Édition du 3 décembre 2019

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Débats

Théoriser la « crise » des migrants-réfugiés-frontières

Nous publions un extrait du texte "La « crise » du régime frontalier européen : vers une théorie marxiste des frontières" paru dans la revue Contretemps.eu. L’auteur de ce texte est Nicholas De Genova. Cet article a originellement été publié en avril 2016 dans la revue International Socialism. Il a été traduit de l’anglais par Sophie Coudray.

Pour lire l’article "La « crise » du régime frontalier européen : vers une théorie marxiste des frontières" dont est tiré l’extrait que nous publions, cliquez sur l’icône

Dans ce qui précède, j’ai déjà commencé à introduire une série de concepts cruciaux qui peuvent servir à appuyer une critique viable. Maintenant, j’aimerais aborder notre sujet à travers une gamme de gestes plus directement, explicitement et catégoriquement théoriques.

Les frontières ne sont pas des « choses » inertes, fixes ou cohérentes. Comme dans les analyses du capital de Marx, les frontières sont plutôt à envisager comme des rapports sociopolitiques. Ce qui est en jeu dans ces rapports, qui sont d’ailleurs des rapports de lutte, c’est de faire de ces frontières des réalités chosales (thing-like) en apparence fixes et stables, avec un semblant d’objectivité, de durabilité et de pouvoir intrinsèque. Ainsi, la cohérence agonistique et la fixité ostensible des frontières — leurs qualités chosales — émergent seulement comme l’effet de processus actifs par lesquels les frontières doivent être faites pour apparaître comme des choses. En d’autres termes, elles doivent être continuellement objectivées à travers des pratiques et discours répétitifs. Ce processus même de transposition de ce qui est en fait un rapport social non résolu en un semblant de réalité objective durable implique, cependant, que l’objectivation des frontières est intrinsèquement tendue et antagoniste. Les luttes aux et autour des frontières sont des luttes autour du processus illimité d’objectivation continuelle des frontières (le processus consistant à faire des frontières des objets, ou des faits objectifs) et donc leur prêtant la qualité fétichisée des réalités incontestables avec leur propre pouvoir.

L’objectivation et la fétichisation des frontières, par conséquent, peuvent être mieux appréhendées si l’on comprend que frontiériser (bordering) est en effet un verbe, qui désigne un processus de fabrication de frontière. Pour le dire simplement, frontiériser — l’activité de fabriquer une frontière — induit une activité productive, une sorte de travail. Les actes et processus mêmes qui produisent les frontières, cependant, sont exactement la même activité sociopolitique qui, ultérieurement, finit par ressembler à un certain résultat naturel et inévitable des frontières en tant que telles. En d’autres termes, plutôt que de voir les frontières comme l’effet cumulatif des divers actes de frontiérisation (comme les contrôles des passeports, la surveillance, les clôtures, etc.) — autrement dit, plutôt que de voir « la frontière » comme le produit de tout ce travail — nous sommes incités à voir toutes ces activités humaines hétérogènes comme de simples éléments subsidiaires ou dérivés émanant de la réalité en apparence déjà existante et de l’objectivité des frontières en tant que telles.

Une fois objectivées donc, on peut néanmoins reconnaître que les frontières sont en permanence productives. Les frontières, en ce sens, peuvent être considérées comme une sorte de moyen de production — pour la production de l’espace, précisément la production de la différence dans l’espace[40]. En tant que mises en œuvre dans et sur l’espace, comme n’importe quel moyen de production, les frontières doivent elles-mêmes être produites et continuellement reproduites. Pourtant, en tant que moyen de production, les frontières génèrent de plus grands espaces, différenciés par les rapports qu’elles organisent et régissent, facilitent ou entravent. Habituellement, nous avons peut-être été enclins à concevoir ces différences spatiales comme la différenciation des espaces des États-nations, mais comme le confirment aisément l’espace supranational convulsif de l’UE ou les espaces historiques d’un empire, les espaces définis territorialement de formation de l’État ont toujours été historiquement spécifiques, contingents et hétérogènes. Toutefois, les différences que les frontières semblent naturaliser — entre « nous » et « eux », entre « ici » et « là-bas » — sont en fait générées précisément par l’incapacité réelle des frontières à maintenir et appliquer toute séparation rigide et stable.

Les frontières, aujourd’hui, ont l’air d’être devenues inséparables de la migration et sont faites pour apparaître, paradoxalement, à la fois comme « le problème » et « la solution ». Les frontières, par conséquent, sont notamment perçues comme toujours déjà violées et, ainsi, perpétuellement inadéquates ou dysfonctionnelles, si ce n’est franchement corrompues. Et ceci est vrai malgré la sécurisation frontalière toujours croissante ; en effet, la sécurisation des frontières ne fait qu’accentuer le sentiment qu’elles sont en fait toujours fragiles, alimentant le principal site de la mise en scène de la demande perpétuelle de davantage de sécurisation [1]. Peu importe le nombre d’arrestations à la frontière ou d’expulsions, elles ne suffiront jamais à maintenir le semblant de « sécurité », mais seulement la vérification apparente d’une tâche ingrate et incessante, un travail qui ne peut jamais être achevé.

