Édition du 23 avril 2024

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Tunisie - Poursuite des affrontements à Ben Gardane

Nos sources ont fait état d’incendie de pneus, de bris de vitrines de commerces et d’affrontements entre forces de police et citoyens chaque nuit à Ben Gardane, avec des blessés des deux côtés. Il a été remarqué que les brigades de recherches et « spéciale » avaient diminué leurs mouvements à bord des véhicule de type Mitsubichi et se déplaçaient à bord de taxis dont elles assuraient la conduite, ainsi que de voitures banalisées.

Dans la nuit d’hier, du 15 au 16 août 2010, les affrontements ont repris entre les forces de police et les habitants de Ben Gardane à la frontière entre la Tunisie et la Libye, dans les régions de Jamila Elkadima (Zekra), Nahdha et Jalal, les plus violents ayant lieu dans cette dernière.

Assabilonline a appris par ses sources que les locaux sécuritaires de Ben
Gardane s’étaient remplis de personnes arrêtées qui avaient été transférés immédiatement à Médenine. Par ailleurs, on a fait état de deux jeunes victimes de fractures dans la région de Jalal. […]

Des proches des gardés à vue ont pris contact avec le poste de Ben Gardane pour avoir des nouvelles de leurs enfants. On leur a dit n’avoir aucune information sur ces noms et on les a dirigés sur la prison de Médenine. Là l’administration de la prison leur a dit ne rien savoir sur leurs enfants et qu’ils n’y avaient pas été écroués. Les familles ont fait part de leur profonde préoccupation quant au sort réservé à leurs proches.

Nos sources ont fait état d’incendie de pneus, de bris de vitrines de commerces et d’affrontements entre forces de police et citoyens chaque nuit à Ben Gardane, avec des blessés des deux côtés. Il a été remarqué que les brigades de recherches et « spéciale » avaient diminué leurs mouvements à bord des véhicule de type Mitsubichi et se déplaçaient à bord de taxis dont elles assuraient la conduite, ainsi que de voitures banalisées. Elles avaient notoirement recours à des indicateurs et les brigades d’intervention et « anti émeutes » avaient du mal à nourrir leurs troupes car les restaurants refusaient de les servir, un seul acceptant de collaborer avec elles en face de l’usine de lait sur la route de Ras Jdir à trois ou quatre kilomètres du centre de la délégation.
Des sources ont affirmé à Assabilonline que les forces de police avaient fait des descentes aux domiciles des citoyens et fait usage de la violence, de la terreur, des insultes, injures et mots triviaux, insistant sur le fait que les méthodes barbares utilisées par la police avaient attisé de façon inquiétante la recrudescence de la violence. […]

Une des victimes des dépassements policiers est monsieur Tahar Bennaiel, un homme d’une cinquantaine d’années, qui avait ordonné à sa famille, alors que les affrontements se rapprochaient de son domicile de Zekra à côté du bureau de poste, de rentrer à la maison. Il était sur le seuil de la porte, interdisant à quiconque de pénétrer chez lui, mais les forces de police ont investi la maison, l’ont violenté, ainsi que sa femmes et ses filles et un jeune d’une quinzaine d’années. Des témoins ont entendu les appels au secours venant de chez lui.
Parmi les personnes détenues, il y a Abdelwahab Chaouat, qui a été enlevé devant un magasin. Lorsque sa famille lui a rendu visite à la prison civile de Harboub pour lui apporter de quoi rompre le jeûne du Ramadan, ils ne l’ont reconnu qu’au timbre de sa voix, tant il avait été torturé en prison.
Des observateurs disent que les services de police utilisent la stratégie de la torture des personnes arrêtées dans leurs véhicules et des coups dans les rues pour terroriser les autres citoyens, profitant de l’obscurité de la nuit, des boutiques fermées, la plupart des événements ayant lieu la nuit.
[…]

Ben Gardane est le théâtre d’événements sans précédent

La population réclame « Ras Jdir »

La nuit du 13 août, les affrontements entre les habitants et les forces de police ont repris dans la région de Ben Gardane, frontalière avec la Libye. Il s’agit de protestations contre la fermeture par les autorités tunisiennes du point de passage frontalier de Ras Jdir, qui a vu des échauffourées que les sources d’ Assabilonline décrivent comme violentes, dans quatre régions différentes de la délégation de Ben Gardane.

Ces affrontements qui ont commencé après la prière de la veillée du Ramadan, se sont poursuivis jusqu’à trois heures du matin. Nos sources affirment que les arrestations ont survenu soudainement, contre toute personne se trouvant par hasard sur les lieux des événements et elles ont concerné aussi des enfants et des mineurs qui n’avaient pas pu prendre la fuite face à l’attaque de la police.

