Édition du 14 avril 2026

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Québec

Un PQ nourri de nationalisme identitaire n’est pas la voie de la construction d’une majorité indépendantiste au Québec

Le Parti québécois, après des décennies de reculs, est parvenu à se relancer. La défense, par son chef Paul St-Pierre Plamondon, de sa position de tenir un référendum dans un premier mandat a joué un rôle important dans cette remontée des intentions de vote en faveur du PQ. Il capte aujourd’hui le mécontentement envers la CAQ et occupe depuis plusieurs mois la première place dans les intentions de vote que le dernier sondage Léger chiffre à 35 %. Mais en dehors d’un positionnement stratégique du PQ, la vraie question est celle des voies de la construction d’une majorité indépendantiste déterminée au Québec.

26 août 2025

Le PQ de PSPP a-t-il réellement dépassé la logique de la priorité donnée à une perspective de gouvernement ?

Depuis son échec référendaire de 1995, le Parti québécois a peu à peu relégué l’indépendance derrière une logique de « bon gouvernement », multipliant les manœuvres tactiques et électoralistes pour éviter de faire de la souveraineté un enjeu électoral clair. Aux élections de 2018, Jean-François Lisée reportait l’éventuelle tenue d’un référendum à un deuxième mandat.

Cette stratégie, élaborée par l’élite des « ministrables », pour qui l’espoir d’accéder à la gestion provinciale l’emporte sur tout projet d’indépendance et la rupture avec l’État canadien, a peu à peu contribué à miner le bloc souverainiste. Depuis la défaite de Pauline Marois en 2014, le Parti québécois a connu un fort déclin, passant de 30 député-es à 3 en 2022.

Dès sa course à la chefferie en 2020, PSPP a défendu l’idée qu’un gouvernement péquiste majoritaire devrait organiser un référendum avant 2030, dans un contexte jugé favorable – sondages positifs, volonté fédérale d’occuper les champs de compétence du Québec et appui croissant à la souveraineté chez les jeunes. Cette promesse vise à redonner au projet indépendantiste une centralité politique, mais elle se fait alors que le PQ connaît un glissement vers un nationalisme identitaire, notamment en associant immigration et menaces pour l’avenir du Québec.

La relance des débats à l’intérieur du camp souverainiste

Cette relance provoque toutefois des débats au sein même du camp souverainiste. Pour les indépendantistes inconditionnels, la réaffirmation référendaire du PQ est salutaire.
Dans son article paru dans le journal Le Devoir, L’indépendance, enjeu de la prochaine élection, Gilbert Paquette écrit : « Un Québec doté de tous les moyens d’un pays pourra mieux faire face à toutes les situations qu’un Canada divisé, malgré la solidarité de façade, passif devant l’envahissement des géants numériques, multipliant les investissements publics dans le militaire et les pipelines pétroliers ou gaziers aux dépens de la protection sociale et du climat. »

Le courant indépendantiste, au sein du PQ comme en dehors de ce dernier, voit la remontée du PQ comme la possibilité de la tenue d’un référendum et un renouveau de l’espoir de l’accession à l’indépendance. La reprise de la même stratégie qui a conduit aux défaites de 1980 et 1995 est encore à l’ordre du jour.
Mais pour d’ancien-nes dirigeant-es comme Lucien Bouchard (dans une entrevue à Radio-Canada, le 21 août dernier), il s’agit d’une erreur stratégique : « promettre un référendum, c’est prendre le risque d’une nouvelle défaite qui laisserait le mouvement exsangue pour une génération. »

Ces divergences révèlent un dilemme ancien : faut-il privilégier la gouvernance provinciale et attendre des « conditions gagnantes » ou mettre de l’avant la souveraineté, quitte à en assumer les risques électoraux ? Pour rallier les indépendantistes, la position défendue par PSPP s’avère efficace, mais lorsqu’il s’agira de rallier plus largement, la question des modalités de la tenue du référendum va, à la veille des élections, se poser de nouveau. Les sondages vont sans doute alors avoir un effet déterminant.

Les fédéralistes se mobilisent déjà pour une campagne de peur

Face à la position du PQ de PSPP, les partis fédéralistes jouent sur la peur et la division. La CAQ, affaiblie dans les sondages, rejette l’idée même d’un débat référendaire. François Legault affirmait en avril 2024 à l’Assemblée nationale que « 86 % des Québécois ne veulent pas de référendum dans un premier mandat » – un chiffre contredit par un sondage qui parle plutôt de 66 %, mais le premier ministre n’hésite pas à le répéter pour discréditer le projet de PSPP.

Le Parti libéral du Québec, en pleine reconstruction, insiste sur l’instabilité et l’insécurité qu’un référendum apporterait, et tente de rallier sous sa bannière tous ceux et toutes celles qui défendent le fédéralisme canadien.

Le Parti conservateur du Québec dénonce l’approche de PSPP comme radicale et réclame son recul.

