En résumé, jusqu’ici...
Sur le plan international, la guerre d’agression russe s’est enlisée en Ukraine ; le gouvernement israélien, contrôlé par ses éléments les plus fanatiques, a perpétré un génocide au vu et au su du monde entier, profitant de la complicité active des États-Unis et de la pitoyable inaction du monde occidental ; et 77 millions d’Américain·e·s ont réélu un violeur pédocriminel fasciste comme président, plongeant leur pays et le monde entier dans une instabilité chronique dont la brutale agression israélo-américaine en Iran et au Liban n’est que la plus grotesque des manifestations récentes. Dans le même temps, la caste des oligarques technofascistes a verrouillé son emprise sur les instruments du capitalisme algorithmique, y compris sur une « intelligence artificielle » dont il est impossible de prédire les conséquences.
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À l’échelle fédérale, le gambit national-populiste de Pierre Poilièvre s’est retourné contre lui au lendemain de l’élection de Donald Trump aux États-Unis. L’électorat canadien a préféré miser sur une valeur sûre en reconduisant au pouvoir un Parti libéral, désormais commandé par un banquier de carrière se présentant comme le sauveur du peuple face à la menace trumpiste. Depuis son arrivée au pouvoir, toutefois, Mark Carney ne cesse de confirmer le caractère résolument conservateur de son gouvernement, comme en fait foi la série de transfuges du Parti conservateur du Canada qui lui ont assuré une majorité au parlement. Au niveau de la rue, les mouvements suprémacistes blancs sont plus et mieux organisés au Canada anglais qu’ils ne l’ont été depuis au moins une génération, avec la prolifération d’organisations « nationalistes » comme Diagolon, Second Sons et le réseau néonazi des Active Clubs.
Nous constations en 2023 que l’extrême droite de type groupusculaire (Atalante Québec, Fédération des Québécois de souche, La Meute, Storm Alliance, Soldiers of Odin, etc.) était en repli au Québec, mais qu’en revanche — ou justement, parce que —, plusieurs des notions mises de l’avant par l’extrême droite en matière d’immigration et d’identité sont reprises de plus en plus explicitement dans les discours du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) et de l’opposition du Parti Québécois (PQ), tout comme dans le commentariat de certains médias. Cette tendance lourde, qui reflète une consolidation « culturelle » du bloc nationaliste conservateur – doublée d’une diabolisation constante et soutenue des idées progressistes – ne s’est pas démentie, et s’est même accélérée.
Le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime porte quant à lui un conservatisme réactionnaire avant tout centré sur le démantèlement des services publics et la préservation des privilèges matériels d’une classe moyenne repliée sur ses intérêts. Sous son argumentaire « autonomiste », il reprend néanmoins des thèses nationalistes ethniques et identitaires, en particulier dans sa version islamophobe. Ceci s’effectue souvent au nom d’une majorité laïque, exigeant que prime sa volonté au nom d’une démocratie qui écrase les droits des minorités au moyen de la fameuse clause dérogatoire.
La partie émergée – et complètement normalisée – de cette extrême droite est le nationalisme identitaire conservateur/réactionnaire qu’incarnent des figures comme Mathieu Bock Côté (MBC). Ce dernier a exercé une influence considérable sur le gouvernement de la CAQ tout au long de ses deux mandats et reconduira sans doute cette influence sur un éventuel gouvernement péquiste. D’autres comme lui déversent dans les journaux et sur les plateaux du groupe Québecor un flot continu de chroniques mesquines, blâmant l’immigration pour tous les maux objectivement imputables aux décisions de la classe politique au fil des dernières décennies, répétant comme un mantra que le Québec a dépassé sa présumée « capacité d’accueil ».
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Le nationalisme conservateur bon chic bon genre du dandy MBC et de ses émules se déverse dans le nationalisme à caractère ethnique (l’ethnonationalisme), lequel contient presque toujours une dimension de « racisme scientifique ». Celle-ci le conduit à se déverser dans le fascisme bona fide sous ses diverses déclinaisons, y compris dans les cas extrêmes, dans le néonazisme et le nihilisme accélérationniste à prétention génocidaire. Il faut bien comprendre que toutes ces catégories se retrouvent sous une forme ou une autre au Québec, qu’il existe un degré important de porosité entre elles et qu’il est impossible de prédire l’ampleur que l’une ou l’autre peut prendre à tout moment ou la vitesse à laquelle cette expansion peut se produire.
