’euros), et du FMI (entre 10 et 15 milliards), en s’appuyant sur des références littéraires comme l’Odyssée.

De telles mises en scène semblent fonctionner : le gouvernement socialiste, malgré la trahison totale de ses promesses électorales, devance la droite de 8,5 % dans les sondages. Mais elles offrent aussi des contradictions qu’on ne se privera pas de mettre en avant : qui sont les terribles Cyclopes que combat Ulysse, les magiciennes qui transforment les marins en pourceaux (en « PIGS » : Portugal, Irlande, Grèce, Espagne !), sinon les représentants des gouvernements et des patrons qui, en s’attaquant au petit Ulysse grec, veulent surtout engager une totale remise en cause de tous les acquis du mouvement ouvrier en Europe ?

Inutile donc de s’appesantir sur les dangers du célèbre chant des sirènes : « Ouvrez les yeux, fermez la télé ! » est dans la période plus vrai que jamais, en Grèce comme ailleurs. N’a-t-on pas ainsi entendu le présentateur des infos sur France 2 indiquer que la manifestation du vendredi 23 avril, appelée par les syndicats de base et la gauche antilibérale et anticapitaliste pour protester contre les diktats de l’UE et du FMI, était une initiative de « l’ultra-gauche », sous-entendu violente et minoritaire ? En revanche, ce qui n’est pas souligné aux infos, mais qui est ressenti sur le terrain par la population, c’est la bonne idée des émissaires du FMI de fouler le sol grec à la date anniversaire du début du régime de la junte militaire soutenue par les USA (du 21 avril 1967 à l’été 1974). Un tel symbole parle beaucoup plus que toutes les mises en scène évoquées et ne peut que renforcer la colère populaire face aux nouvelles menaces. Les mesures accablantes déjà prises en février et mars ne suffisent pas à l’UE et au très socialiste président du FMI Dominique Strauss-Kahn, qui explique qu’il faut étendre au privé les coupes appliquées au secteur public et qu’il faut aller plus loin (salaires, droit du travail) avec une cure de déflation pour que la Grèce devienne concurrentielle !

Tout est donc fait pour que les travailleurs se résignent devant l’ampleur de la riposte à construire, et la riposte syndicale (les syndicats sont dirigés par le courant Pasok) n’est pas à la hauteur, malgré la pression exercée par les syndicats de base. La crainte des bureaucrates est alignée sur celle des bourgeois : la colère ouvrière, telle qu’on l’a vue le 22 avril (grève du secteur public) et le 23, pourrait devenir explosive. Après un 1erMai qui pourrait être très très combatif mais s’annonce divisé, et avec la perspective d’une grève générale le 5 mai, comment élargir et unifier les mobilisations, très nombreuses chaque jour mais partielles (actuellement : grève des marins, des transports en commun…) ? Un début de réponse est la constitution, encore trop faible, de comités unitaires contre les mesures scélérates.
Andreas Sartzekis
* Paru dans Hebdo TEAN 53 (29/04/10).

 Editorial de L’Anticapitaliste

« Les marchés l’exigeaient ; le premier ministre grec Georges Papandreou, a fini par s’y résoudre ». C’est en ces termes qu’est tombée il y a une semaine l’annonce de la décision grecque de demander l’aide de l’Europe et du Fonds Monétaire International.

