Tiré du Journal des alternatives.
« Ce que je vois est accablant… Parfois on perd presque espoir », souffle Hanan Halima, lorsqu’elle dresse le bilan de ces presque 12 mois sans Bachar Al-Assad, avant de se rectifier aussitôt : « Mais aussi, nous ne sommes pas aussi pessimistes. Le problème est peut-être que nous voulons que tout change immédiatement et que le changement arrive à tous les niveaux… »
La pensée de cette activiste des droits humains résume dans les grandes lignes le sentiment de nombreux Syriens. Cette dernière est revenue en Syrie dès la chute du régime, après avoir vécu en exil en Turquie pendant de nombreuses années, et y avoir travaillé dans des organisations de la société civile qui venaient en aide aux Syrien.nes, réfugiés à l’étranger ou restés au pays. Comme la majorité de ces compatriotes, elle a été surprise par la chute du régime de Bachar Al-Assad.
Personne n’aurait imaginé, il y a un an, que Bachar Al-Assad abandonnerait Damas dans la précipitation. L’offensive éclair d’une coalition de groupes rebelles, menée par Hayat Tahrir al-Cham (HTC), a mis fin à plus d’un demi-siècle de pouvoir autoritaire des Al-Assad. Dans les mois qui ont suivi le renversement du régime, une constitution provisoire a été adoptée en instituant un régime présidentiel.
Les postes clés du pouvoir comme la défense, les affaires étrangères et le renseignement ont été attribués majoritairement à des alliés du nouveau président. Ce gouvernement de transition se retrouve face à des défis importants : des destructions massives, des services publics affaiblis, une économie en ruine et des risques sécuritaires importants avec un territoire encore morcelé et des zones instables.
Deux massacres et de nombreuses violences
Dans l’euphorie de décembre 2024, beaucoup rêvaient d’un pays libéré et d’une transition démocratique. Un an plus tard, l’enthousiasme a viré, parfois, à la désillusion. « Chaque jour, il y a quelque chose de nouveau qui se passe qui nous fait nous éloigner du but principal, souligne Nidal Jojak, membre du Mouvement politique des femmes syriennes, qui vit en Finlande. Nous n’avons pas encore atteint notre rêve de construire un état démocratique. » Depuis un an, les violences demeurent endémiques : assassinats, enlèvements, affrontements locaux. Sur la côte, entre 1 400 et 1 700 civils ont été tués en mars. À Soueida, des luttes entre tribus bédouines et milices druzes ont fait près de 1 700 morts cet été.
Depuis Strasbourg, en France, Bassam Alahmad, co-directeur de Syrians for Truth and Justice, parle d’une « année noire ». Ses équipes, souvent contraintes à l’anonymat, documentent violations et abus commis dans les zones contrôlées par les nouvelles autorités. « Il y a eu deux massacres de masse pour cette première année de soi-disant transition », lâche-t-il.
Le politologue syro-suisse Joseph Daher estime que ces massacres sont avant tout des messages politiques qui ont brisé les espaces de dialogues qui s’étaient rouverts dès la chute du régime. « Le confessionnalisme reste un outil. En début d’année, les fonctionnaires de l’État se mobilisaient ; or, les massacres ont servi d’avertissement, mettant fin aux protestations par peur de représailles », observe-t-il.
Déjà plus l’ancien régime, mais pas encore un État démocratique
En octobre dernier, le gouvernement de transition a organisé ce qu’il appelle des élections à travers le pays, mais celles-ci ont suscité de nombreuses critiques en raison de leur organisation sans cadre démocratique, sans sécurité, sans inclusion, et dans un pays encore fracturé. Elles ont été perçues non pas comme une étape vers la transition, mais comme un moyen pour les nouvelles autorités d’asseoir leur pouvoir. « Des élections sont impossibles aujourd’hui, mais un conseil national représentatif de tout le pays serait faisable », tance Bassam Alahmad.
Beaucoup avaient cru à un renouveau social. Nidal Jojak et Hanan Halima déplorent le recul du rôle des femmes, qui avait dû jouer un rôle plus conséquent sous le régime d’Assad en raison des circonscriptions et disparitions forcées, qui ont concerné majoritairement des hommes. « Il est très clair qu’il y a une exclusion des femmes de la sphère politique et des centres de décision… Et quand ils acceptent les femmes, celles-ci sont de leur bord », tranche Nidal Jojak.
Pour nombre d’analystes, les défis à relever — reconstruction, justice transitionnelle, refonte économique — sont immenses. Mais l’essentiel manque encore : des bases nécessaires pour une véritable reprise économique qui bénéficiera à toute la population et pour un futur État démocratique.
Amélie David, correspondante basée à Beyrouth
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