Édition du 20 janvier 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Réflexions et propositions sur le Cahier de propositions de Québec solidaire

A propos du congrès sur l’actualisation du programme (première partie)

Le 8 septembre, les membres de Québec solidaire recevaient une version actualisée du Programme de Québec solidaire et un Cahier propositions. Ce dernier doit faire l’objet de discussions dans les associations du parti. Les propositions pourront être amendées et la date limite de ces amendements est le 8 octobre prochain. Le 23 octobre, le cahier de synthèse des propositions et des amendements sera à son tour disponible. C’est ce dernier qui sera soumis au congrès du parti qui doit se tenir les 7, 8 et 9 novembre prochain. Dans le cadre de la discussion sur l’actualisation du programme de Québec solidaire, ce texte présente des remarques tant sur l’analyse de la situation et des propositions qui visent à répondre à cette situation dans une option d’émancipation politique et sociale. Nous abordons ici proposition par proposition les Blocs 1 et 2 du Cahier de propositions qui correspondent au premier chapitre du programme intitulé Créer une économie verte et solidaire.

L’ébauche du programme actualisé se limite à une « vision politique » et une « philosophie gouvernementale générale » au détriment d’analyses concrètes de la situation actuelle, de revendications précises et d’une stratégie de lutte permettant d’amorcer un processus de transformation sociale. Cette posture a) évite d’évaluer les rapports de forces sociaux et le rôle des mouvements sociaux comme acteurs des transformations sociales ; b) neutralise le programme en le réduisant à des politiques gouvernementales d’un éventuel gouvernement solidaire, empêchant ce programme d’outiller le parti pour les luttes concrètes extra-parlementaires ; c) déconnecte le projet de société de ses conditions de possibilité en négligeant d’élaborer des stratégies précises.

Le programme doit redevenir un outil stratégique complet, intégrant analyse, propositions et stratégies concrètes de transformation sociale, articulées aux luttes présentes. Il s’agit de proposer un programme qui dépasse l’approche centrée uniquement sur l’éventuelle gestion d’un gouvernement de Québec solidaire, et d’esquisser un programme d’action articulé aux luttes sociales et au processus constituant produit par ces luttes. L’exercice proposé ne vise qu’à identifier les amendements et ajouts au programme en partant du Cahier de propositions.

Bloc 1 : Économie et transition socioécologique – Éclairer le rôle de l’économie dans la transition

Résumé des propositions soumises à la discussion
1.1 Les objectifs de l’économie solidaire.

Québec solidaire vise une économie décarbonée en 2050. Un gouvernement de Québec solidaire appliquera dans un premier temps un plan de transition énergétique visant l’élimination des hydrocarbures dans la production et la consommation d’énergie. Un gouvernement de Québec solidaire se dotera de nouveaux outils de planification et d’orientation économique pour améliorer le bien-être collectif et assurer le respect des droits de toutes et tous.

Critiques

Si on peut se questionner sur ce que signifie l’expression du dépassement à terme du capitalisme. Parler d’un système plus juste, inclusif et viable, c’est flou à souhait. On a ici une bonne illustration de ce que l’on entend par la réduction du programme à une vision politique. En fait, dans cette approche, l’analyse de la situation économique et politique est escamotée, les classes sociales, leurs intérêts divergents et les rapports de force entre ces dernières sont invisibilisés. On verra que cela demeure une constante dans l’ensemble du texte de l’ébauche.

Le mode de production capitaliste conduit à une prédation qui détruit systématiquement des forêts et des espèces animales, terrestres et marines.

Cette seule priorité d’une économie décarbonée pour 2050 ne se distingue en aucune façon de celle avancée par les autres partis politiques au Canada et au Québec. Aucune cible pour 2030 ; aucune reprise des propositions du GIEC et des groupes écologistes en termes de cible. On se contente de généralités sur l’accélération de la transition socioécologique sans en définir le contenu.

Amendements et ajouts

Il faut définir des objectifs intermédiaires pour l’atteinte des objectifs de réduction des gaz à effet de serre et reprendre les objectifs avancés par les groupes écologistes.

