Édition du 10 décembre 2019

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Mouvement syndical

Chez Ford : NON aux concessions

Un “non” entendu à travers le monde

Au début de novembre les travailleurs et les travailleuses de Ford, membres des UAW (Travailleurs/travailleuses uniEs de l’automobile – É-U) ont massivement rejeté des modifications à leur convention collective. Le scrutin s’est terminé – et cela n’est pas une simple coïncidence – le jour après l’annonce de nouveaux profits par la société Ford. C’était la deuxième proposition d’amendements à la convention collective UAW-Ford. La première a été acceptée par les membres en mars 2009, mais ils ont considéré celle-ci comme des concessions de trop.

Traduction de David Mandel
www.workersliberty.org

Les nouvelles concessions proposées aurait duré jusqu’à 2015, c’est-à-dire encore pendant la nouvelle convention qui doit être conclue en 2011. Elles incluaient des restrictions sévères du droit à la grève, le gel de six années des salaires des travailleurs nouvellement embauchés – cela après que leurs salaires aient déjà été coupés en moitié, et la réduction des catégories des métiers. L’argument de la société et de la direction syndicale étaient que ces mesures sont nécessaires pour égaler les économies des coûts de travail faites par les sociétés Chrysler et G.M., qui avaient fait faillite.

Avec la moitié du salaire des plus anciens, les jeunes travailleurs ne seraient pas capables d’acheter les voitures qu’ils construisent. Étant donné que le salaire moyen industriel des non-syndiqués aux E-U est significativement en-dessus des $14.50 que gagnent les nouveaux travailleurs chez Ford, on doit se demander ce qui est dans la tête des dirigeants de Ford, pour ne pas parler de la direction des UAW. Quiconque connaît la discipline nécessaire dans une usine moderne d’assemblage d’automobiles sait que – à moins d’introduire le fascisme – une telle usine ne peut pas être gérée de manière efficace sur la base d’un tel salaire. Le but ultime d’une coupure si draconienne de salaire n’est pas tellement les économies immédiates mais d’écraser une fois pour toute les UAW comme force respectée dans les usines et sur la scène politique. Ford augmentera les salaires plus tard, mais elle veut dicter ses propres termes.

Solidarity House (la direction des UAW) plaidait en faveur d’égaliser les conditions des travailleurs de Ford avec celles des sociétés en faillite en établissant un pattern « vers le bas », pattern qui inclut maintenant plusieurs des usines asiatiques transplantées. Mais les travailleurs et les travailleuses ont répondu : « Élevez-les à notre niveau ; ne nous baissez pas au leur ! ».

Le sentiment qui prédominait dans les ateliers et dans les locaux des syndicats est qu’il fallait dire « non » afin de retenir le droit à la grève pour les négociations de l’année prochaine. Ford et la bureaucratie syndicale ont répondu que la dernière grève chez Ford a eu lieu en 1976. Les membres ont répliqué : « Si le droit à la grève est si peu important, pourquoi insister à l’enlever ? ». Ils n’ont pas eu de réponse satisfaisante.

La colère des travailleurs et des travailleuses était tangible pendant le scrutin. Au syndicat local 600, la bureaucratie locale a reculé lorsque les électeurs se sont mis à leur siffler qu’ils ne prendraient que des dépliants en faveur du « non ».

Le vote total était 72% contre : 70% chez les travailleurs de la production et 75% chez les travailleurs de métier, selon une lettre du vice-président du syndicat pour Ford, Bob King. La direction n’a publié que les pourcentages et pas les chiffres. (En 2005 il a fallu recourir à un appel interne pour obtenir les chiffres.)

Pendant la compagne la direction nationale a perdu le contrôle de l’usine la plus importante de Ford aux E-U, sinon au monde, l’usine de camions de Dearborn, syndicat local 600.

Gary Walowicz, membre du comité de négociation et longtemps un leader national de la campagne contre les concessions à Ford, Nick Kottalis, le président du syndicat local, et six autres membres de l’exécutif de Dearborn avaient signé une déclaration contre les concessions. L’usine construit les pick-ups F-150 et gagne une partie très importante des profits de la société. Là 93% des membres ont voté contre. En tout, les membres du syndicat local 600 ont vote 3087 contre et 823 en faveur.

Cette nouvelle ligne de faille dans l’empire Ford devrait inspirer les travailleurs ailleurs. Un gestionnaire à Ford a réagi au vote en disant qu’il était « choqué ». Peut-être que les travailleurs de Ford ont choqué un peu toute la classe dirigeante américaine.

Le rejet a des sources variées, entre autres le sentiment que Ford est revenue demander des concessions un peu trop souvent ; la révolte de la base et des élus locaux du syndicat ; la présence de travailleurs radicaux, y inclus des socialistes dans certaines des usines-clef. C’est la première qu’une convention nationale dans le secteur de l’automobile ait été rejetée par la majorité des membres !

Face au rejet, le président du syndicat national, Ron Gettelfinger, a dit qu’il n’y aura plus de négociations avant 2011. Mais deux jours après l’annonce des résultats du scrutin, Reuter a rapporté : « Suivant le rejet des concessions par la base, Ford Motor Co. Va continuer à se rencontrer informellement avec les dirigeants des UAW afin de discuter de questions relevant du travail, selon un cadre supérieur de la société. »

En fait, on dit toujours que de telles discussions ont lieu. Mais Ford souhaitait souligner cette fois : Malgré le vote, on poursuit des négociations en vue d’extraire des concessions.

Ron Lare
travailleur retraité
ancien membre de l’exécutif du syndicat local 600 UAW


(traduit de l’anglais par D.M.)
www.workersliberty.org/story/2009/11/07/
no-heard-round-world-us-ford-workers-defy-union-leaders

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