La cause est entendue : ce sont « les marchés » qui l’exigent. Impersonnels, abstraits, ils dictent la loi. La Grèce doit emprunter : quarante-cinq milliards d’euros que l’Europe et le FMI vont (peut-être) lui octroyer. A condition qu’elle s’engage, comme on dit pudiquement, à « sauver ses finances publiques ». Ce que « sauvetage des finances publiques » signifie, les salariés en Grèce, tout comme en Espagne et au Portugal, en ont déjà eu un premier aperçu. Allongement de la durée du travail, relèvement de l’âge de la retraite, blocage des pensions, réduction des salaires et des prestations sociales, privatisations à outrance et accélérées : les voilà les contreparties pour ces quarante-cinq milliards ! Comme pour nombre de pays du Tiers Monde qui ont jadis « bénéficié de l’aide » du FMI, la Grèce va, elle aussi, être mise sous tutelle : c’est aux plans d’ajustement structurels décidés à Washington -et à Bruxelles- qu’elle va devoir se soumettre pour satisfaire aux « exigences des marchés ».
Qui, quoi qu’on en dise, ne sont ni anonymes, ni impersonnels ! Les marchés qui « exigent » ont des noms, des adresses : ceux de Goldman Sachs, que l’aide publique a conforté dans une position dominante et qui spécule sur la dette grecque, ou ceux des deux grandes banques suisses détentrices de bons d’emprunt helléniques pour un montant de… 64 milliards de francs. Des bons qui, compte tenu des risques, atteignent des rendements à deux chiffres !
Ce qu’elles exigent aujourd’hui de la Grèce – les sacrifices pour tous pour accroître leurs bénéfices – ils vont l’exiger demain de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande. Par les « efforts » qu’elles vont imposer aux dizaines de millions de salariés et de chômeurs de ces pays, c’est un mouvement d’ensemble de baisse des conditions générales de vie dans l’Europe toute entière que les « marchés » initient.

A défaut de délocaliser dans le Tiers Monde, c’est le Tiers Monde, avec ses salaires, qu’on délocalise en Europe ! Et on fait d’une pierre deux coups : tandis que des pays sont condamnés à la spirale infernale de la dette et de son remboursement, plus de trois-cent millions de travailleurs sont livrés au dumping salarial et social. Y compris en Suisse.

Dès lors, c’est une autre exigence qui doit s’imposer, d’en bas. C’est celle, urgente, immédiate, de l’annulation sans condition de la dette de la Grèce ; de celle de l’Espagne, du Portugal et de l’Irlande ensuite. Et tant pis pour les bénéfices de l’UBS !

Car, on ne peut à la fois soutenir les plans d‘aide aux banques et prétendre défendre les intérêts des salariés. C’est l’un ou l’autre, l’un contre l’autre. Il faut choisir son camp…
Paolo Gilardi
* Parus en Suisse dans l’Anticapitaliste n° 24 du 29 avril 2010.

 Les syndicats appellent à la grève générale le 5 mai

Les syndicats des secteurs public et privé grecs ont annoncé, mardi 27 avril, qu’ils appelaient à une grève générale le 5 mai. Dans un communiqué, la puissante Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE), forte d’un million d’adhérents, explique vouloir « repousser les chantages néo-libéraux et les exigences de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international pour niveler les droits sociaux et économiques des travailleurs ». Elle rejette également tout projet de réforme des retraites « qui diminuerait le montant des pensions et repousserait les seuils de départ à la retraite ».

La Fédération des fonctionnaires grecs (ADEDY, 375 000 adhérents) lui a immédiatement emboîté le pas, en se joignant au mouvement. L’ADEDY a déjà organisé quatre grèves de 24 heures dans le secteur public depuis le début de l’année pour protester contre les mesures d’austérité et de rigueur. Le Front de lutte syndicale (PAME), proche du parti communiste grec (KKE) et influent dans plusieurs secteurs et divers syndicats du secteur privé a aussi appelé ses membres à se mettre en grève le 5 mai.

« Tout changer » dans le pays

Par cet appel à la grève générale, les syndicats montrent qu’ils ne sont pas disposés à entendre les incitations aux sacrifices lancées plus tôt dans la journée par le premier ministre, Georges Papandréou, qui a estimé devant les députés de son parti (PASOK) qu’il fallait « tout changer » dans le pays pour rendre l’économie viable. « Nous souhaitons nous occuper enfin des ruptures, des grands changements. (...) La condition principale pour réussir c’est de tout changer dans ce pays, économie, Etat, habitudes, mentalités, comportements, pour fonder une économie viable », a martelé M. Papandréou sous les applaudissements de tous les députés de son groupe.

Pour résorber le déficit et la dette publics, maintenant chiffrés respectivement à 13,6 % du PIB et 115,1 % du PIB en 2009, le gouvernement socialiste, au pouvoir depuis octobre, a pris des mesures draconiennes de réduction des dépenses, notamment salariales, dans la fonction publique.
AFP, 27 avril 2010

SARTZEKIS Andreas, GILARDI Paolo, AFP

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