Mais un frein significatif à la catastrophe climatique et la perte de la biodiversité ne peut être construit que par l’élimination de la poursuite d’une croissance sans entrave favorisant l’accumulation capitaliste. Il faut défendre une décroissance véritable en donnant la priorité à l’économie d’énergie, l’économie des ressources naturelles et la protection de la biodiversité. Cela passe par :
• la production de biens répondants aux besoins sociaux et non à une consommation débridée stimulée par la publicité ;
• la priorité donnée aux travaux qui vise l’économie d’énergie, comme la construction et la réparation de logements et d’édifices sobres en consommation d’énergie ;
• l’arrêt de l’obsolescence planifiée des produits et la facilitation des réparations ;
• la relocalisation au plus près des usagers et usagère des productions pour éviter les transports aériens et maritimes sur de grandes distances de marchandises coûteuses en énergie ;
• une planification démocratique et citoyenne de ce qui doit être produit rompant avec la seule poursuite de profits.

Défendre la biodiversité exigera :
• le passage d’une agriculture industrielle à une agriculture biologique qui évite la surfertilisation, l’usage de pesticides, et sa réorientation vers la production de protéines végétales au lieu de protéines animales ;
• la sortie d’une agriculture centrée sur la production carnée en mettant fin aux élevages industriels ;
• la fin de la déforestation par l’exploitation privée des forêts et une gestion qui tend à diminuer la variabilité des espèces d’arbres sur un territoire ;
• L’arrêt d’une pêche industrielle qui détruit les ressources halieutiques.

Arguments pour l’ajout

Pour ce qui est de l’objectif de la décarbonation pour 2050, un horizon aussi éloigné ne permet pas de fixer des objectifs de lutte immédiats pour les mouvements sociaux et de soutenir les objectifs des groupes et mouvements écologistes.

Pour ce qui est de la décroissance et de la lutte contre l’effondrement de la biodiversité, cela ne peut être le seul résultat d’une action gouvernementale à venir. Il faut mettre de l’avant des revendications qui peuvent être reprises par les mouvements sociaux. La lutte contre la production des biens sociaux et des dépenses ostentatoires sont des combats qui doivent être livrés maintenant. Cela est aussi vrai de la lutte contre l’obsolescence planifiée et pour la réparabilité des produits menée par des mouvements de consommateur-ices, les syndicats, les groupes écologistes.

Pour ce qui est de la lutte contre l’effondrement de la biodiversité, on ne peut se contenter de parler d’aires protégées, c’est tout le rapport à la nature qui doit être transformé et cela implique une rupture avec la logique de croissance infinie pour la recherche de profits.

Résumé des propositions soumises à la discussion
1.2 (1.2.1) Diversifier les modèles économiques

Il faut que la logique de l’accumulation des profits cesse pour laisser plus d’espace à l’économie sociale. L’économie doit revenir entre les mains des communautés québécoises.

Critiques

Ces propositions sont des abstractions. La propriété privée des moyens de production et d’échange par les monopoles qui sont souvent des multinationales étrangères et les grandes banques doit être remise en question, car ce sont les acteurs majeurs du système économique qui déterminent la logique d’évolution qui conduit à la prédation et à la destruction de la nature.

Amendements et ajout

L’économie ne peut revenir entre les mains de la majorité populaire sans la socialisation des grandes entreprises des secteurs stratégiques de l’économie. Cette socialisation passe par la nationalisation, puis la démocratisation de ces entreprises pour donner le contrôle aux travailleurs, aux travailleuses, et aux citoyen-nes.

Arguments en faveur des amendements et ajouts

On ne peut en reste à des formulations qui ne permettent pas à la majorité populaire et aux mouvements sociaux d’agir concrètement dans le sens des objectifs visés.

Résumé des propositions soumises à la discussion
1.3 (1.2.1) Diversifier les modèles économiques

On propose trois critères pour une nationalisation : 1. son caractère stratégique ; 2. la grande quantité de capital nécessaire ; 3. la démonstration de l’échec du secteur privé.

Critiques

Si on peut nationaliser sans démocratiser (soit étatiser), on ne peut socialiser les secteurs économiques appartenant au grand capital sans nationaliser (les banques, les grandes entreprises d’exploitations minières, forestières ou les grandes industries de transformation et de transport). Elles doivent devenir du domaine public si on veut pouvoir opérer dans ces dernières une démocratisation véritable donnant le pouvoir aux travailleuses, aux travailleurs et aux citoyen-nes.