Pour rappel, nombre de citoyens qui avaient été arrêtés le 10 août dernier au début des événements n’ont pas été remis en liberté et ont été conduits à la prison de Harboub, à cinq kilomètres du gouvernorat de Médenine, sur la route reliant Médenine et Tataouine dans l’attente de leur procès probablement.
Les autorités libyennes ont affirmé que la décision de fermer Ras Jdir a été prise à la demande et suite aux pressions des autorités tunisiennes.
Nos sources confirment que la sécurité libyenne est postée près de la frontière tuniso-libyenne de crainte que les affrontements ne se propagent sur le territoire libyen, dans la mesure où les commerçants libyens ont été lésés eux aussi par la fermeture du point de passage frontalier.

Elles ont affirmé à Assabilonline que les affrontements ont commencé après la prière de la veillée du Ramadan vers onze heures et demie du soir (heure de Tunis) dans la région sise entre Jalal et le centre de la délégation distant de deux kilomètres du centre ville où passe la route reliant Médenine et Ben Gardane, plus exactement au carrefour dit « du chameau », (en raison d’une statue de chameau au milieu du croisement).

Une manifestation pacifique a commencé qui s’est poursuivie jusqu’au niveau du poste de police situé au début de la route de Médenine, distant d’un kilomètre et demi du centre du gouvernorat où a été organisé un arrêt en signe de protestation, juste l’explosion des affrontements. A la suite des échauffourées, les manifestants se sont rendus au centre de la municipalité au carrefour de « Moungala », puis à celui du « Maghreb Arabe » face au poste de la police de la circulation qui ne se trouve qu’à trente mètres. Puis les événements se sont propagés aux régions de Nahdha et Zékra, desservies par la route menant à Ras Jdir, respectivement à deux kilomètres et cinq kilomètres.

Selon nos sources, la violence s’est concentrée dans les lieux suivants :

— La région de Jelal, à trois kilomètres de la route reliant Médenine et Ben Gardane

— La région de Jamila Elkadima, dite « Zekra » à cinq kilomètres du centre de le délégation, desservie par la route menant à Ras Jdir et la frontière libyenne.

— La région de Nahdha, à deux kilomètres du centre de la municipalité, desservie également par la route de Ras Jdir

— Au centre de la délégation de Ben Gardane au niveau du croisement du Maghreb arabe et croisement dit d’ »El Moungala » (L’horloge).

Des dizaines de pneus ont brûlé, ainsi que deux voitures, dont l’une appartient à une personne suspectée par les manifestants d’être un indicateur de la police. Des voitures de la police de la circulation ont été détruites. Des témoins oculaires ont dit à Assabilonline que plusieurs véhicules de la brigade d’intervention avaient subi des dégâts partiels suite à des jets de pierres. La région de Zekra a été le théâtre d’affrontements et d’incendies de nombreux pneus, de destruction partielle de voitures de la brigade d’intervention, de la brigade d’investigation et de la brigade spéciale.

La région de Nahdha a connu des affrontements similaires, y compris au centre de la délégation et l’horloge qui se trouve au croisement d’El Moungala a été partiellement brisée.

Toutes les régions où ont eu lieu les affrontements avaient vu des mobilisations pacifiques de protestation exigeant l’ouverture du point de passage de Ras Jdir, condamnant le chômage, la corruption municipale et administrative au sein de la délégation. Les unités d’intervention et « anti émeutes » ont réprimé ces sit in et ces manifestations pacifiques, ce qui a déclenché les affrontements.
Les protestataires ont été pourchassés dans les rues environ 150 jeunes ont été conduits à Médenine tandis que d’autres ont été remis en liberté au terme d’une nuit de coups et de torture dans les locaux de la sécurité et dans les véhicules d’« intervention ».

Nos informateurs ont recensé la présence de près de 40 véhicules de la brigade d’intervention et de plus d’un millier de policiers des unités « anti émeutes » qui se sont déployés dans tous les lieux à Ben Gardane, venus en renfort de Tozeur, Gafsa, Gabès et Médenine.

On a noté aussi cinq cars « Toyota » de police et trois acheminant des forces de police. Ces forces de police ont utilisé les lycées d’enseignement pour se reposer à la fin des affrontements tout comme la grand place de l’auberge sur la côte de Bouhaïra Elbiban à titre de bases.
[…]

Aux toutes premières heures du dimanche 15 août, les affrontements ont repris plus violemment encore, la situation semblant échapper à tout contrôle […]
Les forces de police ont fait usage de gaz lacrymogènes et de balles de caoutchouc, de grenades sonores pour disperser la foule. Nos sources affirment qu’il y a des dizaines de blessés parmi les jeunes. […]
Plus de cinquante véhicules des brigades d’intervention ont pénétré dans les quartiers populaires et ont kidnappé des jeunes à leurs domiciles sous les yeux de leurs proches. Ces descentes et ces arrestations se concentrent dans les régions de Jalal et Jamila Elkadima (Zekra). Les arrestations, le déploiement sécuritaire et la violence policières à l’encontre des citoyens jusque chez eux dépassent l’entendement selon nos sources.

Assabilonline , Tunisie, reportage spécial

15-08-2010

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