Édition du 18 janvier 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Sur qui compter vraiment ? Sur ceux qui ne se défilent pas

Une des conséquences de la situation de subalterne des Québécois dans la Canada se manifeste dans une sorte d’attitude de « détestation de soi ». Est propagé dans bien des média du Québec ce genre de mépris pour eux-mêmes que plusieurs expriment ouvertement et dont l’amplitude est surutilisée par la droite pour que rien ne change vraiment au Canada, au Québec ou dans le monde. Cela revient à une stratégie suicidaire de ce courant politique pour maintenir un statu quo morbide sur la question nationale en particulier.

Il existe cependant au sein de notre peuple des gens, des institutions, qui « ne lâchent rien » et qui constituent une sorte de colonne vertébrale nationale.

Quand les ouvriers de la construction se sont unis autour de leurs appareils
syndicaux à 175,000 pour se défendre contre des reculs que voulait leur imposer le patronat de ce secteur, il y a eu, particulièrement dans les média à grand tirage, une levée de boucliers d’une rare unanimité pour susciter le doute sur les intentions réelles des syndicats : ils n’auraient voulu que redorer leur image. De plus, ceux qui souhaitaient prendre possession d’une maison récemment acquise pour le 1er juillet seraient littéralement jetés à la rue. Les « dommages collatéraux » (selon les dernières expressions des guerres de l’OTAN), allaient se multiplier pour la population. Même notre bon maire Labeaume de la Ville de Québec suggérait fortement à Madame Marois devant les caméras d’y aller d’une loi spéciale pour sauver sa réputation de « bon gestionnaire ». Sinon c’était la poursuite devant les
tribunaux ! Il est devenu nerveux et a jeté encore une fois son venin contre les syndicats et le gouvernement du PQ.

Tout d’un coup, tous les problèmes du Québec se résoudraient si les ouvriers, pourtant unis et respectant les mots d’ordre syndicaux, acceptaient de briser les lignes de piquetage. Quelques-uns, naïfs, l’ont fait mais la plupart des chantiers restaient complètement vides, même sous le regard enquêteur de certains journalistes. Les dirigeants syndicaux ne s’en ont pas réellement alarmés parce qu’ils savaient que certains employeurs avaient peut-être intimidé leurs salariés en faisant valoir « qu’ils pourraient bien oublier leur numéro de téléphone dans le futur pour le rappel au travail ».

Finalement, au fil des jours le PQ s’est trouvé devant une conjoncture où il ne pouvait plus reculer sans mettre en péril une certaine tolérance de l’Alliance face à ses hésitations. On a donc reporté de jour en jour le recours à une loi spéciale devant la mobilisation massive des troupes syndicales, devant leur discipline et leur unité dans l’action.

Les travailleurs de la construction y sont allés d’une ferme affirmation de leurs compétences et de leur fierté d’appartenir à la classe ouvrière à qui la société, même capitaliste (surtout elle, devrait-on dire) doit le respect et la dignité.

Les employeurs du secteur de la construction ont vu le doute s’installer dans la population sur leurs véritables objectifs : engranger leurs profits à même les concessions des syndiqués sur leurs conditions de travail. On peut aussi penser que leur réputation a été vivement entachée par le fait que la Commission Charbonneau ait démontré que certains d’entre eux étaient de véritables mafieux. Ce que Charest voulait vraiment cacher en refusant de mettre sur pied cette commission.

Les ouvriers unis (le dira-t-on assez pour l’exemple du mouvement indépendantiste ?) se sont tenus debout au grand désarroi de ceux qui voudraient réduire ainsi à une condition humiliante de subalternes dociles tous les autres salariés québécois. Leur fermeté est un exemple historique pour tous.

Ceux en effet qui voudraient ne considérer ces travailleurs que comme une masse passive de « poseurs de vis », et qui devrait par conséquent être soumise à toutes les injonctions du patronat et de leurs appareils de propagande, ont été mis devant une réalité qu’ils s’imaginent à tors comme figée et immuable pour toujours.

Au cœur de la nation québécoise, il y a des syndicats et leurs membres qui forment le noyau dur de la résistance. Et ceux qui voudraient les ignorer ou pire, refuser d’en apprendre d’eux sur les stratégies de combat pour l’émancipation nationale et sociale, sont loin de prendre le pouls réel des forces et des stratégies qui peuvent nous conduire à l’indépendance.

Il y a dans ce conflit une affirmation de la fierté ouvrière et de sa confiance dans les capacités des travailleurs manuels et des bâtisseurs qu’ils sont. Mais aussi fidèles au potentiel immense qu’ils peuvent déployer s’ils se mettent à aspirer, avec d’autres, à des idéaux de justice distributive, de responsabilité familiale et de dignité que l’on ne peut attaquer à répétition sans finir par se voir exposé à une riposte unitaire.

Ceux qui ont perdu confiance dans leur propre peuple sont ainsi mis devant les faits qu’il vaut mieux finalement ne pas aller trop loin dans des politiques régressives. Il leur faudra y renoncer même avec un pouvoir qui leur permettrait d’en imposer l’application de façon coercitive. Charest y a goûté en affrontant malhabilement les étudiants et tout le Québec progressiste qui était derrière eux.

Ne l’oubliez pas messieurs Couillard et Legault, même avec le pouvoir, on ne fait pas n’importe quoi devant les forces populaires du Québec. Surtout quand elles prennent confiance en elles.

Guy Roy

Guy Roy

l’auteur est membre du collectif PCQ de Québec solidaire à Lévis.

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