Si le critère 1 pour la nationalisation peut être à considérer, le critère 2 montre que la proposition ne considère pas la nationalisation sans compensation et la démocratisation qui devrait s’ensuivre ; le critère 3 de l’échec du secteur privé équivaut ni plus ni moins à faire prévaloir la recherche du profit sur les besoins sociaux.

Amendements et ajouts

La socialisation des grandes entreprises et des banques passe par leur nationalisation et la démocratisation de leur fonctionnement.

Les critères 2 et 3 sur la nationalisation doivent être biffés.

Arguments en faveur des amendements et ajouts

La démocratie économique ne peut être réalisée si une minorité possédante continue d’avoir le contrôle des choix d’investissement et de mobilisation de l’argent, alors que cette minorité se constitue en force à de blocage de la transition écologique et sociale, comme la conclusion de ce chapitre du programme révisé le reconnaît.

Résumé des propositions soumises à la discussion
Participation des travailleuses et travailleurs à la transition socioécologique
1.4 (1.2.3) Protection et participation des travailleuses et des travailleurs dans la transition socioécologique

Un gouvernement de Québec solidaire applique le principe de Zéro perte d’emploi net à l’intérieur de chaque région. Il assurera la diversification des économies locales. Il favorisera des investissements dans les secteurs peu polluants et la requalification de la main-d’œuvre. Un gouvernement de Québec solidaire encouragera la participation des travailleuses et des travailleurs dans la gestion des impacts de la transition écologique.

Critiques

Quelle sera la politique d’investissement d’un gouvernement solidaire pour diversifier l’économie d’une région ? Comment et avec quels moyens un gouvernement solidaire investira-t-il dans les secteurs peu polluants ? Comment les travailleuses et les travailleurs seront-ils impliqués dans les choix gouvernementaux ?

Encourager la participation dans la gestion des impacts est pour le moins timide ; la question est celle d’assurer non seulement la participation, mais aussi la prépondérance des travailleurs et travailleuses.

Amendements et ajouts

Pour Québec solidaire, cela passera par la proposition de créer des conseils régionaux de planification démocratique, où siégeront côte à côte des élu-es, des syndicats, des collectifs écologistes et des associations citoyennes et communautaires. Ces conseils doivent être ouverts, transparents et redevables devant la population. Les grandes orientations économiques, énergétiques et sociales doivent être débattues publiquement et tranchées collectivement. Les assemblées citoyennes locales, les budgets participatifs et le droit de référendum sur les projets destructeurs sont des outils indispensables pour briser l’opacité du pouvoir et donner une voix directe au peuple.

Québec solidaire soutiendra que les travailleuses et travailleurs doivent occuper une place centrale dans ce processus. Eux seuls connaissent la réalité des emplois, les conditions de travail et les besoins de reconversion. Ils doivent avoir un droit de regard sur chaque projet régional, notamment dans les secteurs stratégiques, comme l’énergie, le transport, la forêt, l’agriculture ou l’industrie.

Enfin, pour éviter que ce processus ne soit confisqué par les institutions, il faut mettre en place des observatoires citoyens et syndicaux chargés de surveiller la mise en œuvre des décisions et de forcer les autorités à rendre des comptes régulièrement. Les bilans doivent être publics, débattus et rectifiés collectivement.

Arguments en faveur des amendements et ajouts

La protection des travailleuses et des travailleurs ne peut se contenter d’un encouragement à la participation. Cette protection ne peut être assurée que par un processus de démocratisation économique qui ne doit pas s’arrêter à la porte des entreprises ou des institutions publiques.

Résumé des propositions soumises à la discussion
Soutien aux municipalités dans la transition écologique
1.5 (1.2.4) Soutenir les municipalités dans la transition écologique

Un gouvernement solidaire soutiendra adéquatement les municipalités dans la mise en œuvre de la transition socioécologique. Il donnera aux régions les moyens d’organiser leur développement économique et la socialisation. Un gouvernement solidaire confiera à de nouveaux conseils régionaux la planification de la transition socioécologique.

