Édition du 7 février 2023

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International

Sommet de l’unité : Mexique, du 21 au 23 février 2010

Un grand pas pour l'Amérique latine et les Caraïbes ?

Du dimanche 21 au mardi 23 février, s’est déroulée à Cancun, puis à Playa del Carmen (Riviera Maya) - zone touristique bien connue des Québécois ! - une rencontre réunissant l’ensemble des pays du Groupe de Rio (qui maintenant comprend aussi Cuba), et du groupe caribéen CARICOM, soit trente-trois pays au total, dont un des principaux sujets de discussion était la « consécration d’un nouvel organisme où règnent l’égalité et la souveraineté des peuples ».

En prévision de ce sommet, le sous-secrétaire mexicain aux Relations extérieures, Salvador Beltran, a brossé un tableau du contexte et des objectifs de ce sommet qui, contrairement à l’OEA (Organisation des États Américains) exclut les USA et le Canada.

Ce « forum unifié », qui a été informellement appelé « Sommet de l’unité » s’appelle pour l’instant le CALC (Cumbre de América Latina y el Caribe) c’est à dire, Sommet d’Amérique latine et des Caraïbes. Ses principaux objectifs sont, d’une part, de créer de nouveaux mécanismes de participation et de convergence pour stimuler le développement commun, et d’autre part, « d’asseoir » en un seul sommet toutes les réunions qui jusqu’à maintenant ont lieu séparément. M. Beltran souligne que tous les chefs d’État et de Gouvernement étaient invités et libres de participer et pouvaient aborder n’importe quel des différents sujets. Il a également adressé la question de l’absence du Honduras qui est due au fait que, suite au coup d’état de juin dernier, les pays de la région ne reconnaissent pas le gouvernement illégitime actuel et l’ont expulsé à la fois de l’OEA et des autres réseaux interaméricains. Selon M. Beltran, il ne s’agit pas d’un espace de confrontation mais d’un espace où il est possible d’atteindre un consensus. « C’est un espace que nous voulons comme celui des Européens, des Asiatiques, des Africains... Je crois que ça presse pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Cette réunion était nécessaire et je crois que les chefs d’État sont arrivés à un consensus à ce sujet » dit-il.

COUP DE BARRE À GAUCHE POUR LE MEXIQUE ?

Dans son allocution d’ouverture, le président du Mexique, Felipe Calderon, a appelé tous les pays à concentrer leurs efforts vers la création n’un nouvel organisme d’intégration efficace : « Ensemble nous pouvons aller de l’avant, mais quand nous entrons en conflit, comme c’est souvent le cas, nous y perdons tous. (...) L’intégration exige l’unité dans les objectifs et l’unité dans l’action ». En référence à Bolivar, il continue : « Le plus grand hommage que nous puissions rendre à nos libérateurs est de construire une nouvelle « institutionnalité » qui nous renforce en tant que région (...) C’est dans l’unité qu’il sera possible d’avancer vers le développement, de combattre la pauvreté et les inégalités » (...) « Nous devons vivre la démocratie, la liberté et la solidarité comme un même peuple » a martelé Calderon, insistant sur le fait que l’intégration totale de l’Amérique latine et des Caraïbes est possible dans le cadre du respect de la diversité et sur la base des nombreuses similitudes et convergences des peuples de la région : « Je crois que nous avons l’histoire, les valeurs, la capacité et volonté politique pour réussir ».
LA « DÉCLARATION DE CANCUN »

Le résultat formel du sommet a évidemment été l’adoption par les participants d’un ensemble de résolutions sous le nom de « Déclaration de Cancun » traitant de plusieurs sujets sensibles dans la région, que voici :

  Lancement de la nouvelle organisation latino-américaine et caribéenne sous le nom provisoire de « forum unifié ».
  Déclaration que reconnaît les résultats de l’enquête effectuée par la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala, qui conclut que l’assassinat de l’avocat (Rodrigo) Rosenberg est une conspiration de son entourage politique contre le président Alvaro Colom.
  Déclaration de solidarité avec Haïti et un engagement d’aide humanitaire pour la reconstruction de ce pays dévasté dans le respect de la souveraineté de la nation.
  Deux déclarations d’appui à la présidente d’Argentine, Cristina Fernandez. Un qui reconnaît « les droits légitimes de l’Argentine » sur les îles Malouines (Falklands, pour les Britanniques) qui encourage le Royaume-Uni et l’Argentine à poursuivre leurs négociations en vue de trouver une solution pacifique au conflit, et un autre qui invoque la résolution 3149 de l’Assemblée générale de l’ONU qui exhorte les états à ne pas entreprendre d’actions unilatérales en situation de conflit, allusion aux explorations pétrolières britanniques dans cette zone.
  Déclaration sur les migrations latino-américaines et caribéennes vers le nord.
  Adhésion au projet de l’Équateur de laisser sous terre ses ressources-pétrolières.