Au-delà d’un potentiel calendrier référendaire, les voies de la construction d’une majorité indépendantiste au Québec restent la vraie question

La réalité, cependant, est que la majorité souverainiste est loin d’être acquise. Comme on peut le lire sur le site QC-125 : « … il reste intéressant de constater que la tranche de 18-35 ans demeure celle la plus encline vers la souveraineté (48 % en juin, 42 % en août). Chez les 35-54 ans, seulement 30 % appuieraient la souveraineté si un référendum avait lieu (après répartition des indécis). Chez les 55 ans et plus, cette proportion atteint à peine 36 %. »

Ainsi, la construction d’une majorité indépendantiste ne peut se réduire à la stratégie du PQ, centrée sur le moment référendaire. Elle doit se construire bien en amont, dans les luttes sociales, démocratiques et culturelles qui façonnent le Québec. La construction d’une majorité indépendantiste doit s’enraciner dans les intérêts de la majorité populaire.

La construction d’un réel bloc populaire indépendantiste reposera sur la plurinationalité, l’égalité et la solidarité. Cela signifie le rejet du nationalisme ethnique homogène au profit d’un Québec métissé, inclusif, qui reconnaît sa réalité plurinationale. Cela implique l’égalité des droits pour toutes et tous, la liberté de circulation et d’installation, l’éradication du racisme systémique et la reconnaissance des luttes autochtones comme partie intégrante de la refondation démocratique. C’est aussi une politique linguistique inclusive, une laïcité républicaine ouverte, et le refus du fémonationalisme qui détourne l’égalité femmes-hommes au profit de l’exclusion.

Mais cette majorité indépendantiste ne peut se construire uniquement sur des principes : elle doit s’ancrer dans les luttes sociales concrètes qui traversent actuellement le Québec. C’est dans ces mobilisations que se forgent à la fois une conscience collective et une solidarité populaire. Le renforcement du soutien à l’indépendance découlera du soutien :

• aux résistances contre les projets d’oléoducs et de transport de pétrole, qui menacent les territoires, les rivières et le climat, ces résistances incarnant une volonté de rupture écologique et démocratique avec l’impérialisme énergétique ;
• à la mobilisation croissante contre l’augmentation massive des dépenses militaires du Canada, encouragée par Ottawa pour se plier aux exigences de l’OTAN et aux pressions d’un gouvernement Trump hostile et belliqueux, mobilisation qui révèle un rejet de la logique impérialiste et guerrière qui oriente les politiques de la bourgeoisie canadienne ;
• aux luttes des communautés autochtones contre le régime forestier imposé par la CAQ, qui continue de privilégier l’exploitation industrielle au détriment des droits ancestraux, de la biodiversité et du climat, ces luttes illustrant l’urgence d’un front commun décolonial et écologique ;
• et enfin à la contestation des accommodements recherchés par Mark Carney et le gouvernement fédéral avec Washington, dans le contexte du retour de Trump, cette contestation soulignant la dépendance structurelle du Canada vis-à-vis des impérialismes étrangers et la nécessité pour le Québec de construire une voie autonome et internationaliste.

Le rôle que Québec solidaire est appelé à jouer dans la construction d’une majorité indépendantiste

Dans chacune de ces luttes, Québec solidaire peut jouer un rôle central : celui d’articuler les résistances sociales à un projet politique de transformation et d’indépendance. Son action parlementaire, combinée à sa proximité avec les mouvements sociaux – syndicats, associations écologistes, groupes féministes, collectifs autochtones, organisations antiracistes – permet de donner une traduction politique à ces aspirations.

Construire une majorité indépendantiste exige donc de faire de l’indépendance non pas une question abstraite ou strictement institutionnelle, mais la clé d’une souveraineté populaire effective : le contrôle démocratique de l’économie, de l’énergie, des services publics et des territoires. Cela suppose de nouvelles institutions démocratiques – mandats impératifs donnés aux élu-es, révocabilité, budgets participatifs, autogestion – rompant avec l’oligarchie politique.

C’est précisément sur ce terrain que Québec solidaire et les mouvements sociaux ont un rôle stratégique à jouer. QS, en mettant de l’avant l’idée d’une Assemblée constituante élue au suffrage universel, cherche à faire de l’indépendance une démarche de souveraineté populaire où le peuple définit lui-même les contours du pays qu’il veut construire. Cette approche rompt avec la logique des élites péquistes, pour qui l’indépendance dépend d’un pari électoral. Elle propose au contraire de donner la parole directement au peuple, en liant le projet d’indépendance à celui d’une démocratisation radicale de la vie politique.

C’est aussi en situant la lutte pour l’indépendance comme une remise en cause radicale de l’État canadien, de son rôle de garant des intérêts capitalistes et coloniaux, que l’on pourra rallier les forces de la majorité populaire. La lutte pour l’indépendance ne saurait se limiter au seul territoire du Québec. Elle doit se connecter aux mouvements de transformation sociale dans le reste du Canada et chez les Premières Nations, en construisant une perspective pancanadienne, internationaliste et décoloniale.

Ainsi, la vraie question n’est pas de savoir si PSPP tiendra sa promesse d’un référendum lors d’un éventuel premier mandat ou si les Libéraux et autres fédéralistes parviendront à capitaliser sur la peur. En définitive, la voie de l’indépendance passe par l’union entre projet national et projet de société. La construction de cette majorité indépendantiste découlera non de l’action d’une élite politique cherchant à gouverner dans le cadre provincial, mais d’un peuple en mouvement qui redéfinit collectivement son avenir. C’est en ce sens que Québec solidaire et les mouvements sociaux peuvent jouer un rôle décisif.

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Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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