Critiques

Le soutien adéquat, cela ne signifie rien de précis. Le moyen d’organiser la mise en œuvre de la transition n’est pas non plus définie. Il s’ensuit que l’on en reste à un discours sans ancrage dans le réel.

Amendements et ajouts

Il faudra assurer le transfert du budget de l’État vers les municipalités, instaurer la mise en place de budgets participatifs et instaurer un fond de solidarité inter municipalités.

Arguments en faveur de l’Amendement

Les propositions avancées ne sont pas uniquement conditionnées à une éventuelle prise du pouvoir par Québec solidaire. Elles peuvent favoriser les mobilisations citoyennes pour remettre en cause le contrôle bureaucratique et étatique de l’état sur les municipalités tel que le prévoit la loi actuelle.

Résumé des propositions soumises à la discussion
Encadrer le commerce le libre échange et le financement
1.6 (1.2.5) Encadrer le commerce, le libre-échange et le financement

Un gouvernement de Québec solidaire imposera des obligations environnementales, sociales et de gouvernance renforcée pour les entreprises québécoises à l’étranger. Les organismes publics devront respecter les mêmes normes.

Critiques

La question du commerce et du libre-échange ne saurait concerner que les seuls investissements étrangers des entreprises québécoises. Ce qui est en jeu avec la finance, c’est la capacité de financer les investissements publics permettant une véritable transition socioécologique.

Amendements et ajouts

Il est nécessaire de dénoncer les traités qui portent atteinte à la souveraineté démocratique et aux droits sociaux et environnementaux, notamment l’ Accord Canada–États-Unis–Mexique, l’Accord économique et commercial global, et le Partenariat transpacifique global. Il faut exclure explicitement les services publics et la culture des clauses de libéralisation et d’investissement, et abolir les mécanismes de règlement des différends entre investisseurs et États, qui favorisent injustement les multinationales au détriment des intérêts collectifs.

Pour encadrer les entreprises québécoises à l’étranger, une loi sur la responsabilité extraterritoriale doit être adoptée, obligeant les entreprises et investisseurs publics québécois à respecter des normes rigoureuses en matière environnementale, sociale et de gouvernance (ESG).
Pour refonder nos rapports à la finance mondiale, il convient d’instaurer une taxe sur les transactions financières (TTF) ainsi que sur les profits bancaires, d’interdire toute relation avec des paradis fiscaux officiellement reconnus et d’imposer la transparence bancaire, notamment par la levée du secret bancaire. Par ailleurs, les produits financiers spéculatifs nuisibles doivent être interdits afin de réduire les risques systémiques et la financiarisation de l’économie.
Québec solidaire doit appeler à la socialisation des banques et des assurances.

Bloc 2 : Habitation, énergie, ressources naturelles et travail

Habitation
Résumé des propositions soumises à la discussion

2.1 (1.3.1.2) Réguler et bâtir habitations et logements (2,3,4,5) Un gouvernement de Québec solidaire s’attaquera frontalement aux spéculateurs, élargira et durcira l’éventail des sanctions. Les projets publics et privés de construction et de rénovation devront obéir à des normes écologiques. Les projets immobiliers devront répondre aux besoins de proximité des services publics afin de résoudre les problèmes liés à l’étalement urbain. Le secteur privé devra consacrer un pourcentage minimal des nouvelles habitations aux logements sociaux. Les Cégeps et universités devront offrir des lieux de résidences à prix modiques. Un gouvernement solidaire renforcera de manière drastique le rôle de l’État dans la construction et la gestion du parc public de logements. Il protégera le parc locatif et l’accès à la propriété individuelle et collective. Il prendra des mesures pour éviter que des personnes consacrent plus que 30% de leur revenu à leur loyer.

Critiques

Les propositions concernant l’habitation sont précises et répondent aux problématiques en matière d’habitation. Il reste qu’elles s’inscrivent essentiellement dans la conception du programme où tout n’est que le résultat de l’action d’un éventuel gouvernement de Québec solidaire.