En guise de porte d’entrée, l’organisation « jeunesse » Nouvelle Alliance (NA) représente aujourd’hui le pôle nationaliste identitaire/ethnique : une extension du discours des MBC et cie, pour l’essentiel dépouillé des pires excès de langage. Cela n’empêche pas ses militants de pousser régulièrement la limite de l’acceptable, avec des évocations répétées de la « submersion migratoire » et autres euphémismes ou dog whistles rappelant implicitement la thèse complotiste du « grand remplacement ». Le nationalisme de NA revendique ouvertement la priorité (ou la « préférence ») nationale et la défense des intérêts de la majorité historique canadienne-française, en projetant dans sa propagande une image d’Épinal rétrofuturiste d’un Québec indépendant où cette majorité pourra imposer sans partage sa domination culturelle et, surtout, ethnodémographique. La question de l’immigration est déjà présentée ici comme une menace à la survivance de la nation canadienne-française.
Viennent ensuite le projet de « réinformation » Nomos-TV et la communauté d’esprit qui s’est créée en ligne autour de ses principaux animateurs. Fièrement ethnonationaliste et très souvent ouvertement raciste (voir l’article de Montréal Antifasciste révélant la violence des propos tenus dans leur forum privé), le projet Nomos sert en quelque sorte de courroie de transmission entre les diverses tendances de l’extrême droite locale. Son principal animateur, Alexandre Cormier-Denis (voir l’article que Montréal Antifasciste lui a consacré et les passages à son sujet ci-dessous), est sans contredit héritier de la tradition néofasciste qui, depuis les années 1970, œuvre à la réhabilitation des thèmes de l’extrême droite historique sur le plan culturel. Cette tradition adopte une approche dite « métapolitique », en vue d’une éventuelle saisie du pouvoir politique. Est-il nécessaire de signaler que c’est précisément la dynamique à laquelle nous assistons de manière accélérée depuis plusieurs années, en Europe, aux États-Unis et ici même ?
Faisant figure d’idiots utiles à cet égard, de nombreux personnages publics leur prêtent leur notoriété ou les invitent sur leurs plateformes. C’est le cas notamment de la Radio X de Québec, où Philippe Plamondon et Sébastien de Crèvecœur de Nomos-TV tiennent chronique, de Richard Martineau, qui relaie régulièrement des éléments de propagande sur ses médias sociaux, ou de Benoît Dutrizac, qui reçoit à son émission sur QUB radio des individus clairement associés à l’extrême droite, dont Alexandre Cormier-Denis lui-même.
Il existe en outre toute une constellation d’influenceur·euse·s, de médias « alternatifs » et de podcasters moins connu·e·s qui se taillent une place dans l’écosystème et alimentent en permanence les chambres d’échos islamophobes/xénophobes/transphobes. Combinant leurs influences, tou·te·s ces intervenant·e·s participent activement à élargir la fachosphère, à amplifier la voix de ses porte-parole les plus strident·e·s et à impulser un certain mouvement, au point où beaucoup déclarent être en train de gagner la « bataille des idées » face à la gauche.
Bouclant la boucle, par calcul cynique, certains politiciens n’hésitent plus à racoler ce segment de l’électorat soumis à l’influence de l’extrême droite. C’est le cas notamment de Paul Saint-Pierre Plamondon qui a accordé une entrevue à Rebel News (voir le passage à ce sujet, ci-dessous) en avril dernier, et dont même d’ex-député·e·s et ministres de son parti s’inquiètent en secret que leur chef entretienne « une proximité idéologique inquiétante avec Mathieu Bock-Côté », selon l’analyste de la politique québécoise Michel David.