Parmi ces déclarations, mis à part les déclarations conjointes ultérieures, touchant l’Argentine, Haitï et Cuba, il faut souligner la toute première de la liste, qui vise le lancement du « forum unifié » réunissant tous les pays participants en une seule entité de dialogue, défi qui semble titanesque.

PERSPECTIVES DE QUELQUES PRÉSIDENTS PROGRESSISTES

En décembre 2008 a eu lieu à Costa de Sauipé, au Brésil, le premier Sommet de l’Amérique latine sur l’intégration et le développement dont le principal objectif était d’avancer vers l’intégration et le développement de la région sans l’intervention des puissances nord-américaines. À cette occasion, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, déclarait « le défi d’unir les volontés et de jeter des ponts entre les nations de la région, malgré la diversité, garantira le succès de cette rencontre ».

Aujourd’hui, Rafael Correa, président de l’Équateur, aborde le sujet en soulignant l’inefficacité des organismes qui incluent les pays nord-américains lorsqu’il s’agit de trouver des solutions à des conflits comme celui du Honduras.

Evo Morales, président de la Bolivie, affirme que « pour l’Amérique latine ce serait l’instrument d’une grande libération de l’impérialisme nord-américain ».

C’est cependant le président Hugo Chavez du Vénézuéla qui a succinctement résumé le sens de ce nouvel organisme lorsqu’il a dit que « c’est l’occasion de nous défaire définitivement de la colonisation que les États-Unis ont imposée à ce continent » et d’ajouter que « les vents du changement continuent de souffler en Amérique latine ».

DES MINISTRES ENTHOUSIASTES

Nicolas Maduro, ministre des Relations extérieures du Vénézuéla confirme, lors d’une déclaration télévisée, l’approbation d’un prochain sommet en juillet 2011 à Caracas où sera élaboré le document de fondation de la nouvelle organisation latino-américaine et des Caraïbes sans les États-Unis et le Canada. « Tous nos gouvernements doivent être prêts pour que cette rencontre à Caracas soit un sommet de participation de nos peuples en plus d’être un jour historique du fait de la ratification de l’indépendance, puisqu’il aura lieu le 5 juillet 2011 « jour clé » qui fut celui de l’acte d’indépendance du Vénézuéla il y a 200 ans ». Il ajoute que pendant l’intervalle jusqu’à cette « réunion historique » il y aura un ensemble de mécanismes de consultation, de débats publics avec « nos peuples et nos gouvernements » pour définir le chemin à suivre, comment se fera la structuration et quels seront les objectifs de cette nouvelle organisation.

Pour sa part, Bruno Rodriguez, ministre des Relations étrangères de Cuba, a mis en relief l’importance de la création d’une organisation authentiquement latino-américaine et caribéenne qui réunit les idéaux de Simon Bolivar, José Marti et Benito Juarez. « Ce sommet peut être historique » dit-il. Dans une entrevue accordée au journal Mexicain La Jornada, en réponse à la question à savoir si le rapport de forces actuel, avec la montée de certains gouvernements de droite est favorable à la création de ce nouvel organisme, Rodriguez répond : « Y compris pour la droite latino-américaine, l’idée que l’Amérique latine et les Caraïbes sont une région qui doit avoir sa propre vie et sa propre voix, qui n’est pas la cour arrière des USA, serait raison suffisante pour appuyer ce projet. Il est probable que cette idée permettra de mieux savoir où se termine une position idéologique et une projection politique et où commence une position d’indépendance. C’est un processus où les positions de chacun vont se manifester plus clairement ». Plus loin, la journaliste demande au ministre Rodriguez « si cette nouvelle organisation va plaire à Obama », ce à quoi il répond : « Si Obama était consistant dans son discours, il n’y aurait aucune raison que ça ne lui plaise pas. Il a parlé du droit international, de la paix, de l’autodétermination, de l’inclusion (...) Il a dit vouloir des relations d’égal à égal avec les autres pays, ce n’est pas ce que j’ai vu, mais c’est ce que j’ai entendu ».

LA « MYSTÉRIEUSE INCONNUE »

Selon Hugo Chavez, l’OEA est moribonde et en un certain moment, elle disparaîtra. Elle continuera à fonctionner, mais en parallèle avec ce nouvel organisme. Le président vénézuélien s’est dit satisfait des résultats positifs réalisés et a expliqué que le sommet de Cancun n’est que le début d’un processus qui se poursuivra à Caracas en 2011 et sera parachevé à Santiago de Chile en 2012.

Portant un regard sur l’avenir, Chavez conclut : « Ce siècle est le siècle de la libération de l’Amérique latine, de la libération des Caraïbes » puis il cite le Libertador (Bolivar) : « La mystérieuse inconnue de l’homme en liberté aura à émerger dans un monde nouveau... » et d’ajouter « C’est ici qu’il est, ce monde nouveau ! »


Sources : TeleSur – Vénézuéla La citation de Bolivar provient de son serment
Cubadebate – Cuba sur le Monte Sacro (Rome) en 1805
Prensa Latina - Cuba
La Jornada - Mexique

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