Amendements et ajouts

Les actions citoyennes sont essentielles pour renforcer les droits et remettre les décisions entre les mains des collectivités. Québec solidaire soutiendra les initiatives visant la mise en place d’assemblées citoyennes régionales qui pourront encadrer les grands projets et permettre une véritable planification citoyenne de la gestion des milieux de vie. Les communautés devront bénéficier d’un droit d’achat préférentiel lors des ventes de terrains ou d’immeubles stratégiques. Les actions citoyennes et de différents mouvements sociaux aideront à garantir l’inclusion systématique des Premiers Peuples dans tous les processus décisionnels liés au territoire. Des Conseils d’aménagement territoriaux régionaux seront mis en place, composés d’élu-es, de citoyen-nes, d’organismes locaux, d’organisations syndicales et communautaires ainsi que de représentant-es autochtones pour élaborer démocratiquement des plans d’aménagement régionaux.

Énergie :
2.2.(1.3.2) Pour la conservation de notre eau et de notre énergie

Résumé des propositions soumises à la discussion

Québec solidaire s’oppose à la construction de tout nouveau pipeline. La collectivité, ce qui inclus les salarié-es et citoyen-nes et les Premières nations, doivent établir démocratiquement la stratégie de l’État Québécois. Il est urgent de lancer un vaste chantier pour accroître la production d’énergies renouvelables et non polluantes – solaire, géothermique et éolienne. Un gouvernement de Québec solidaire donnera les pleins pouvoirs d’étude et de recommandations au BAPE avant tout nouveau projet de développement hydroélectrique. Il stoppera les projets de développement énergétique qui ne sont pas responsables et durables sur le plan écologique. Il instaurera un programme d’efficacité énergétique comprenant la réduction d’énergie dans les milieux domestiques, du secteur public et des transports, la rénovation écologique des bâtiments et le resserrement des normes…

Critiques

Ici encore, les revendications et actions proposées par le projet de programme se limitent à décrire l’intervention gouvernementale. Les acteurs et actrices et les mobilisations qu’ils ou elles pourraient entreprendre pour transformer maintenant la situation ne sont pas envisagés… Il faut ajouter cette dimension.

Amendements et ajouts

Québec solidaire soutiendra la mise en place d’une planification écologique et démocratique qui réponde de manière résiliente aux besoins énergétiques de la population aux échelles locales, régionales et nationales, et qui donne un rôle primordial et décisionnel aux travailleuses et travailleurs concerné-es dans la gestion des ressources énergétiques. Il soutiendra les municipalités dans le développement et la gestion des microréseaux intelligents énergétiques adaptés à leurs besoins et se mobilisera avec les militant-es écologises pour refuser la relance de la filière nucléaire, y compris l’exploitation de l’uranium.

Arguments en faveur des ajouts

Ces ajouts visent à enrichir le programme au niveau de la démocratisation et la socialisation de ces propositions dans une démarche basée sur les mobilisations citoyennes et de différents acteurs sociaux.

Ressources naturelles
2.3 (1.3.5.2) Pour des pêcheries à l’échelle humaine.

Résumé des propositions soumises à la discussion

Un gouvernement de Québec solidaire inclura le milieu des pêcheries dans sa stratégie agroalimentaire afin de diminuer notre dépendance aux marchés internationaux, garantira la traçabilité, créera des chaînes d’approvisionnement locales, commercialisera les produits locaux partout au Québec et développera une aquaculture durable. Un gouvernement de Québec solidaire soutiendra la concertation élargie des actrices et acteurs de l’industrie des pêches en incluant les peuples autochtones et en respectant les droits ancestraux. Il repensera aussi le modèle actuel d’attribution des permis et quotas pour favoriser les pêcheurs et pêcheuses ancrées dans nos communautés.

Critiques

Les revendications et actions proposées par le projet de programme se limitent à décrire l’intervention gouvernementale. Les acteurs et actrices et les mobilisations qu’ils pourraient entreprendre pour transformer maintenant la situation ne sont pas envisagés… Il faudrait ajouter cette dimension.

Amendements et ajouts

Québec solidaire soutiendra les revendications et les moyens d’action des pêcheurs et pêcheuses du Québec qui visent à assurer la viabilité économique de leur métier et la protection durable des ressources halieutiques. Cela passe par des luttes (manifestations, grève de pêches, pressions politiques sur les autorités) pour un accès équitable aux quotas de pêche, en s’opposant à leur concentration entre les mains de grandes compagnies ou d’investisseurs financiers.
Québec solidaire contribue à favoriser des alliances avec ces travailleurs et travailleuses pour améliorer leur rapport de force.