Puis enfin, à la frange de cet écosystème toxique, l’on retrouve des projets comme le Frontenac Active Club, qui épousent une éthique ouvertement suprémaciste blanche et se complaisent sans vergogne dans l’imaginaire néonazi. Les Active Clubs, comme le réseau White Lives Matter avant eux, ainsi que toute la constellation des groupuscules « nationalistes » canadiens comme Second Sons, Diagolon ou Loyalist Pioneers, s’inscrivent de façon claire dans la continuité du néonazisme nord-américain (voir le Patriot Front). Ces groupes combinent les codes boneheads (nationalisme blanc 1.0) à ceux de l’alt-right (nationalisme blanc 2.0) et à certains éléments des mouvements identitaires européens, à l’instar du maintenant défunt groupuscule Atalante Québec, qui se rattachait quant à lui à la tradition dite « nationaliste révolutionnaire ».
Les idées et valeurs de l’extrême droite se retrouvent à tant d’endroits aujourd’hui qu’il nous est impossible de tout traiter en détail. Nous aurions pu, par exemple, présenter longuement Romain Gagnon (ing.), auteur raciste et masculiniste et vice-président des Sceptiques du Québec, pour qui il signe des textes dénonçant le port du hidjab et le prétendu « entrisme idéologique » islamique à l’Ordre des ingénieurs du Québec. L’intolérance des Sceptiques du Québec à l’égard des transidentités est si forte que l’association a été exclue, en 2022, de la Fédération des Initiatives pour le Développement de l’Esprit critique et du Scepticisme Scientifique. Sans nécessairement qualifier ces groupes d’« extrême droite », on peut tout de même constater de fortes crispations d’intolérance face aux personnes trans et aux communautés musulmanes dans le collectif féministe Pour le droit des femmes (PDF) et dans le Réseau éducation, sexe et identité (RÉSI), par exemple, qui s’affichent pourtant comme progressistes.
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Bilan de la CAQ
Le virage identitaire d’une partie de la classe politique québécoise ne date pas d’hier. De l’avis de plusieurs[1], le milieu indépendantiste a entamé un repli en ce sens dès le lendemain de la défaite référendaire de 1995, une dérive qui s’est accélérée au cours des années 2000 avec la crise des « accommodements raisonnables », stimulée à des fins électoralistes par Mario Dumont et l’Action démocratique du Québec (ADQ), et qui s’est poursuivie avec l’épisode de la « Charte des valeurs québécoises » pilotée par Bernard Drainville, alors ministre du Parti Québécois. Ce déplacement d’un nationalisme plus civique (« Quiconque vit au Québec est Québécois·e ») à un nationalisme surtout ethnique (« Nous », la majorité d’origine canadienne-française, contre « eux », les minorités) s’est confirmé avec la victoire de la Coalition Avenir Québec (CAQ) et la mise en œuvre de son programme législatif liberticide.
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De tous les acteurs et actrices engagé·e·s dans cette course vers le bas, le chef du Parti Québécois (PQ), Paul Saint-Pierre-Plamondon, est peut-être le moins subtil et le plus irritant. Lui qui, quelques années à peine avant de prendre la direction du parti, vantait encore les vertus de l’ouverture et de l’inclusion, a opéré un retournement de veste complet et racole désormais ouvertement l’électorat d’extrême droite par soif du pouvoir. À quoi bon se priver d’être raciste, si cela permet de devenir premier ministre ? Par exemple, il savait exactement ce qu’il faisait lorsqu’il a accordé une entrevue de fond à Rebel News et, quelques jours plus tard, lorsqu’il a répondu à une question de Léo Dupire, le porte-parole de Québec Fier (proche du Parti conservateur du Québec), dans le cadre d’un townhall du Centre pour Israël et les affaires juives (CIJA) en brandissant la menace que ferait planer le « frérisme » (en référence aux Frères musulmans égyptiens) sur le Québec. Ce délire est tout droit sorti du répertoire de l’extrême droite européenne, ce qui n’a pas empêché le chroniqueur du Devoir et ancien chef du PQ, Jean-François Lisée, de le reprendre peu après pour justifier les propos douteux de PSPP. Les prises de position récentes et la rhétorique endurcie de ce dernier trahissent ainsi son intention de grappiller les votes des droitistes déçus pour qui la CAQ n’est pas allée assez loin dans les politiques anti-immigration, l’islamophobie et l’antiwokisme tous azimuts. Pour l’instant, le PQ continue de promettre un référendum sur l’indépendance dès un premier mandat s’il est élu, mais il est permis de se demander ce à quoi ressemblerait un Québec souverain sous une pareille direction.
