Édition du 4 octobre 2022

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Réchauffement climatique : le méthane, gaz à effet de serre en pleine croissance

On entend très souvent parler du dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre responsable de l’accélération du réchauffement climatique, mais qu’en est-il du méthane ? Ce gaz à effet de serre, souvent oublié, a pourtant un potentiel de réchauffement global 25 fois plus puissant que celui du dioxyde de carbone. Il est donc plus que temps de prendre en compte les émissions de méthane dans la lutte contre le changement climatique…

13 septembre 2022 | tiré d’elucid.media
https://elucid.media/environnement/rechauffement-climatique-methane-gaz-effet-serre-pleine-croissance/

Le méthane, gaz incolore et indolore, est connu pour être le premier composant du gaz naturel. Il se produit principalement par la décomposition et la digestion des matières organiques. « Il a la particularité d’être un gaz à effet de serre, car il absorbe une partie de la chaleur émise par la surface de la terre et cette chaleur, lorsque l’atmosphère se réchauffe, est renvoyée à la surface. C’est ce que nous appelons l’effet de serre », explique Leonardo Serio, Docteur en sciences de l’atmosphère à l’Université de Buenos Aires et enseignant et chercheur à la Chaire de Climatologie de la Faculté d’Agronomie.

Sans grande surprise, ce sont les activités humaines qui ont entraîné une augmentation intensive des émissions de méthane dans l’atmosphère ces dernières décennies. « Elles ont augmenté de 262 % depuis l’ère pré-industrielle jusqu’à aujourd’hui », précise Luis Tuninetti, professeur de la licence Environnement et Énergies renouvelables de l’Université Nationale de Villa Maria en Argentine, et examinateur externe du dernier rapport du GIEC, tout en ajoutant que « la présence de méthane dans l’atmosphère est responsable d’environ 16 % de la crise climatique ».

Les émissions de méthane peuvent provenir de sources naturelles, telles que les zones humides et inondables, les marais ou encore les volcans. Cependant, comme l’explique Leonardo Serio, « en termes d’ampleur, les sources naturelles sont dépassées par les sources anthropiques, provoquant une accumulation de ce gaz dans l’atmosphère ». Les émissions anthropiques de méthane proviennent notamment de l’agriculture (40 %), des combustibles fossiles (35 %), des déchets (20 %) et des biocarburants (5 %), d’après les chiffres publiés par le rapport 2021 du PNUE.

Aujourd’hui, le méthane est le deuxième gaz à effet de serre d’origine anthropique responsable du réchauffement climatique. Il se distingue du dioxyde de carbone sur plusieurs points : il est beaucoup plus efficace pour piéger la chaleur, il est plus stable mais sa durée de vie est courte, entre 10 à 12 ans contre 200 ans pour le dioxyde de carbone. Ce qui ne l’empêche pas d’être un gaz à effet de serre particulièrement puissant, car son potentiel de réchauffement global (PRG) est 25 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur une période de 100 ans. « En comparant des quantités égales d’émissions provenant des deux gaz, le méthane a un pouvoir d’absorption du rayonnement entre 60 à 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone », précise l’expert.

En tant que polluant atmosphérique et gaz à effet de serre, le méthane est également considéré comme un précurseur de l’ozone. « Ce qui nous préoccupe actuellement, c’est que le méthane contribue à la formation de l’ozone qui agit en tant que gaz à effet de serre dans la troposphère », ajoute-t-il.

Le méthane, un puissant gaz à effet de serre sous-estimé ?

Ce n’est que récemment que le méthane est entré dans les discours politiques comme nous avons pu l’observer lors de la COP26 en novembre 2021, à Glasgow en Écosse. Les États-Unis, l’Union Européenne et plus d’une centaine de pays ont lancé le Global Methane Pledge (GMP) afin de réduire les émissions anthropiques de méthane d’au moins 30 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2020, indique le communiqué de presse conjoint États-Unis-UE. L’ensemble des pays engagés représente la moitié des émissions mondiales de méthane et près de trois quarts de l’économie mondiale.

Le secteur agricole est souvent pointé du doigt, mais il ne faut pas oublier que le secteur pétrolier et gazier est une des principales sources anthropiques d’émissions de méthane. « Le problème avec l’exploitation du gaz et du pétrole, et aussi avec l’exploitation minière, est qu’il y a généralement des fuites de méthane lors du forage ou de l’ouverture des veines à l’intérieur des mines par exemple », assure Leonardo. D’après l’ONU et le GIEC, les émissions de méthane liées aux activités pétrolières et gazières seraient largement sous-estimées. « Il y aurait des “erreurs” ou des rapports malveillants de la part des compagnies pétrolières concernant leurs émissions. Des fuites de méthane ne sont pas signalées, ce qui signifie que les émissions seraient considérablement supérieures à celles estimées jusqu’à présent », affirme Luis Tuninetti.