Québec solidaire appuiera la collaboration des artisan-es avec les communautés autochtones et les chercheur-euses, ainsi que les expérimentations locales de quotas collectifs autogérés, afin de mieux équilibrer exploitation et préservation. et soutiendra les initiatives des pêcheur-euses pour la protection des stocks halieutiques et leur implication dans des partenariats scientifiques pour assurer un suivi régulier des stocks.

Québec solidaire joindra sa voix à leurs revendications et à leurs actions en alliances avec les organisations environnementales pour la protection des habitats marins menacés par la pollution, le chalutage de fond et la destruction des écosystèmes.

Arguments en faveur des ajouts

On ne peut concevoir le passage à des pêcheries à l’échelle humaine en excluant les acteurs et les actrices de cette industrie, en ne disant rien sur leurs revendications actuelles et sur leurs actions et sur la nécessité pour Québec solidaire de s’impliquer en soutien avec les luttes pour leur reprise de contrôle sur les pêcheries, la protection des ressources halieutiques et la protection des milieux marins.

2.4 (1.3.5.3) Pour des mines et des forets gérées responsablement (3)
2.5 (1.3.5.3) Pour des mines et des forêts gérées responsablement(4)
2.5 (1.3.5.3) Pour des mines et des forêts gérées responsablement (6)

Résumé des propositions soumises à la discussion

Un gouvernement de Québec solidaire placera l’industrie minière sous une étroite surveillance, en nationalisant au besoin certains minéraux stratégiques. Il élaborera une nouvelle loi sur les mines suivant une consultation populaire. Il mettra en place un système de redevance pour les entreprises exploitant les ressources naturelles afin d’encourager l’utilisation de ressources renouvelables en s’assurant que les ressources soient équitablement réparties – entre les régions, les Premières Nations et l’État québécois. Il garantira que la restauration complète des sites miniers soit assumée par les entreprises minières..

Un gouvernement de Québec solidaire adoptera une stratégie de gestion durable et d’adaptation de la foresterie aux changements climatiques, en collaboration avec les communautés touchées, particulièrement les Premières Nations et les Inuit, l’industrie et les travailleurs et travailleuses.
Un gouvernement de Québec solidaire en coopération avec les Premières Nations et les Inuit renouvellera le secteur forestier en surveillant et évaluant en continu les entreprises publiques et privées ou coopératives à partir de critères socio-économiques. Il élaborera des politiques publiques favorisant une plus grande utilisation de produits du bois provenant d’une exploitation durable.

Critiques

Il faut préciser ce que fera Québec solidaire comme parti, d’ici à ce qu’il soit au pouvoir.

Amendements et ajouts

Québec solidaire soutiendra les actions citoyennes pour la démocratisation de la gestion des ressources naturelles et leur appropriation collective.

Québec solidaire encouragera la création et l’animation d’assemblées citoyennes dans les régions ressources afin de débattre de la gestion locale des mines et des forêts. Il favorisera des initiatives de consultation populaires, comme des référendums citoyens sur des projets contestés. Il défendra non seulement la nationalisation des ressources stratégiques, mais plaidera en faveur de leur socialisation ou la coopérativisation et soutiendra des campagnes publiques en faveur de la socialisation des entreprises exploitant des minéraux stratégiques et des grandes entreprises forestières.

Il soutiendra les luttes autochtones pour la protection du territoire par sa présence sur le terrain, ainsi qu’un appui juridique et médiatique.

Québec solidaire appuiera la mise en place d’institutions du pouvoir populaire, comme la création de comités de veille citoyenne sur les processus de consultation et d’évaluation environnementale. Il appuiera la mise en place de commissions de vigilance citoyenne semblables à des « sentinelles écologiques » qui pourraient documenter les atteintes au territoire. Québec solidaire favorisera enfin la création de tables de solidarité autochtone-allochtones locales pour favoriser le dialogue et la mise en œuvre concrète d’une cogestion territoriale démocratique.

Arguments en faveur des ajouts

Cet ajout, vise à enrichir le programme afin qu’il ne les limite pas à une description d’une éventuelle politique gouvernementale. Il s’agit ici encore d’ancrer le programme, et par le fait même Québec solidaire, comme acteur des luttes qui se mènent actuellement et qui visent à renforcer le pouvoir populaire.