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MBC et le nationalisme conservateur
Mathieu Bock-Côté (MBC), dont le fonds de commerce consiste depuis belle lurette à calomnier l’Islam, l’immigration, les « néoféministes » et les personnes trans, a poursuivi sa dérive fascisante, notamment en publiant l’an dernier un nouveau livre (Les deux Occidents, 2025) pour dénoncer — encore et toujours — le diabolique « régime diversitaire ». Il y critique les États libéraux comme la France, qu’il compare sans rire au système totalitaire de l’URSS, ce qu’il avançait déjà dans son livre précédent, Le totalitarisme sans le goulag (2023), mais qu’il réitère ici avec encore plus de hargne et d’hyperbole.
Il défend par ailleurs la ligne autoritaire du trumpisme, qui répondrait selon lui aux aspirations du « vrai » peuple… Ce dandy mondain se présente ainsi encore comme un « dissident » et continue de rejouer inlassablement la cassette qu’il use depuis presque 30 ans : l’extrême droite n’existe tout simplement pas (ses critiques seraient d’ailleurs incapables de la définir), et qualifier une personne ainsi n’a pour seul objectif que de la disqualifier de l’espace public par des moyens malhonnêtes.
Il a, dans le même esprit, défendu une grande manifestation xénophobe en Grande-Bretagne en septembre 2025, organisée par le militant anglais Tommy Robinson, et à laquelle Éric Zemmour (qui a servi de mentor à MBC dans l’écosystème médiatique français) a été invité à prendre la parole. À en croire MBC, tout cela n’a rien à voir avec l’extrême droite, car le bon peuple anglais ne fait que défendre son identité : « La manifestation de Londres n’avait rien de honteux. L’associer à “l’extrême droite” relève du salissage », a-t-il même osé déclarer. Pourtant, même les médias auxquels il collabore au Québec — Journal de Montréal et TVA — et en France — CNews et Le Figaro — qualifient Tommy Robinson de militant d’« extrême droite » !
Pour bien saisir l’état d’esprit de MBC, il est aussi intéressant de rappeler sa défense de Nigel Farage, un politicien d’extrême droite anglais qui a dirigé le parti Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et qui est aujourd’hui à la tête du parti Reform UK. D’après Mathieu Bock-Côté, il s’agit d’« un homme tout à fait honorable, qu’il est scandaleux d’extrême-droitiser, [il] a été un acteur majeur de la longue campagne pour le Brexit et la restauration de la souveraineté britannique. […] Vrai tribun, homme de culture, drôle et éloquent, militant pugnace aux convictions inébranlables, il est parvenu à transformer le débat public ». Or, le journal The Guardian révélait, en mars 2026, que cet « homme tout à fait honorable » a accepté d’être payé par Diagolon, le groupe suprémaciste blanc canadien, pour enregistrer des vidéos en appui aux actions de ses leaders, dont le « Road Rage Terror Tour ».
S’il s’entête à répéter qu’il ne faut surtout jamais associer qui que ce soit à l’extrême droite, cette fameuse « catégorie fantomatique », Mathieu Bock-Côté ne se gêne pas pour sa part de qualifier régulièrement les « antifas » d’« ultra-gauche » et d’« effondrés psychiques » ultraviolents (et apparemment très riches), les désignant même comme les « vrais fascistes », reprenant une formule dont la profonde absurdité n’a pas empêché qu’elle devienne un cliché omniprésent dans les milieux réactionnaires. Bien d’autres l’ont remarqué avant nous : une partie du modus operandi de MBC consiste précisément à faire lui-même ce qu’il reproche constamment à ses adversaires.