Ici, comme je l’ai déjà expliqué, la mobilité humaine vient en premier. Un peu comme la force subjective (créative, productive) de travail précède toujours nécessairement sa réification comme capital, le primat de l’autonomie et de la subjectivité de la liberté humaine de mouvement est une force récalcitrante et rebelle qui précède et excède toutes les capacités des autorités frontalières d’organisation et de contrôle complets. Une fois délimitées, c’est-à-dire une fois assujetties à l’une ou l’autre des tactiques de frontiérisation, l’autonomie et la subjectivité des différentes mobilités humaines qui sont par conséquent considérées comme des franchissements de frontières en viennent à être appelées « migration ». Ainsi, l’autonomie et la subjectivité de la mobilité humaine suscitent toujours les formations réactionnelles de frontiérisation qui convertissent des formes particulières de mobilité humaine en formations sociales délimitées que nous en sommes venus à appeler (seulement rétrospectivement) « migration ». Par conséquent, s’il n’y avait pas de frontières, il n’y aurait pas de migrants — seulement de la mobilité. Comme nous l’avons vu à plusieurs reprises avec la récente traduction de la prétendue « crise » de l’asile européen et du régime migratoire en véritable re-frontiérisation de l’espace Schengen de « libre circulation » de l’UE, à travers le rétablissement de postes-frontière au nom de l’amélioration du « contrôle », l’omniprésence des circulations migratoires vient en premier : l’omniprésence des frontières et les diverses panoplies de nouvelles techniques et technologies de mise en application du contrôle des frontières et de l’immigration viennent toujours en réponse de la part de l’État. En effet, les régimes migratoires signifient précisément la politisation de la liberté humaine fondamentale de mouvement en assujettissant les circulations humaines au pouvoir étatique.

Ces processus de subordination des circulations humaines au pouvoir souverain des États et régimes frontaliers sont fondamentalement impliqués dans la production plus large de la différence spatialisée que j’ai identifiée avec les frontières. Autrement dit, la frontiérisation des mobilités est aussi un processus pour la production de différence, et ses effets sont distribués de façon différentielle. C’est pourquoi, bien que les frontières soient construites et saluées idéologiquement comme si leur objectif réel était simplement l’« exclusion » — fonctionnant comme une barrière qui « protège » ce qui est à l’intérieur en tenant à l’écart ce qui est à l’extérieur — elles opèrent en fait de manières bien plus équivoques, comme des zones amorphes qui peuvent être infiltrées et transgressées et, ainsi, comme des sites de rencontre et d’échange. Malgré le semblant d’insuffisance ou de dysfonctionnement, à cause duquel les frontières semblent être minées par des « crises » en raison du fait qu’elles sont constamment violées ou transgressées, les frontières servent néanmoins de façon plutôt efficace et prévisible comme des filtres pour l’échange inégal de différentes formes de valeur [2]. Le caractère filtrant des frontières est particulièrement visible dans ces instances où le contrôle accru des points de passage des frontières les plus faciles relègue les circulations migratoires illégales dans des zones de passage plus difficiles et potentiellement létales, comme nous l’avons vu avec la conversion de la Méditerranée en espace de mort de masse. Dans un processus de sélection artificielle de facto, ces courses d’obstacles mortelles servent à trier les plus valides, favorisant de façon disproportionnée les plus jeunes, les plus forts et en bonne santé parmi les migrants (comme main d’œuvre potentielle) et favorise de façon disproportionnée les hommes par rapport aux femmes. De surcroît, la militarisation et la fortification manifeste des frontières se révèlent plus fiables, pour mettre en œuvre une stratégie de capture, que les simples technologies de l’exclusion. Une fois que les migrants ont franchi avec succès de telles frontières, les lourds risques et coûts du départ et de la tentative ultérieure pour les franchir à nouveau deviennent démesurément prohibitifs.

Plus le contrôle des frontières devient excessif, plus il participe, en fait, à ce que j’ai appelé le spectacle de la frontière — impliquant de façon persistante et répétitive l’importance de pratiques de mise en application de la loi aux frontières dans la production symbolique et idéologique d’une scène fortement éclairée de l’« exclusion », qui est toujours en réalité inséparable d’un fait obscène d’inclusion subalterne (illégale) qui transparaît dans son ombre [3]. Ainsi, dans nos efforts, en tant que militants radicaux, pour dénoncer les extrémités et la rigueur des modes d’exclusion absolument cruels, nous risquons de nous soustraire à la responsabilité fondamentale de déceler aussi la manière dont les systèmes de réglementation produisent les régularités [4]. En effet, on risque d’échouer à voir que l’« irrégularité » (l’« illégalité ») migratoire est elle-même un élément très régulier et prévisible de la routine et du fonctionnement systématique des régimes de mise en vigueur en matière de frontières et d’immigration, et par conséquent, nous risquons d’être involontairement complices du monologue suprême du Spectacle de la Frontière lui-même, en résumant son thème dominant à l’« exclusion ». Ainsi, plutôt que d’adopter des positions politiques traitant les frontières comme pratiquant purement l’exclusion et de promouvoir en conséquence des slogans tels qu’« Ouvrez les frontières ! » dans l’esprit (libéral) d’une promotion d’une plus grande « inclusion », ce dont nous avons vraiment besoin pour avancer, c’est l’abolition de toutes les frontières, en tant que caractéristique fondamentale et déterminante de l’État capitaliste. A travers les frontières, les États produisent et arbitrent juridiquement et politiquement les différences sociales et spatiales sur lesquelles le capital peut alors capitaliser et qu’il peut exploiter.