Droit des travailleuses et des travailleurs
2.7 (1.4.2) Pour la syndicalisation des milieux de travail sains (1)

Résumé des propositions soumises à la discussion

Un gouvernement de Québec solidaire reverra le rapport de force entre employeurs et salarié-es et améliorera leurs conditions de vie. Il prendra les mesures nécessaires pour que les travailleurs et les travailleuses puissent se syndiquer et exercer leurs droits syndicaux. Il inscrira le droit de grève dans la Charte des droits et libertés de la personne et interdira les lockout. Il révisera en profondeur la loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles. Il veillera à leur respect pour protéger l’ensemble des travailleuses et travailleurs, incluant les temporaires.

Critiques

Ce sont là des revendications justes pour améliorer les conditions de travail, de vie et d’organisations des travailleuses et des travailleurs, mais ces transformations sont reportées à une éventuelle prise de pouvoir par Québec solidaire. Pourtant, face à l’offensive néolibérale et la montée de l’extrême droite et le tournant autoritaire et antisyndical des gouvernements, il y a des tâches pour un parti politique qui ne peut être remis à plus tard. Le programme de Québec solidaire ne peut passer sous silence les tâches qui découlent de cette situation. Le programme du parti doit donc préciser le travail qui doit être fait maintenant pour contribuer à renforcer le rapport de force en sa faveur et pour contrer l’offensive du patronat et des gouvernements à son service.

Amendements et ajouts

Le mouvement syndical québécois est confronté à une offensive patronale et gouvernementale sans précédent, il doit répondre à des défis majeurs : restriction des droits syndicaux, précarisation du travail, privatisation des services publics, explosion des inégalités et crise écologique. La fragmentation du salariat – marquée par la multiplication des emplois temporaires, de l’économie de plateforme et du travail ubérisé – rend l’organisation collective plus difficile, tandis que l’austérité et les PPP grugent nos services essentiels.

Face à ces défis, le mouvement syndical québécois revendique des hausses salariales substantielles, indexées au coût de la vie et la pleine reconnaissance des droits syndicaux dans tous les secteurs. Il exige un réinvestissement massif dans la santé, l’éducation et les services sociaux, ainsi que la construction de logements sociaux accessibles. Dans le contexte de la crise climatique, il met de l’avant la nécessité d’une transition juste : reconvertir les emplois polluants en emplois verts et socialement utiles, développer massivement le transport collectif et reprendre démocratiquement le contrôle des secteurs stratégiques, comme l’énergie, les mines ou le numérique.

Québec solidaire doit soutenir activement les luttes du mouvement syndical pour ces revendications et les défendre sur toutes les tribunes. Cela implique de renforcer la mobilisation de son secteur de travailleurs et travailleuses syndiqués afin de favoriser la mobilisation de l’ensemble de ses membres et de son soutien populaire dans ces combats.

Québec solidaire doit contribuer à construire des alliances solides entre le mouvement syndical et différents secteurs de la société (mouvement étudiant, mouvement féministe, mouvement écologique, mouvement communautaire, mouvement anti-raciste et autochtone), afin de créer un véritable front populaire dans lequel le mouvement syndical est appelé à jouer un rôle essentiel.

Arguments en faveur des ajouts

Si une gestion gouvernementale de gauche apporterait un renforcement essentiel à la défense des droits des travailleuses et des travailleurs, le soutien à la défense de ces droits ne sauraient être reporté à l’éventuelle prise du pouvoir par Québec solidaire. C’est pourquoi il faut que le programme décrive les buts et les formes de l’implication de Québec solidaire dans ce combat.

Intelligence artificielle
2.8 Pour une utilisation responsable de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies

Résumé des propositions soumises à la discussion

Un gouvernement de Québec solidaire instaurera un cadre réglementaire concernant les technologies basées sur les principes de transparence, de transition socioécologique, de respect de l’identité et de la culture québécoise et de respect de la propriété intellectuelle et des droits d’auteurs. Il créera un filet de sécurité pour les travailleurs et travailleuses touchées par l’automatisation. Il exigera une étude d’impact éthique et sociale pour tout déploiement de l’intelligence artificielle dans les services publics. Il s’assurera que la mise en place d’infrastructures numériques se fasse de façon écoresponsable.

