Édition du 15 décembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débat sur le plafond de la dette américaine

Obama et les démocrates capitulent devant l’offensive républicaine

Jusqu’au 2 août, le plafond de la dette américaine était de 14 300 milliards de dollars soit près de 100% du PIB du pays. À cette date, il devait encore une fois être relevé sinon les États-Unis se retrouvaient en cessation de paiement, incapables de disposer de fonds pour payer leurs créanciers non à cause d’un manque de ressources, mais à cause d’une crise politique.

L’administration voulait éviter le défaut de paiement, car cela aurait pu provoquer la décote, le renchérissement du crédit, la chute importante du dollar et provoquer des dégâts financiers que d’aucun prévoyaient considérables.

Depuis 1980, ce plafond a été relevé pas moins de 39 fois. Ce relèvement du plafond de la dette aurait pu n’être qu’une formalité. C’était sans compter avec le contexte actuel qui est déjà celui de la préparation de la prochaine élection présidentielle qui doit se tenir en novembre 2012. Les républicains, particulièrement son aile la plus droitière, le Tea Party, se sont jurés que le président Obama ne devait pas obtenir un deuxième mandat. La présidence d’Obama était effectivement un des enjeux essentiels de ce bras de fer avec les démocrates. Les républicains visaient également à utiliser cette bataille pour muscler davantage une politique d’austérité déjà bien amorcée par l’administration du président.

Une entente conclue contre le peuple américain.

Le 31 juillet, républicains et démocrates, après moult négociations, parvenaient à conclure une entente qui devait être votée par la Chambre des représentants et le Sénat le premier août et acceptée par la présidence. Cette entente prévoit 1 000 milliards de coupures dans les dépenses publiques pour les dix prochaines années et la mise sur pied d’une commission spéciale composée à parties égales de républicains et de démocrates chargée de trouver des baisses de dépenses supplémentaires à hauteur de 2 000 milliards de dollars. [1] Cette entente va permettre de transmettre la facture à l’immense majorité des citoyennes et des citoyens.

L’offensive des républicains

Les républicains voulaient faire accepter un relèvement du plafond de 1000 milliards de dollars d’ici le 2 août 2011 et un autre au début de 2012. Il s’agissait, pour eux, de garder le président Obama sous pression afin de pouvoir l’amener à durcir sa politique d’austérité et cela en plein coeur de la campagne des présidentielles. Les républicains voulaient un engagement immédiat de coupures à une hauteur de 2 500 milliards de dollars de dépenses publiques sans aucune augmentation d’impôt ou de taxes pour les plus riches et ils refusaient que les crédits de la défense échappent aux prochaines restrictions budgétaires. Usant de leur statut de majoritaires à la Chambre des représentants, ils comptaient utiliser cette majorité pour faire plier le président.

Obama et les démocrates capitulent devant l’offensive républicaine

Les démocrates refusaient d’opérer le relèvement en deux étapes proposées par les républicains. Les démocrates ne voulaient pas se retrouver à l’approche des présidentielles avec une nouvelle crise de la dette et sous le feu du chantage. Et ils voulaient que les crédits de la défense soient parties des restrictions. Et sur ces deux points, ils ont ont eu gain de cause.

Mais les démocrates ont accepté de faire des coupures dans les dépenses publiques, le centre de leur politique de lutte contre la dette publique. Ils ont défendu dans un premier temps, ce qu’ils appelaient une approche équilibrée. Ils acceptaient de couper les dépenses publiques, ils voulaient, par contre, revenir sur les avantages fiscaux accordés aux plus riches et particulièrement aux compagnies pétrolières qui croulent sous les bénéfices.

Mais, ils ont abandonné dans les négociations leur approche équilibrée. Il n’est plus question dans l’entente de revenir sur les privilèges fiscaux des plus riches. Les Démocrates ont accepté de reprendre le discours de la lutte au déficit qui se ferait d’abord par des réductions des dépenses sociales. Ils ont accepté une entente qui contribue à détériorer une économie déjà stagnante.