Bien que le méthane ne soit pas un gaz toxique, les fuites massives de ce gaz invisible peuvent avoir des conséquences sur la santé de la population. « Les symptômes peuvent correspondre à une vision floue, des nausées, des vomissements, des étourdissements, des maux de tête et divers symptômes de difficultés respiratoires. Comme c’était le cas à Porter Ranch, en Californie, lors de la fuite de gaz provenant du puits d’une compagnie de distribution gazière en 2015 », explique Lucio de Oto, membre de la Société ibéro-américaine pour la santé environnementale (SIBSA).

Il existe également d’autres fuites silencieuses de méthane particulièrement préoccupantes liées à la fonte des glaces. « La partie nord de la Sibérie et l’Arctique ont de grandes réserves de méthane dans la glace, et le changement climatique, entraînant la fonte des glaces, provoque la libération de grandes quantités de méthane dans l’atmosphère », assure Luis Tuninetti.

Alors comment réduire les émissions de méthane ?

Aujourd’hui, il est urgent de mieux contrôler et évaluer les émissions de méthane rejetées par l’industrie pétrolière et gazière. « Ces sources d’énergie peuvent être remplacées mais, en attendant cette transition, il va falloir essayer de contrôler beaucoup plus les émissions fugitives de méthane », précise Leonardo.

L’agriculture contribue elle aussi lourdement au réchauffement de notre planète, car certaines techniques de culture, comme c’est le cas des rizières, ou encore l’élevage, émettent de grandes quantités de méthane. En effet, comme l’indique le PNUE, les émissions générées par le bétail, provenant principalement du fumier et des rejets gastro-intestinaux, représentent environ 32 % des émissions anthropiques de méthane. C’est pourquoi « des efforts internationaux sont déployés pour favoriser un régime pauvre en viande, non pas en protéines, mais en viande », ajoute Luis.

De plus, il est aujourd’hui possible de transformer nos déchets en énergie à travers un procédé qui s’appelle la méthanisation, une technologie clé de l’économie circulaire. « Il existe de nombreuses usines de traitement des déchets qui utilisent les émissions de méthane pour produire leur propre énergie. C’est une autre façon de réduire les émissions de méthane dans l’atmosphère », assure Leonardo. Mais on en revient toujours au même point, dans certaines régions du monde, c’est l’investissement qui freine la mise en place de solutions innovantes. « Les techniques sont disponibles mais il manque l’investissement en matière de déchets solides urbains et l’impossibilité pour les petites municipalités de pouvoir faire face à un traitement correct des déchets », explique Luis Tuninetti, tout en précisant qu’en Amérique latine, « de nombreuses décharges prennent feu, parfois intentionnellement, à cause du gaz méthane ».

Comme la durée de vie du méthane est courte, en comparaison à celle du dioxyde de carbone, cela signifie que la réduction des émissions de ce puissant gaz à effet de serre peut rapidement faire baisser les températures. Mais une chose est sûre, ce n’est pas en réduisant uniquement les émissions de méthane que nous pourrons respecter les objectifs fixés par l’Accord de Paris. « Il faut absolument agir sur les émissions de dioxyde de carbone qui est le principal gaz à effet de serre responsable de 66 % de la crise climatique actuelle, mais aussi sur l’ensemble des gaz », conclut Luis.
Photo d’ouverture : vyp - @Shutterstock𞃵

VOCABULAIRE

GIEC
Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, créé en 1988 pour évaluer l’état des connaissances sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions et les stratégies de parade.

PNUE
Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement est la plus haute autorité en matière environnementale dans le système des Nations Unies.

PRG
C’est un indicateur qui vise à regrouper sous une seule valeur l’effet additionné de toutes les substances contribuant à l’accroissement de l’effet de serre.

GMP
Engagement mondial concernant le méthane. Une initiative en faveur de la réduction des émissions mondiales de méthane lancée lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26).

Méthanisation
Mécanisme de transformation de la matière organique par un ensemble de micro-organismes en l’absence d’oxygène (processus de digestion anaérobie). Ce phénomène produit du digestat qui présente une valeur agronomique et du biogaz servant à la production d’électricité, de chaleur et de biométhane (à usage de carburant et pour l’injection dans le réseau de gaz).

Accord De Paris
L’objectif de ce traité international est de limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2 degrés Celsius, de préférence à 1,5 degré Celsius, par rapport au niveau préindustriel.

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