Critiques

Ici comme ailleurs, ce sont des propositions importantes, mais elles remettent l’initiative à un éventuel gouvernement de Québec solidaire et à son pouvoir de gestion. Pourtant des acteurs et actrices (syndicats, écologistes, pacifistes, scientifiques) agissent déjà sur le terrain pour contrer les effets négatifs que provoquent déjà la généralisation de l’IA sous l’initiative des grands patrons de la Silicon Valley. Il est donc important que QS se mobilise en alliance avec ces acteurs et actrices pour participer aux combats en cours. Le programme du parti doit refléter cette volonté.

Amendements et ajouts

Face à la généralisation de l’intelligence artificielle (IA) dans les milieux de travail, d’étude et de vie quotidienne, différents acteurs sociaux formulent actuellement des revendications et mettent en œuvre des moyens d’action pour en encadrer l’usage et en réduire les effets négatifs. Québec solidaire doivent soutenir les actions des syndicats qui exigent que l’automatisation ne soit pas synonyme de licenciements massifs et qui demandent que l’introduction de l’IA permette la réduction collective du temps de travail sans perte de salaire.

Québec solidaire soutiendra les revendications des salarié-es qui dénoncent l’utilisation de l’IA visant à renforcer leur surveillance ou à dégrader leur dignité au travail. Québec solidaire se joindra aux campagnes publiques des syndicats visant à dénoncer la surveillance algorithmique ou les suppressions de postes. Québec soutiendra les luttes pour l’imposition de normes communes pour protéger les salarié-es.

Québec solidaire sera partie prenante des actions des militant-es écologistes, qui soulignent l’empreinte écologique et matérielle de l’IA et dénoncent la consommation colossale d’énergie des centres de données et l’extraction de métaux rares nécessaires à son déploiement. QS défendra avec les organisations environnementales les choix technologiques des citoyens-nes et les communautés. QS participera aux campagnes de sensibilisation et aux actions militantes des écologistes pour bloquer l’arbitraire des dirigeants de la tech.

Québec solidaire reprendra à son compte les critiques des scientifiques qui revendiquent un accès public aux codes et aux bases de données, ainsi qu’une évaluation indépendante des impacts sociaux et environnementaux de l’IA. Ils exigent que certaines applications soient interdites, notamment les armes autonomes, les systèmes de notation sociale ou les dispositifs de manipulation politique de masse.

Québec solidaire s’impliquera dans les combats pour refuser que l’IA soit abandonnée au seul pouvoir des grandes entreprises et des gouvernements et pour la soumettre à un contrôle démocratique, transparent et citoyen.

Arguments en faveur des ajouts

En amont d’une éventuelle gestion gouvernementale par Québec solidaire de l’intelligence artificielle, le programme de Québec solidaire, comme parti des urnes et de la rue, doit baliser l’intervention du parti autour de ces enjeux.

Conclusion : les réels enjeux du débat programmatique à Québec solidaire

Le débat sur le programme à Québec solidaire a pour une grande part été présenté comme ayant pour objectif de le rendre plus pédagogique et accessible pour la majorité de la population. En fait, l’ébauche du programme met de côté les engagements politiques liés aux mouvements sociaux et présente essentiellement les politiques d’un éventuel gouvernement de Québec solidaire.

L’enjeu de ce débat est donc, essentiellement, soit de définir le programme comme un plan de gestion d’un gouvernement en attente (ce qui nous est proposé dans le Cahier de propositions), soit comme celui d’un parti des urnes et de la rue qui avance, bien sûr, les orientations d’un gouvernement solidaire, mais qui propose surtout des mesures articulées aux luttes en cours afin d’enraciner le parti dans les mouvements sociaux et de faire du programme un outil de lutte s’adressant à la majorité populaire et à ses organisations : syndicats, groupes féministes, écologistes, étudiants, communautaires et autochtones.

Le programme devient alors une boussole pour la mobilisation et la construction du pouvoir populaire. Les amendements et ajouts proposés ne sont que des pistes pour réinscrire dans le programme une véritable démarche d’un parti des urnes et de la rue.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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