Édition du 17 septembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Pour un féminisme antiraciste et décolonial

« On ne libère pas les femmes malgré elles », rappelle un collectif de féministes antiracistes et décoloniales, revendiquant leur droit à « l’accès à l’emploi privé et public, à l’enseignement et à la formation, à la culture et à l’expression culturelle et à la citoyenneté pleine et entière, y compris politique », et exhortant à « s’attaquer aux systèmes d’oppression qui se croisent pour peser comme une chape de plomb sur elles ».

Tiré de la section blogues de Mediapart.

Une école belge organise une fête : on n’hésite pas y faire l’amalgame entre musulmans et terroristes ; des musulmanes en foulard sont agressées ; des appels au meurtre sont déversés sur les réseaux sociaux. En France, les affaires du type Decathlon, burkini, Etam ne manquent pas. Sans parler de l’attaque terroriste en Nouvelle-Zélande, motivée par la théorie du Grand Remplacement. L’islamophobie est une réalité et elle tue.

En Belgique, les femmes musulmanes ou supposées l’être, et en particulier celles qui portent un foulard, sont stigmatisées, exclues du monde de l’emploi et de la formation et interdites d’accès dans les écoles secondaires et l’enseignement supérieur non universitaire, de même que dans les emplois du secteur public, à quelques exceptions près. Dans certains milieux féministes et antiracistes, elles sont considérées comme soumises et opprimées, « à libérer ». Ces postures issues d’un héritage colonial banalisent et légitiment des mesures racistes et antiféministes.

Ce climat délétère nous empêche de lutter ensemble contre les trois systèmes de domination que sont le capitalisme, le racisme et le patriarcat qui s’alimentent respectivement en opprimant toutes les femmes – et les hommes aussi – partout dans le monde.

Assignation à l’altérité, mépris, discrimination et exclusion

Ces femmes racisées ne sont pas seulement discriminées en tant que femmes, mais en tant que femmes d’origine étrangère ou assimilée – les converties –, en raison de leur classe sociale réelle ou supposée, la couleur de leur peau et leur religion. Au lieu de s’attaquer aux systèmes d’oppression qui se croisent pour peser comme une chape de plomb sur elles, on les marginalise et on les condamne au confinement dans l’espace clos de leur maison, seules aux prises avec la domination masculine, et on les réduit au silence au nom de la liberté ! Le risque ne serait-il pas qu’elles pourraient s’émanciper elles-mêmes ? Pourtant, l’objectif d’auto-émancipation n’est-il pas celui des luttes féministes ? Or, la « mécanique raciste » remplit son rôle : l’assignation à l’altérité, le mépris et l’exclusion qui frappent ces femmes servent nos ennemis principaux.

On nous dit que des filles et des femmes sont forcées de porter ce fichu sur leurs cheveux. C’est un abus de pouvoir que nous devons dénoncer partout. Mais on nous dit aussi que pour « sauver » celles-là, il faut leur interdire l’accès à des espaces qui leur permettraient précisément de se libérer des carcans qui pèsent sur elles. Voilà qui est à la fois contradictoire, incohérent et antiféministe. On ne libère pas les femmes malgré elles ; leurs chemins d’émancipation sont multiples. Ces interdictions sont une double peine pour les femmes contraintes et une fin de non-recevoir pour celles qui veulent faire société en saisissant l’opportunité d’un système démocratique qui inscrit la liberté de conscience et la liberté d’expression de toutes nos convictions dans sa Constitution. Elles nuisent ainsi au principe de la laïcité et pervertissent celui de neutralité. Les intégristes d’une laïcité dévoyée, comme ceux d’une religion instrumentalisée à des fins politiques, tirent parti de ces discriminations structurelles qui nous empêchent de construire ensemble la société que nous partageons.

Nous, féministes antiracistes et décoloniales, revendiquons, pour les musulmanes, au même titre que toutes les femmes, l’accès à l’emploi privé et public, à l’enseignement et à la formation, à la culture et à l’expression culturelle et à la citoyenneté pleine et entière, y compris politique. Que les vrais problèmes soient pris en charge par les responsables politiques : on ne peut nier la résurgence de l’antisémitisme ; le taux de chômage des personnes immigrées est de 17% contre 6,8% pour les non-immigrées ; 25,5% d’entre elles sont originaires du Maghreb et 21% des autres pays d’Afrique. Ce sont 47% de Belges qui considèrent les Musulman.e.s comme une menace et 59% les Roms. Le racisme institutionnel représente une ligne de fracture qui banalise l’exclusion : il considère les sans-papiers comme jetables, les demandeurs-ses d’asile comme dangereux.ses, les immigré.e.s comme mal intégré.e.s ou participant à la criminalité sur « notre sol ». Peu s’inquiètent de la criminalité en col blanc. Les élections approchent, nous ne sommes pas dupes. Luttons ensemble contre les inégalités et les discriminations qui font le lit du racisme et du fascisme. Malgré ses engagements internationaux, notre pays n’a toujours pas de plan interfédéral de lutte contre le racisme et les discriminations. Nous devons y remédier. Sans délai. Ensemble.