Une bonne partie de mes précédents travaux a ainsi été consacrée à problématiser toute approche binaire simpliste de l’« inclusion » et de l’« exclusion », en partie à travers l’élaboration des concepts d’« inclusion par l’illégalisation [5] » et d’« inclusion par l’exclusion [6] ». Ici, il est important de souligner que l’illégalisation ou l’irrégularisation des migrants — précisément en tant que travail — est toujours une sorte d’incorporation subalterne. Cette forme d’inclusion peut être décrite comme obscène, précisément parce que celle-ci n’est pas simplement dissimulée, mais aussi révélée de manière sélective. Ce qui constitue l’obscène n’est pas que cela reste caché, mais plutôt que ce soit exposé. Ainsi, le spectacle du contrôle de la frontière met en scène le système de réglementation en vigueur en matière d’immigration comme toujours assailli par l’inexorable « invasion » ou « inondation » de migrants « illégaux », et sert couramment, de cette manière, à vérifier précisément la régularité de l’inclusion obscène « irrégulière » des migrants, ainsi que la banalité absolue de leur présence méprisée au sein de l’espace de l’État [7].

Si les frontières produisent des différences de manière matérielle et pratique, il est alors essentiel de noter qu’elles n’impliquent pas seulement des propriétés physiques (à travers la mobilisation de différentes pratiques et technologies matérielles de frontiérisation), mais entretiennent aussi une métaphysique précise. La métaphysique des frontières joue un rôle central dans la concrétisation de la politique (comme élément du rapport global du travail et du capital). La politique est ainsi rendue particulière en fonction d’histoires distinctes de lutte dans des lieux spécifiques. Mais la forme dominante généralisée pour ce rapport politique mondial implique une universalisation ainsi qu’une normalisation de la forme étatique « nationale ». La forme « nationale » (définie et délimitée territorialement) de l’État est ainsi devenue le cadre standard de la « politique » dans un ordre mondial nationaliste. Pour le dire simplement, les frontières réaffirment constamment l’image idéologique d’un mode composé de « nations » et d’États « nationaux », auxquels tout territoire — et, ce qui est important, toutes les personnes — doit toujours et exclusivement correspondre. Cette métaphysique des frontières joue un rôle à une échelle véritablement mondiale. En effet, on peut se rappeler ici de la description mémorable de Hannah Arendt (après la Deuxième Guerre mondiale) de « la nouvelle situation politique mondiale » en tant qu’« humanité complètement organisée » ressemblant à un « labyrinthe de barbelés » [8]. Les frontières, telles que nous les connaissons, ne se contentent pas de marquer les limites extérieures officielles du territoire de l’État et d’instituer la division entre un espace de pouvoir souverain et un autre, mais subdivisent aussi la planète dans son ensemble. Ce faisant, les frontières subdivisent aussi l’humanité dans son ensemble [9]. Par conséquent, dans un monde où les travailleurs n’ont réellement pas de patrie, ils apparaissent néanmoins comme étant avant tout les « ressortissants » (ou « citoyens ») d’un État ou d’un autre.

Les frontières traversent tout un chacun, y compris ceux qui ne franchissent jamais les frontières. Ainsi, en tant que socialistes, nous devons affronter ce problème fondamental : deviendrons-nous finalement les complices (sciemment ou non) de la police des frontières, même si ce n’est qu’en adoptant de façon a-critique le point de vue nationaliste de l’État qui suppose d’agir en tant que pouvoir souverain derrière tout régime frontalier donné ? Ou, comme alternative, en tant que véritables internationalistes, allons-nous prendre position consciencieusement du côté de notre propre liberté fondamentale de mouvement et rejeter toutes les frontières d’États (nations) et lutter expressément pour la reconfiguration fondamentale du rapport entre l’espèce humaine et l’espace de la planète ?

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[1De Genova, 2011.

[2Kearney, 2004.

[3De Genova, 2013 ; voir aussi De Genova, 2002, et 2005, p. 242-249.

[4De Genova, 2015a.

[5De Genova, 2002, p. 439., et 2005, p. 234.

[6De Genova, 2010b et c.

[7De Genova, 2013.

[8Arendt, 1968, p. 297, 292.

[9De Genova, 2010b.

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