Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud

Pour un nouvel État en Haïti !

Nous sommes actuellement en train de vivre un moment crucial dans l’histoire de notre pays. Un moment cristallisant en une seule force, le courage, la détermination et l’intelligence des classes populaires.

Le courage de regarder l’ennemi en face, de le nommer : le système néocolonial qui engendre depuis plus de deux cents ans misère, crimes, corruption, un État antinational, une idéologie prêchant la haine et le mépris de tout ce qui est véritablement haïtien. Un système dont les représentants piétinent chaque jour la dignité historique du peuple et la souveraineté nationale.

Dire à haute voix, sans sourciller, à tous ceux qui bénéficient de ce système, ceux qui s’allient avec l’étranger, avec l’impérialisme pour continuer à spolier le peuple, à sucer son sang ; dire à ces apatrides que le temps a changé, qu’on ne croit plus à la mascarade des élections, aux discours démagogiques, que les gestes vulgaires de personnages burlesques, valets de l’impérialisme, ne nous font plus rire.

Ce courage, le peuple l’a cultivé, l’a nourri, puisant de ses expériences séculaires marquées par l’oppression, l’exploitation, l’exclusion, la marginalisation, le racisme et l’apartheid. C’est ce courage maintenant qui forme les tripes du peuple, qui sédimente ses muscles et lui donne la volonté de la lutte radicale.

Ce moment, c’est aussi la détermination de continuer la lutte malgré la répression, les massacres, l’obstination de l’oligarchie à maintenir intact le statu quo. Cette détermination, elle s’incarne dans les rues, elle défie les balles, l’épuisement, la faim et la maladie. Elle prend possession des corps d’enfants, d’adolescents, d’adolescentes, d’étudiants, d’étudiantes, de travailleurs, de travailleuses, de paysans, paysannes, de chômeurs, chômeuses.

Ce moment, c’est la manifestation de l’intelligence collective du peuple qui prend conscience de ses capacités, de son rôle historique à prendre en main le destin de la patrie.

Grâce à cette intelligence collective, le peuple est immunisé contre les fausses idéologies, les leaders charismatiques ou parachutés par l’impérialisme. Pour lui maintenant, il ne fait aucun doute que cet État qui l’opprime est structurellement corrompu, qu’il est fondamentalement antinational et complètement soumis aux puissances impérialistes. Il ne s’agit donc pas de le réformer en procédant simplement à des élections, en remplaçant des individus, des ministres et premiers ministres.

Le peuple reconnait le caractère systémique de son oppression, de la violence qu’il subit dans son corps, matérialisée dans l’impossibilité pour lui, malgré son dur labeur, de satisfaire ses besoins fondamentaux.

C’est cette violence qu’il dénonce depuis des décennies. C’est elle qui lui enlève toute possibilité de vivre dignement dans son propre pays. Et maintenant qu’il en a marre de se faire exploiter par une oligarchie mafieuse, manipuler par des politiciens véreux et corrompus, c’est lui que l’on accuse d’être violent, c’est lui qui empêcherait le « fonctionnement normal » du pays. Pour les classes dominantes et la grande presse internationale, la violence a une définition précise : la révolte du peuple qui lutte contre l’oppression.

Aujourd’hui, les classes exploitées ont bien compris que les reformes superficielles ne peuvent plus rien apporter de bon. L’État néocolonial est arrivé à un stade de décomposition avancé. La révolte populaire qui se radicalise actuellement traduit clairement cette volonté d’un changement structurel de l’organisation sociale en Haïti.

Sous l’égide des tuteurs impérialistes, les classes dominantes ont déjà tout essayé pour maintenir le statu quo. Depuis plus de 30 ans, il y a des élections truquées, des gouvernements formés de technocrates, une occupation militaire du pays par des forces impérialistes pour imposer leur agenda néolibéral. En dépit de tout, le système d’apartheid social est à bout de souffle.

Les marginaux sociaux exigent encore plus fort leur droit à une vie décente, une meilleure distribution des ressources du pays, l’arrestation et le jugement des dilapidateurs des fonds publics, et la fin de l’exclusion économique de la majorité des citoyens et citoyennes du pays.

Comme les manifestants l’exigent, la démission des responsables des pouvoirs exécutif et législatif constitue un premier pas pour atteindre cet objectif, mais il s’avère nécessaire de continuer la mobilisation pour imposer ce changement structurel.

Les forces réactionnaires, sous la dictée des tuteurs impérialistes n’en démordent pas, elles vont tout faire pour reproduire l’ancien système. Par conséquent, la poursuite de la mobilisation est le meilleur moyen de cheminer vers cet idéal de transformation sociale.

L’histoire des classes populaires le montre clairement : c’est la lutte qui renverse les systèmes rétrogrades. C’est aussi dans la lutte que se construit l’alternatif. C’est pourquoi nous devons faire fi de tous les discours démagogiques venant du président Moise et du premier ministre Céant, promettant monts et merveilles. Leur langue se délie actuellement parce qu’ils font face à un peuple plus jamais déterminé, conscient de ses droits.

Le peuple démontre ouvertement combien il est conscient de l’existence de l’impérialisme, que ce système de domination est bien réel, qu’il fait et défait les gouvernements, qu’il impose des programmes politiques, sociaux-économiques pour renforcer le statu quo, l’exploitation, la corruption, le pillage des ressources naturelles. Il sait que ce système fait bel et bien partie des graves problèmes auxquels il fait face.

Désormais face à ce système d’apartheid qui opprime le peuple à tous les niveaux, et qui sévit trop longtemps dans notre pays, la lutte doit avoir nécessairement pour objectif son abolition.

Comme à l’époque des Duvalier, le régime actuel cherche, avec l’appui de l’impérialisme, à imposer, une fois de plus, le silence de cimetière par la répression la plus sanglante.

Mais cela ne passera pas, ne passera plus !

Le destin du pays dépend plus que jamais de la lutte organisée du peuple.
Vive le peuple haïtien !

Vive une nouvelle Haïti !

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