Bock-Côté fait régulièrement la promotion de leaders de l’extrême droite française, comme Éric Zemmour et Marion Maréchal LePen (avec qui il a été récemment aperçu dans un chic restaurant parisien). Enfin, il n’est pas seulement le chouchou des milliardaires propriétaires de médias de masse, il est aussi l’enfant chéri de magazines d’extrême droite, faisant par exemple la Une du numéro de janvier 2026 de la revue Éléments : Pour la civilisation européenne, fondée par Alain de Benoist et qualifiée de revue de la « Nouvelle Droite », aujourd’hui proche de la Nouvelle librairie, établissement d’extrême droite logé à Paris.
MBC forme par ailleurs une relève, dont Étienne-Alexandre Beauregard (ÉAB) est sans doute la figure la plus en vue, après Philippe Lorange. MBC a notamment invité ÉAB à ploguer son livre sur « l’effondrement de la civilisation occidentale » (sous l’effet des valeurs de gauche, évidemment) à son émission sur CNews en octobre 2025. Celui-ci a aussi eu la chance d’être interviewé, dans la même tournée en France, par des journaux d’extrême droite comme Frontières et Causeur. Au Québec, ÉAB a aussi été le rédacteur des discours de François Legault pendant plusieurs années. Notons son invitation récente par le comité du PQ à l’Université Laval pour une conférence « sur la nation québécoise ».
Il est incontestable que MBC et son poulain ont exercé une influence sur les orientations de la CAQ et que par conséquent, la tendance nationaliste conservatrice que représentent Bock-Côté et Beauregard, laquelle garde un pied dans le libéralisme autoritaire et un autre dans l’extrême droite, a déteint sur la culture politique au Québec. C’est sans doute en partie de cette brèche politique, ou du moins de cet univers idéologique, qu’a notamment pu émerger une organisation comme Nouvelle Alliance.
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Médias « alternatifs », pseudo-journalistes, intellos et influenceur-euse-s
Il s’est développé au Québec, depuis quelques années, toute une constellation de pseudo-médias sur le web qui se targuent de défendre la liberté de penser « au-delà des dogmes et des tabous ». Ces derniers se contentent en réalité de régurgiter les dogmes de la droite dure, voire de l’extrême droite, surtout au sujet de l’immigration, de l’Islam et des transidentités, en plus de s’en prendre à la gauche progressiste et à la gauche radicale, toutes confondues dans la catégorie fourre-tout du « wokisme ».
Rebel News Québec
Rebel News Québec est une section locale de l’organisation d’extrême droite Rebel News (autrefois Rebel Media) fondée en 2015 par l’avocat et militant canadien Ezra Levant. La section québécoise a été lancée en avril 2017 ; en date de mai 2026, elle avait produit 430 vidéos, comptait 27 000 abonnés et revendiquait 2 700 000 visionnements. Ses principaux activistes sont Alexandra « Alexa » Lavoie, qui agit à titre de « reporter » de terrain, et Guillaume E. Roy, qui lui sert de caméraman.
Sur son site, le collectif militant se présente ainsi :
« Chez Rebel News Québec, nous suivons les faits peu importe où ils mènent — et quand ça va à contresens du récit de l’establishment, c’est notre mission de vous montrer l’autre côté de l’histoire ! Nous abordons les enjeux sociopolitiques qui affecteront la vie des Québécois dans les années à venir, sans filtre ni censure. »
Or, son nom est doublement trompeur, car ce projet n’est ni rebelle ni un véritable média d’information. D’abord plutôt marginal et méconnu, il a gagné en influence au cours des dernières années sur les médias sociaux, et même sur la scène politique à l’occasion des manifestations propalestiniennes, qu’il cherchait activement à discréditer.