Les républicains ont réussi à éliminer du discours public la responsabilité des financiers dans la crise ; ils ont réussi à écarter l’urgence de plans de relance pour éviter la stagnation et ils ont réussi à faire d’un plan d’austérité contre les dépenses sociales la seule alternative dans la lutte contre la stagnation de l’économie. C’est pourquoi cette entente est une victoire pour les républicains, et tout particulièrement pour son aile la plus conservatrice, le Tea Party. En capitulant, Obama et la majorité des démocrates se sont faits les complices de ces politiques.

Qui sont donc les responsables de l’explosion de la dette ?

Les républicains ont répété comme un mantra que la montée de la dette était directement liée à une perte de contrôle sur les dépenses sociales. Ceci est radicalement faux. C’est la crise, les réductions massives d’impôt pour les plus riches et les guerres en Afghanistan, en Iraq et ailleurs qui en sont responsables. [2]

"On estime que la détérioration totale du budget entre les années 2001 et 2007 dépasse les 3 000 milliards de dollars, selon le CBO, 48% de ce montant est le fait des baisses d’impôts. [3] Et pour ce qui est de la contribution des dépenses militaires à la détérioration du déficit, "on estime que si l’on associe les coûts liés aux invasions de l’Afghanistan et de l’Irak, les dépenses militaires ont contribué à hauteur de 35% à la détérioration des finances publiques pendant les années de l’administration Bush, ce qui représente l’équivalent de près de 10 000 milliards de dollars." [4]

Une entente qui va favoriser la stagnation de l’économie américaine

Après des mesures de relance insuffisantes (se terminant en mars 2009) , la reprise américaine a rapidement commencé à s’essouffler. Le taux de croissance était de 3,1% au dernier trimestre 2010. Il est tombé à 0,3% au premier trimestre de 2011, soit une véritable situation de stagnation. La hausse du chômage a repris. 25 millions de personnes sont en chômage complet ou partiel. Le pouvoir d’achat s’est détérioré et avec lui, le recul de la consommation des ménages. La population américaine est entrée dans un véritable processus de paupérisation. [5]

En transmettant la facture à l’immense majorité de leurs citoyens par une politique d’austérité des plus féroce, la classe politique risque de brider la croissance et d’empirer la situation, particulièrement parce qu’elle se refuse à remettre en question la répartition de la richesse qui continue de se concentrer au sommet de la société. [6]

Une autre politique est possible

Les solutions proposées par les démocrates et républicains ne peuvent qu’enfoncer le peuple américain dans la crise. Les tâches du mouvement syndical et de l’ensemble des mouvements sociaux des États-Unis sont énormes :

- stopper des plans d’austérité qui sont injustes et approfondissent la crise.

- remettre le pays au travail par des grands travaux pour satisfaire les besoins en logement et services sociaux divers

- mettre fin aux guerres impériales et réduire radicalement les dépenses militaires

- mettre sur pied un réel système public de santé et de médicaments

- lutter contre la fraude fiscale et pour la redistribution des richesses en direction de la majorité de la société

- en finir avec la dérégulation des marchés financiers...

- sortir des énergies fossiles qui détériorent l’environnement et détruisent la planète.

- ...

Toutes des tâches d’aujourd’hui... pour bloquer la barbarie à visage inhumain que nous prépare le règne du capital.


Notes

[1] Le Devoir, 1 août 2011

[2] US - the deficit battle, Martin Hart-Landsberg, http://www.socialistproject.ca/bull...

[3] Daniel Munevar, États-Unis, antre de la dérégulation financière, in La dette ou la vie, dir. Damien Millet et Éric Toussaint, CADTM

[4] idem

[5] François Leclerc et Paul Jorion, 9 juin 2011, blog de Paul Jorion, http://www.pauljorion.com/blog/?p=25142

[6] Michel Husson, une crise sans fond, Inprecor, juillet 2011

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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