Édition du 3 décembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

Souriez LANSA vous {-a6-i6-m6-e6-} surveille !

Ce texte est tiré du Bulletin de liaison des membres et sympathisant(e)s de l’Association de Québec Solidaire Charlevoix-Côte-de-Beaupré-Île-d’Orléans.

C’est rassurant malgré tout. Il s’en trouve encore, comme les Manning [1], Assange [2], Snowden [3] et Greenwald, pour s’indigner et réagir devant ce qu’on pourrait appeler « l’instauration graduelle d’une société totalitaire ». Au prix, bien sûr, de leur propre liberté : pour Assange et Snowden, c’est une pluie d’accusations qui est tombée sur eux et toutes les polices et agences de renseignements de la terre attendent l’occasion de leur mettre le grappin dessus. Pourquoi donc cet acharnement ? Pour avoir révélé des communications (secrètes) montrant l’absence de sens moral de nombreux politiciens et diplomates, pour les deux premiers. Pour avoir dévoilé un système planétaire (secret) de surveillance des citoyens, pour le troisième.

Quant à Greenwald, ce blogueur qui hébergeait jusqu’en aout 2012 ses articles sur le site du journal britannique The Guardian, il continue, jour après jour, de démentir, documents officiels (et secrets) à l’appui, toutes les
prétentions et affirmations des sénateurs, des représentants au congrès et même du président des É.U. à l’effet que cette surveillance serait ciblée. Au contraire, dit-il dans un article cosigné avec un confrère du Washington Post
concernant le programme PRISM : toutes les grandes sociétés d’internet, telles Google, Microsoft, Apple, Facebook, Skype, etc., permettraient depuis 2007 l’accès à toutes les données des utilisateurs à l’Agence de sécurité
nationale (NSA, É.U.). On apprend par ailleurs que cette agence dispose d’un accès illimité aux données téléphoniques et de courriel de Verizon (oui, oui, cette entreprise qui veut s’installer au Canada) de même que de
logiciels, dont X-Keyscore [4], qui permettent de localiser en temps réel n’importe qui sur la planète, à condition bien entendu qu’il dispose d’un portable ou d’un ordinateur.

À un niveau aussi élevé de surveillance, on ne parle plus d’espionnage ou d’enquête policière, il s’agit plutôt d’un contrôle absolu sur l’ensemble des citoyens. Et si plusieurs parmi nous acceptent cet état de choses, c’est qu’ont d’abord créés de toute pièce la peur, du terrorisme notamment, et son antidote (?), les mesures de sécurité.

Comme si on pouvait prévoir et contrer tous les gestes violents dans une société, comme celle des É.U. particulièrement, où la violence s’est instillée partout, à tous les niveaux de la société et dans chacune des sphères
d’activités. Tueries fréquentes, violence systématique à plein écran, assassinats autorisés par les plus hautes autorités politiques contre de présumés terroristes, etc.

N’IMPORTE LEQUEL INNOCENT EST UN COUPABLE POTENTIEL

« Nous n’avons rien à nous reprocher et n’avons donc rien à craindre » entend-on souvent pour justifier l’indifférence face à toutes ces révélations. Le journaliste Cory Doctorow du Guardian apporte une objection à cette
affirmation en racontant cette anecdote [5] : « Quand un programmeur du nom de David Mery, écrit-il, est entré dans le métro avec une veste alors qu’il faisait chaud, un algorithme de vidéosurveillance l’a signalé à un opérateur
humain comme suspect. Quand Mery a laissé passer un train sans embarquer, l’opérateur a décidé que son comportement était alarmant. Il a été arrêté, a fait l’objet d’une perquisition et on lui a demandé de justifier chaque bout de papier de son appartement. Un gribouillage de traits aléatoires a été interprété comme un plan de la station de métro.

Même s’il n’a jamais été reconnu coupable, Mery est toujours sur la liste des terroristes potentiels huit ans après et ne peut obtenir de visa pour quitter son pays. Une fois qu’un ordinateur signale un suspect, tout le reste de sa vie devient louche et presque un faisceau d’indices ».

SÉCURITÉ CONTRE LIBERTÉ ?

Finalement, ceux qui tentent de justifier cette vaste entreprise de contrôle social au nom de la sécurité nous demandent en retour de sacrifier notre liberté et notre droit reconnu à la vie privée. Benjamin Franklin6, à qui on
attribue la citation suivante, « Ceux qui sont prêts à abandonner une liberté fondamentale pour obtenir temporairement un peu de sécurité, ne méritent ni la liberté ni la sécurité » , avait sans doute raison. D’abord parce le droit à l’anonymat et à la vie privée est intimement associé à l’exercice de la liberté.

C’est d’ailleurs pour cette raison que toute dérogation à ce principe lors d’enquêtes ou d’investigations diverses doit être encadrée de telle sorte que la procédure inquisitoire n’ait pas pour objectif le contrôle des citoyens ou la neutralisation des oppositions. Si nous cédons de nos
libertés contre une plus grande sécurité (de toute façon illusoire), nous perdrons aussi la sécurité, car un état autocratique est une source d’abus de pouvoir, comme l’ont largement démontré tous les régimes autoritaires de l’histoire.

Notre attachement à un état de droits n’est-il pas notre plus grande force et par conséquent la meilleure parade au terrorisme ? Céder à la terreur par l’acceptation de la mise en place de systèmes sophistiqués de surveillance des citoyens signifierait la victoire de ceux qui s’attaquent à la liberté, les terroristes bien sûr mais aussi les assoiffés de pouvoir et de profits.

Selon lʼAgence France-Presse basée à Washington : « Deux mois après les premières révélations dʼEdward Snowden, lʼadministration de Barack Obama a reconnu [...] que lʼAgence nationale de sécurité (NSA) avait violé la loi entre 2008 et 2011 en interceptant illégalement des courriers électroniques dʼAméricains sans liens avec le terrorisme ».


Homme sous surveillance, Série Souriez... Ennegé / Infographie.


[1Bradley Manning, jeune soldat américain condamné à 35 ans de prisons pour avoir remis des documents secrets à WikiLeaks.

[2Julian Paul Assange est un informaticien australien fondateur, rédacteur en chef et porte-parole de WikiLeaks. Sous le coup d’une extradition demandée par la Suède, il vit actuellement à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012.

[3Edward Joseph Snowden est un informaticien américain qui a révélé les détails de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques. Accusé par le gouvernement américain d’espionnage, de vol et utilisation illégale de biens gouvernementaux, Moscou lui a accordé l’asile temporaire le 22 juin dernier.

[4Le 31 juillet, le site de The Guardian révèle un document de formation interne de la NSA datant de 2008 qui décrit les mécanismes du plus vaste programme de cybersurveillance jamais établi, ce qui confirme les dires d’Edward Snowden sur l’affaire PRISM.

[5PRISM NSA : pourquoi nous devrions nous sentir concernés, Cory Doctorow, The Guardian, 14 juin 2013. Version française sur http://www.framablog.org/index.php/post/2013/06/19/prism-nsa-doctorow . 6(1706-1790) Illustre figure de l’histoire américaine connu pour ses activités diplomatiques et politiques ainsi que pour son rôle dans la lutte contre l’esclavage.

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