En avril 2025, lors des élections fédérales, les agitateur·trice·s de Rebel News ont aussi attiré l’attention en perturbant la conférence de presse qui suivait le débat des chefs en français, en posant des questions pour le moins orientées. Par exemple, ils ont demandé au chef du NPD ce qu’il pensait des « attaques répétées contre les chrétiens » et les « églises ciblées par du vandalisme ». Cette situation a convaincu la Commission des débats d’annuler le débat en anglais. Radio-Canada et même le Journal de Montréal ont alors qualifié le groupe comme appartenant à l’« extrême droite », à l’instar du Conseil de presse, qui a précisé dans une décision rendue en mars 2026 [#D2025-12-193] que Rebel News : « […] ne constitue pas un média d’information tel que défini par le Conseil de presse du Québec. La plateforme Rebel News peut plutôt être qualifiée d’organisation militante proche des milieux d’extrême droite ». Le Journal de Montréal avait aussi rapporté, à cette occasion, que Rebel News avait reçu environ 200 000 $ pour influencer la campagne électorale, en particulier pour encourager la mobilisation contre le Parti libéral du Canada.
Rebel News Québec a récemment profité de l’appétit des animateurs de Qub Radio pour les opinions d’extrême droite en se faisant inviter par Benoit Dutrizac (par exemple, le 16 avril 2025) ou encore par Richard Martineau (le 1er décembre 2025). La pseudo-journaliste Alexandra Lavoie a notamment pu y affirmer qu’elle « redoute ceux avec des keffiehs où on ne voit que les yeux […], souvent ils deviennent violents ». Richard Martineau s’est ainsi désolé que Rebel News soient « les seuls » à parler des prières de musulman·e·s dans les rues de Montréal (9 avril 2026).
Les activistes de Rebel News manquent aussi cruellement de décence élémentaire. Pour ne citer qu’un exemple, Alexandra Lavoie a notamment poursuivi dans les rues la députée libérale Nathalie Provost pour lui demander si son objectif au gouvernement était de « pousser l’agenda du lobby Poly-se-souvient » pour le contrôle des armes à feu, évoquant la prétendue répression contre les membres de la Canadian Coalition for Firearms Rights (CCFR). Sans rire, Lavoie a alors accusé de « fascisme » un attaché politique accompagnant la députée qui levait la main pour cacher la lentille de la caméra. Pour mémoire, Nathalie Provost a certes milité pour le contrôle des armes à feu, mais il faut aussi noter qu’elle est elle-même l’une des étudiantes de Polytechnique ayant survécu aux tirs du tueur de l’attentat antiféministe du 6 décembre 1989 et qu’elle porte encore du plomb dans son corps.
Dans le même esprit d’agitation « avec pas d’classe », le 27 septembre 2025, Lavoie et son caméraman se sont disgracieusement pointé·e·s à la marche silencieuse pour Nooran Rezayi, le jeune homme assassiné par la police de Longueuil, visiblement dans le but d’en harceler les participant·e·s. Leur réaction délirante face aux antifascistes qui ont tenté de les repousser a provoqué une escalade policière contre la foule endeuillée.
Le modus operandi des têtes de Rebel News consiste ainsi à pratiquer un « journalisme d’embuscade », à harceler leurs opposantes idéologiques sous couvert de liberté de presse, et se poser ensuite en victimes lorsqu’elles sont repoussées. Cette formule éprouvée (d’ailleurs très répandue en Europe et aux États-Unis), exploitant l’appétit des algorithmes pour les chocs sensationnalistes, leur permet à la fois de gagner en popularité dans les médias sociaux et de recueillir toujours plus de dons en tirant profit de la crédulité de leur base. Nous restons de l’avis que la meilleure approche reste de les éloigner de nos activités et mobilisations, mais par des moyens tactiques et stratégiques réfléchis en conséquence.
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Du côté des médias traditionnels
Comme nous l’avons vu tout au long de cet état des lieux, une partie des médias institutionnels fait montre d’un véritable « problème facho ». C’est le cas bien sûr de la Radio X, mais aussi de Qub Radio (99,5), dont les animateurs vedettes (Benoît Dutrizac, Richard Martineau, Sophie Durocher, etc.) reçoivent régulièrement plusieurs des personnalités présentées dans le présent document. Le Journal de Montréal compte quant à lui un grand nombre de chroniqueurs (Bock-Côté, Joseph Facal, Richard Martineau, Sophie Durocher, Nathalie Elgrably-Lévy, etc.) qui ressassent à longueur de temps les mêmes obsessions réactionnaires, dont l’antiwokisme.