Appel à soutien

Plus que jamais, les luttes féministes, antiracistes, écologiques, décoloniales...toutes les luttes contre les systèmes d’oppression - qui nous éloignent les un.e.s des autres pour se renforcer mutuellement – sont liées. Nous sommes plus fort.e.s quand nous travaillons ensemble car nos ennemis communs – capitalisme, racisme, patriarcat – sont puissants.

Rédactrices : Collectif féministe Kahina (Sema Aydogan, Ouardia Derriche, Seyma Gelen, Malika Hamidi, Eva M Jiménez Lamas)

Avec le soutien de :

Farida Aarrass (Co-fondatrice du Comité Free Ali)

Layla Azzouzi (Militante)

Karima Benyaich (Citoyenne)

Yamina Bounir (Militante des droits humains)

Isabelle Braspennincx (Agrégée de Philosophie et islamologue, UCL)

Sarah Degée (Enseignante)

Khalissa El Abbadi

Nadia El Khattabi (Formatrice en alphabétisation)

Sabiha El Youssfi (Citoyenne)

Marie Fontaine (Citoyenne féministe engagée)

Sonia Haddad

Inès Guiza (Architecte)

Zoubida Jellab(Echevine Ecolo)

Rajae Maouane (Conseillère communale Ecolo)

Jennifer Nowé (Membre du collectif Cannelles)

Collectif Nta Rajel ? (Collectif féministe et antiraciste de la diaspora nord-africaine (France))

Mahinur Ozdemir (Parlementaire bruxelloise, militante antiraciste)

RESISTERS

Fatima Rochdi (Directrice d’AlterBrussels asbl)

Hajar Rochdi

Farida Tahar (Vice-présidente du CCIB)

Qamar Takkal (Citoyenne interconvictionnelle)

Yasmina Tobbeche (Féministe antiraciste décoloniale)

Hafida BachirMrabet(Secrétaire politique de Vie féminine)

Antifasciste action Belgium

Cercle féministe de l’ULB

Christine Delphy(Directrice de recherche émérite CNRS)

Le Poisson sans bicyclette

BePax

CCIB

Axel Farkas(Gauche Anticapitaliste)

Candice Vanhecke(Be.One)

Henri Goldman(Tayush)

Ida Dequeecker(BOEH ! et FURIA)

Mwanamke Collectif Afroféministe Belge

Yvoire De rozen(Militante afroféministe et anti-raciste)

Mustapha Chairi(Militant antiraciste)

Nicolas Bossut(Secrétaire général de BePax)

Pauline Forges(Militante féministe Yeah)

Milady Renoir(Voisine de luttes intersectionnelles)

Fatiha Ajbli(Docteure en sociologie (EHESS))

Manuela Varrasso(Auteure ’Le voyage d’Andrea’)

Annick Coupé(Syndicaliste et militante ATTAC France)

Roxanne Chinikar(Psychologue)

Musa Saygin(Enseignant)

Ismahane Chouder(Co-présidente du Collectif Féministes Pour l’Egalité (CFPE - France))

Hélène Yaseera Passtoors(Militante anti-apartheid et ex-prisonnière politique)

Evelyne Dogniez(Féministe active dans le domaine de la migration)

Sonia Dayan-Herzbrun(Sociologue, Université Paris Diderot (France))

Goto Van Kern(Jeunes anticapitalistes (JAC))

Laurence Stevelinck(Militante féministe)

Christopher Pollmann(Professeur des universités agrégé de droit public, Université de Lorraine (France))

Ali Rahni(Militant associatif (France))

Mhamed Achargui(AECD asbl)

Irene Zeilinger(Féministe)

Raphaël Gély(Professeur de philosophie (Université Saint-Louis-Bruxelles) )

Nicolas Rousseau(BePax)

Marie Peltier(Historienne)

Mujing(Militante féministe décoloniale)

FeMiNiSmE YeAh

Juliette Thévenin(Militante féministe et historienne de l’art)

Pauline Thirifays(Enseignante et féministe)

Petya Obolensky(PTB)

Bénédicte Janssen

Zoé Genot(Députée régionale Ecolo)

Amandine Kech(Coordinatrice Magma asbl)

Sabine Panet(Rédactrice en chef de axelle magazine)

Lauraline Michel, Yasmine Yahiatene et Amandine Vaccaielli(Membres du collectif OXO)

Center for Intersectional Justice (Allemagne)

Emilia Roig(Center for Intersectional Justice)

Samantha Zamora(Conseillère communale Ecolo)

Hamza Belakbir(Allié)

Safa Bannani (Journaliste)

Audrey van Ouytsel(PhD, coach-hypnothérapeute)

Manu Scordia(Dessinateur)

Version longue et liste complète des soutiens et signataires ici : https://fr-fr.facebook.com/collectiffeministekahina/

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