Jacinthe-Ève Arel est une ancienne de la CAQ qui s’est présentée pour le PCQ en 2022. Elle est devenue une figure médiatique régulièrement appelée à commenter l’actualité du point de vue de la droite conservatrice « libertarienne », notamment à Radio-Canada. Depuis février 2025, elle anime sa propre émission au 99,5 (Qub Radio), où elle sert de courroie de transmission pour la « droite économique » et le PCQ d’Éric Duhaime. Elle coanime aussi une émission les week-ends avec Rémi Villemure.
Christian Rioux — Seul correspondant à Paris du journal Le Devoir, Christian Rioux y distillait depuis des années les idées de l’extrême droite française, entre autres une islamophobie pugnace et des critiques vilaines de l’« immigration de masse » qu’il associait à une « submersion migratoire », des féministes et des trans, en plus de dénoncer le « théâtre antifasciste ». Il a *finalement* été remercié de ses services en décembre 2025 pour être immédiatement recruté par le Journal de Montréal, où il a signé pas plus tard qu’en février 2026 une première chronique… contre la nourriture halal ! On peut trouver ici un aperçu de la qualité de ses chroniques excessivement répétitives et prévisibles.
Malgré le départ de Rioux, cela dit, Le Devoir ne donne pas sa place en matière de commentaire antiwoke, notamment sous la plume de Patrick Moreau (enseignant à Ahuntsic et collaborateur au 99,5 Qub Radio), et de l’éternelle éminence grise du PQ, Jean-François Lisée, lequel sévit également comme commentateur-analyste à l’émission « Mordus de politique » à Radio-Canada.
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Conclusion : vers un nouveau consensus antifasciste
Nous le répétons sans cesse, le seul rempart à la progression de l’extrême droite, c’est la solidarité, la mobilisation populaire et la consolidation du camp de l’émancipation sur tous les plans.
Le principal champ d’action d’un projet comme Montréal Antifasciste est celui de l’information. Lorsque cela s’est avéré nécessaire au fil des ans, nous avons activement contribué aux mobilisations et autres types d’intervention contre les manifestations les plus explicites de l’extrême droite.
Mais lorsque cette dernière devient mainstream, ces modes d’action ne suffisent plus. C’est tout le champ progressiste, radical ou non, qui doit s’organiser pour réaffirmer, quitte à le redéfinir, le consensus antifasciste et le déployer en mode populaire. C’est précisément à cette tâche que se consacre le Front antifasciste populaire (Front Pop), créé au courant de 2025.
Nous saurons bientôt quels seront les thèmes centraux du prochain cycle électoral, et cela s’annonce fort désolant. Les libéraux se livreront aux discours libéraux, progressistes de surface ; la CAQ et le PQ se disputeront le champ nationaliste ; et le PCQ est en voie de faire des gains importants en misant sur l’éthos hyper individualiste qui fait sa réussite dans la couronne de Québec. Quant à QS, une formation progressiste qui s’est fondée dans le compromis et ne s’en est jamais éloignée, on peut espérer qu’elle se ressaisisse et adopte une posture combative, mais rien n’indique pour l’instant que ce tournant est sur le point d’arriver.
Quoi qu’il en soit du processus électoral, notre mission reste la même au jour le jour : faire barrage par tous les moyens nécessaires au fascisme, à l’extrême droite et à tous ceux qui leur ouvrent la voie par complaisance ou complicité.
Dans le combat qui nous attend, il faudra faire preuve de clarté morale et ne jamais perdre de vue l’horizon de nos espoirs les plus radicaux. Se rappeler, par exemple, et rappeler sans cesse autour de nous, que la haine n’est jamais acceptable et doit être combattue partout où elle s’exprime.
Et enfin, dans un contexte international où la notion même d’« antifa » est diabolisée par les pires ordures qui soient, ne jamais, jamais demander la permission d’être antifascistes, ici et maintenant.











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